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Tour du Sénégal, étape 5. 17e
Tour du Sénégal, étape 5. 17e

Tour du Sénégal, étape 5. 17e

Cinquième étape et dernière occasion de modifier le classement général, puisque le critérium final de Dakar, demain, ne devrait pas créer de gros écarts : au départ de l’étape, j’étais 4e du classement général, mais avec déjà plus de 12 minutes de débours… Tout n’était pas joué pour autant, puisque Becaye Traoré, le leader Sénégalais vainqueur la veille, ne pointait qu’à trois secondes, et qu’un marocain et un hollandais me talonnaient encore à moins de deux minutes. L’enjeu principal pour moi était de conserver ma place, car je pouvais difficilement prétendre à mieux. L’étape, compte-tenu du vent et de notre infériorité numérique, est chaque jour très difficile à aller chercher… Celle d’aujourd’hui n’était qu’une redite de celle de la veille, puisque nous reprenions le même itinéraire dans le sens opposé, en légèrement plus court.

L’ancienne capitale du Sénégal, Saint-Louis, accueillait donc le départ de l’étape après l’arrivée de la veille. Cette ville n’a rien en commun avec Dakar, la capitale actuelle. Aux portes de la Mauritanie et à deux pas du Sahara, elle est construite à cheval sur la côte et sur une presqu’île, s’articulant ainsi autour de la plus grande rade portuaire du pays. Habitants, chèvres, ânes, moutons et mouettes cohabitent pêle-mêle dans des rues bondées de déchets qui ne cessent de s’accumuler. Une fois habitué, on ne les remarque presque plus. Sur le lieu de départ, les enfants s’amassent autour des voitures comme des mouches, regardant sans un mot les coureurs se préparer. Mouches qui sont d’ailleurs omniprésentes sous le soleil de plomb et l’odeur des déchets.

Avec 170 kilomètres, l’étape était donc plus courte que la veille, d’autant plus que le vent soufflait dans le sens contraire, c’est-à-dire de dos en début d’étape, puis de trois quarts ensuite. Quatre coureurs, dont notre baroudeur-en-chef Erwan ont pris les devants : ils auront compté jusqu’à neuf minutes d’avance. Derrière, comme la veille, les trois premières heures se sont résumées à une lente procession. La course a démarré une fois franchie la barre des 100 kilomètres, lorsque les marocains ont accéléré pour créer une première sélection naturelle, en profitant du vent. Ils ont été relayés par les hollandais présents en nombre, ce qui m’a permis de découvrir que mes sensations n’étaient pas aux mieux. Je me suis battu pour ne rien lâcher dans la caillasse pendant les quelques minutes décisives. Nous n’avons finalement plus été qu’une grosse quinzaine à soixante kilomètres de l’arrivée : les quatre marocains, les quatre slovaques, les six hollandais, Steve, Eddy, moi et Becaye Traoré. Quelques africains ont naturellement continué à revenir de nulle part au cours de la fin d’étape.

Eddy s’est échappé en contre avec un hollandais, campant une quinzaine de secondes devant le peloton pendant au moins 30 kilomètres. Derrière, par conséquent, nous n’étions plus que deux face aux trois armadas et le vent soufflait désormais totalement de côté. Il fallait une concentration maximale en permanence, car nous pouvions nous faire sortir n’importe quand, sur la moindre accélération collective. Si je craquais ne serait-ce qu’un instant, je me retrouvais seul dans la savane et je perdais tout ! Steve me protégeait souvent et grâce à lui, je me suis plutôt bien refait la cerise finalement, aucune tentative de bordure vraiment franche n’ayant eu lieu dans le final. Eddy repris, nous sommes allés consulter les hollandais pour tourner avec eux devant : la situation était cette fois beaucoup plus confortable pour nous.

Nous sommes parvenus à conserver miraculeusement cette position jusqu’à quatre kilomètres de l’arrivée, reprenant ainsi au passage Erwan et ses compagnons, qui se sont offerts un raid de 130 kilomètres. Un slovaque a tenté de sortir seul à trois kilomètres et a résisté jusqu’à la flamme rouge, repris par le train hollandais. Je suis parfaitement calé dans leurs roues, et suis parvenu à remonter dès que besoin s’en est fait sentir. À 500 mètres de l’arrivée, j’étais idéalement placé dans la roue de Steve en 6-7e position, quand un banc de sable a soudain surgi sur la gauche de la route sur laquelle il débordait allègrement. Je me suis planté dedans et me suis trouvé obligé de déchausser. Je n’ai pu repartir qu’une fois le groupe entier passé à pleine vitesse, et suis reparti au sprint pour tenter de ne pas prendre de temps, lorsque comme la veille, j’ai vu une clameur incroyable s’élever soudain du public : le sénégalais Traoré s’était de nouveau imposé. J’ai alors compris qu’avec le jeu des bonifications, quoi qu’il advienne, j’avais perdu ma 4e place du classement général.

La déception était de mise également pour mes deux coéquipiers, puisqu’Eddy, qui emmenait Steve dans sa roue en tête aux 300 mètres, a soudain déraillé en lançant son sprint. Steve a dû faire un écart et est venu échouer derrière le vainqueur. Nous comptons bien nous rattraper demain sur le dernier critérium de Dakar, même si j’ai peur du comportement technique des locaux sur un circuit plat et rapide, qui chutent au moindre accrochage ! Nous serons devant coûte que coûte. L’avion décollera le soir-même, et le lendemain, je serai déjà au rendez-vous de mes premiers partiels de fin d’année scolaire.