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3e sur le Tour de l’Ain… Cyclosportif
3e sur le Tour de l’Ain… Cyclosportif

3e sur le Tour de l’Ain… Cyclosportif

Jamais je n’avais mis les pieds sur une épreuve cyclosportive, ce cyclisme “de masse”, le seul qui accepte encore de me voir au départ d’une course, finalement. Avec ma licence professionnelle, je ne suis plus accepté dans le monde des coursiers que sur les épreuves Elite Nationale. Pas question pour moi de traverser la France simplement pour mettre un dossard. Pourtant, après un peu plus d’un mois de sevrage, la compétition me démange. Le projet de prendre le départ d’une épreuve du Tour de l’Ain cyclosportif n’est né que la veille de l’épreuve sur l’idée d’un ami : finalement, pourquoi pas ? L’intérêt n’est pas tant la compétition, puisque même s’il y a d’excellents coursiers parmi la foule, il y a surtout des passionnés de tous âges et de tous niveaux et la lutte est un peu inégale face à un coureur élite, mais plutôt le plaisir le plus simple, celui du partage et de la découverte. Pour moi, la notion de cyclosportive était encore bien vague. A quoi pouvait bien ressembler ce genre d’épreuve, surtout au beau milieu de la plaine de l’Ain ?

Je me suis donc levé à 5h30 hier pour attraper le train de 7h au centre-ville de Lyon, équipé de mes seuls portefeuille, coupe-vent et ravitaillements dans la poche. Après quarante minutes, je suis descendu à la gare de Mâcon : il me restait une heure à rouler pour atteindre Montrevel-en-Bresse, le lieu de départ de l’épreuve – et de celle des cadets et des professionnels, un peu plus tard dans la journée. Je suis donc arrivé sur le départ avec cinquante kilomètres dans les jambes : moi qui m’inquiétais presque de ne pas avoir ma licence sur moi, j’ai découvert une drôle d’ambiance où certains cassent la croûte en famille, pendant que d’autres s’échauffent sur home-trainer une heure avant le départ.

Après avoir failli me faire couper en deux par un grand-père désireux de traverser le peloton d’un bas-côté à l’autre, j’ai vite entrepris de remonter le peloton de 300 coureurs. Et c’est drôlement plus facile qu’une course élite ! Je me suis amusé quelques temps à attaquer à tout va avant de me calmer un peu, puis j’ai attendu l’heure de course pour faire le bond sur l’échappée de trois coureurs qui était en tête à ce moment-là, imité par mon ami Damien Charreyron du VC Vaulx-en-Velin, l’autre élite au départ. Nous avons appuyé pendant un gros quart d’heure pour creuser progressivement un écart d’un peu plus de deux minutes. Nous étions accompagnés de deux belges plutôt très affutés, et d’un coureur du team La Toussuire-les Sybelles qui portait des liserés bleu-blanc-rouge. Mais le soleil a commencé à taper et j’ai réalisé bien vite que j’avais sous-estimé l’importance logistique bidons. Impossible évidemment de s’arrêter aux ravitaillements prévus à cet effet, que je n’ai même pas aperçus ! Je sens rapidement la déshydratation arriver et cela ne manque pas, pendant que mes adversaires spécialistes de ce genre d’événements ont toute leur famille au bord de la route pour y remédier. J’en profite pour remercier les parents de Damien sans qui je n’aurais certainement pas vu l’arrivée. Mais le mal était fait et prendre les relais comme tout le monde est très vite devenu extrêmement douloureux. J’ai accéléré dans une petite remontée à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée pour me faire confirmer que les Belges, un peu moins enclins à relayer, bluffaient effectivement. Finalement, l’un d’entre eux a sèchement attaqué à trois kilomètres de l’arrivée et j’ai pris une crampe sur le démarrage. On a eu beau travailler ensemble derrière lui, il était vraiment très fort, et son compagnon de route, qui a joué le jeu, est allé prendre la 2e place d’une demi-roue devant moi. Je termine donc troisième de l’épreuve, sans regret pour la victoire : si j’aurais certainement pu remonter mon adversaire avec un peu plus de conviction, le vainqueur était vraiment très fort. Et puis je paye sans doute mes cinquante kilomètres de plus et ma déshydratation de crampes sur le final… L’important restant d’avoir pris beaucoup de plaisir et d’avoir très bien travaillé avec 100 kilomètres d’échappée à 5. Une bien belle découverte que ce milieu cyclosportif, je ne manquerai pas de revenir de temps à autre, pourquoi pas davantage à la montagne !

Je termine 3e au sprint derrière le vainqueur belge impressionnant dans le final, et son compatriote.
Je termine 3e au sprint derrière le vainqueur belge impressionnant dans le final, et son compatriote.

La journée n’était cependant pas terminée, puisqu’il me restait encore à rentrer chez moi depuis Saint-Vulbas. J’ai donc conclu ma journée de 235 kilomètres à vélo sous une chaleur toujours aussi écrasante. Mais à force, la barre des 200 kilomètres ne m’effraie plus vraiment !

5 Comments

  1. julien

    Bonjour,

    Je viens de découvrir votre blog il y a quelques jours. Cela m’a permis de prendre connaissance de l’ensemble des articles. D’une part, je le trouve très bien écrit, et d’autre part, qu’il apporte une vision réaliste sur le monde élite / pro, et surtout sans langue de bois. Que ce blog puisse s’adresser aux jeunes coureurs qui rêvent un jour de passer pro.

    La quarantaine, j’ai couru à l’équivalent du niveau élite dans les années 90. En vous lisant, certaines choses ont changé et d’autre pas.
    A mon sens,une différence importante vient du nombre d’équipes continentales qui existent aujourd’hui, ce qui crée une dualité dans le monde pro. Mais au final, cela ne change pas grand chose entre un bon coureur DN1 et un coureur membre d’une équipe continentale, si on raisonne en terme de rémunération. Le bon DN1 sera peut être d’ailleurs mieux loti financièrement. D’ailleurs, certains amateurs chevronnés (sans citer personne mais dans certains clubs de Picardie…) ont intérêt à rester ou redevenir amateur. Je pense que seule l’intégration directe d’une équipe pro tour dès la sortie des rangs amateurs, permet, si ça veut bien sourire, de passer un échelon. En l’occurrence, celui des pros qui pourront vivre confortablement de leur sport en s’assurant une reconversion intéressante. Et franchement, combien de coureurs peuvent réellement se targuer de compter dans le peloton ? Trois ou quatre par classe d’âge ? Les autres demeurent des équipiers de luxe, certes bien payés, mais dont le quotidien est probablement éloigné de ce qu’ils imaginaient.

    Maintenant, au vu de la lecture de vos articles, je comprends bien que la dimension uniquement “professionnelle” axée sur la performance à tout prix n’est pas votre vision, qui repose avant tout sur la découverte. D’ailleurs, le ton de vos articles sur les courses en Europe de l’Est ont une âme autre que les “classiques” amateurs du calendrier.

    Je vous trouve quelque peu critique envers le système Français.Certes, il y a de nombreuses choses perfectibles mais il demeure très bon avec des clubs structurés, des encadrants qui se donnent avec passion dans les clubs de DN et sans qui le système ne fonctionnerait pas.

    Ce dernier article sur la cyclosportive laisse présager votre avenir. Lorsqu’on est passionné de vélo et de compétition, on peut lâcher quelques temps mais on y revient d’une manière ou d’une autre ….

    Au plaisir de vous lire.

  2. sisbos

    Bonjour Julien,

    Je vous remercie pour votre commentaire très intéressant.
    Je n’ai pas le même point de vue que vous sur un certain nombre de choses. Je ne suis pas critique sur le système français dans son emsemble, en revanche je le suis envers la politique de la fédération nationale, sur plusieurs points, et notamment leur politique protectionniste. Pour vous rejoindre sur la question financière, effectivement dans les faits, la différence entre un coureur continental et un coureur élite est très mince. Je considère que c’est le même échelon : une grande partie des amateurs français sont des professionnels camouflés. Il faut bien se rappeler que la législation française leur interdit de toucher un salaire, dans le cadre de la protection de l’emploi. Quand on connaît la réalité du système, cette protection de l’emploi est assez risible. Elle contribue à une plus grande précarisation du milieu, car une grande partie des professionnels doit se battre pour ne pas redescendre amateur. Car il ne faut pas se leurrer, si les grands pontes du système amateur ne remontent pas chez les professionnels, ce n’est pas par calcul, mais pour des raisons bien moins engageantes.

    Je pense que seule l’intégration directe d’une équipe pro tour dès la sortie des rangs amateurs, permet, si ça veut bien sourire, de passer un échelon. En l’occurrence, celui des pros qui pourront vivre confortablement de leur sport en s’assurant une reconversion intéressante.

    Non, le problème français tient justement de la conjoncture inverse. Les continentales ont un budget minimal d’un million d’euros voire davantage, plus proche d’une structure continentale professionnelle à l’étranger d’ailleurs, cela en raison de la politique interne. Les coureurs qui ont fait le saut en continentale française sont certes encore dans la précarité – encore qu’ils bénéficient justement de ces salaires planchers, mais ils ont franchi la marche la plus délicate. Car cette politique de protection de l’emploi a une conséquence cruelle : elle limite l’offre et fait donc monter le prix d’équilibre, donc la marche à franchir est d’autant plus grande. Comment expliquez-vous que Guillaume Martin, le coureur français le plus régulier, déjà très spécialisé, vainqueur de Liège-Bastogne-Liège espoirs et d’Annemasse-Bellegarde, en équipe de France depuis 6 ans n’ait aucun contact au 15 août chez les professionnels ? Cela amène à divers types de dérives, car puisque la marche à franchir à ce moment de la carrière cycliste est importante, il faut prendre du recul pour sauter… Il se passe encore des choses pas très belles en France chez les jeunes, et la fédération a sa part de responsabilité.

  3. julien

    Bonjour Tom,

    Effectivement, je n’ai pas tous les éléments dont vous disposez et êtes probablement plus au fait que moi de toutes les subtilités du système actuel.

    Comme vous, je suis étonné que certains bons coureurs comme Guillaume Martin, ou d’autres, n’ait pas de propositions.
    Néanmoins, étonné qu’à moitié car, comme dans de nombreux domaines, accéder à un meilleur poste, ou en l’occurrence à un statut de pro ne repose pas uniquement sur les performances “brutes”. J’ai le sentiment que d’autres éléments viennent se greffer. Je ne suis par exemple, pas surpris que des fils d’anciens pros ou famille de pros actuels bénéficient de stage dans des équipes Françaises ou étrangères, voire décrochent un contrat pour 2016 alors que leurs résultats sont corrects sans, pour autant, en faire des hauts potentiels en devenir. Tant mieux pour eux mais dommage pour d’autres plus méritants.

    Plus globalement, je me souviens de quelques interviews de “managers général” d’équipes françaises qui mettaient en avant le fait que la seule performance n’est pas suffisante pour décrocher un contrat dans leurs équipes. Il faut bien entendu que le coureur soit en mesure de rentrer dans les schémas tactiques de l’équipe mais aussi sache représenter le sponsor et “ait la gueule d’un cycliste” !!! Je dois avouer que j’ai été assez surpris de lire ces propos car il me semblait que ce qui était demandé à un pro, c’était avant tout de contribuer à la gagne de son équipe. Mais il semblerait que savoir répondre à une interview ou représenter la marque lors d’une échappée de la 3ème étape du TDF entre le KM 2 et le KM 150 (et soit repris à 5 kms de la ligne) soit plus importante….
    Le coureur cycliste moderne est il avant tout un produit marketing ?

  4. sisbos

    Guillaume Martin c’est quand même mention très bien au bac L avec 20 en maths et un an d’avance. Je pense que pour les interviews, ça passe.

    J’ai entendu que la FDJ, avec qui il a roulé en stage, le trouvait… Trop petit.

  5. julien

    Heureusement que Napoléon n’a pas gagné ses galons militaires eu égard à sa taille 😉

    Ils ont pris Elissonde, qui n’est pas un géant me semble t – il, et qui a mis tout le monde d’accord lors d’une grosse étape de montagne à la Vuelta.
    Un gars qui gagne Liege Espoirs et Annemasse Bellegarde, même petit, je pense qu’il a du potentiel sur certaines courses intéressantes. Dommage.

    J’étais à l’arrivée de l’Eneco tour cet AM, et il est vrai qu’il y a un physique stéréotypé pour les gars qui s’alignent sur ce type d’épreuve.

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