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Tour du Sénégal, étape 4. 4e
Tour du Sénégal, étape 4. 4e

Tour du Sénégal, étape 4. 4e

Aujourd’hui vendredi nous attendait le gros morceau de ce Tour du Sénégal. Thiès – Saint-Louis, 190 kilomètres dont pas moins de 140 en ligne droite, vent de face, suivis de 50 avec vent majoritairement latéral. La journée d’hier nous a permis de plutôt « récupérer », et de profiter un peu de la vie locale et de ses particularités. Puisque le repas prévu par l’organisation n’était toujours pas prêt à 21 heures (à vrai dire, sans doute même pas commencé, puisque le cuisinier « faisait la sieste » – top 2 des plus belles excuses derrière le chauffeur de bus qui « prenait son shampooing », la veille), nous sommes partis à la recherche d’une pizzeria en ville, que nous avons trouvé sans peine : les restaurants sont plus nombreux que les clients. Nous sommes finalement parvenus à nous nourrir aux alentours de 23 heures. Les nuits sont courtes, mais nous n’avons pas à nous plaindre des hébergements, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus vétuste, comme à Dakar. Nous sommes privilégiés et nous en avons conscience…

Au départ, à Thiès, lieu d’arrivée de la seconde étape, la population était comme chaque jour à moitié intéressée, surtout les enfants qui nous regardent en silence sans oser demander quoi que ce soit la plupart du temps (mais incroyablement gentils et souriants) ; et à moitié indifférente, ce qui nous permet de réaliser à quel point nos deux réalités sont éloignées… Nous assistons à un grand nombre de scènes impressionnantes pour nous, occidentaux. Si nous nous plaignons très souvent de la ponctualité des locaux, entre autres, je dois reconnaître que les conditions de vie dans lesquelles ils (sur)vivent et la culture dans laquelle ils baignent ne les aident pas à élever leur niveau d’exigence, ce qui est parfois frustrant pour nous, qui ne savons pas que faire pour les aider.

Mais la course a rapidement repris le dessus, et un consensus a plus ou moins été trouvé pour parcourir les 100 premiers kilomètres à allure réduite. Le Maroc et le Global Cycling Team ont pris le peloton en main à un rythme très modéré, et nous étions souvent en roue libre derrière. La lente procession vent de trois quart face a été interminable, derrière les deux courageux échappés… Pendant près de trois heures trente, notre principale préoccupation a été de nous abriter le mieux possible (pas toujours évident) et surtout de nous alimenter et hydrater le plus régulièrement possible. Sur le côté, parfois, une borne kilométrique nous rappelait la distance nous séparant de Saint-Louis, distance qui s’égrenait bien trop lentement à notre goût. La course ne s’est emballée qu’aux alentours du kilomètre 130, avec un premier coup de vis des marocains. Avant cela, je n’avais pas fait le moindre effort, encore moins que dans un départ fictif en France, probablement. Pourtant, ce n’était pas une partie de plaisir, la faute au vent et surtout au soleil de plomb, qui aux alentours de 14 heures, a soudainement grimpé en flèche…

Le premier écrémage a permis de ressortir un groupe d’une trentaine de coureurs les plus frais. La bataille a commencé à 60 kilomètres de l’arrivée. Avec Steve, notre plan était de nous faire oublier le plus longtemps possible tout en restant dans la course. Après plusieurs attaques, des locaux surtout, je suis parvenu à sortir avec le leader des maliens, et nous avons pris jusqu’à 45 secondes d’avance environ. Mais le peloton s’est très vite rapproché et nous avons été repris après 5 ou 6 kilomètres de fugue seulement. Ici, les écarts se font et se défont à une vitesse impressionnante. Rien de comparable avec nos courses européennes.

C’est finalement Steve qui a réussi à prendre ce qui a un temps semblé être le bon coup, en compagnie du hollandais 2e du classement général, du maillot jaune et du sénégalais 6e. Derrière, le peloton s’est totalement arrêté. Ils ont pris presque deux minutes d’avance en un rien de temps. J’ai placé un contre tranchant et m’en suis allé seul face à la chaleur… Et suis parvenu à boucher l’écart rapidement, avec l’aide involontaire d’une voiture civile dans un premier temps, à la force du jarret et au prix d’un effort extrême ensuite. Lorsque je me suis rapproché à 30 mètres des leaders, le maillot jaune a pris un relais à bloc pour ne pas que je rentre, m’obligeant à un sprint de presque 500 mètres pour accrocher les roues à la limite de l’asphyxie… Et une fois revenu, il a de nouveau attaqué. Cette fois, je n’ai rien pu faire et j’ai explosé aussitôt rentré dans les roues. Par chance, le groupe ne s’est plus entendu, et je suis parvenu à revenir pour de bon, complètement carbonisé, dans tous les sens du terme d’ailleurs. À ce moment, le compteur Garmin indiquait 48 degrés.

Là-dessus, je pensais que ce coup ne pouvait être que le bon, avec tous les meilleurs du classement général. Mais c’était mal connaître les conditions locales. Nous ne nous sommes pas du tout entendus, et je n’ai rien pu faire pour y remédier, accusant complètement le coup de mon effort et des conditions. D’un côté, le leader sénégalais s’est envolé tout seul et a pris jusqu’à 4 minutes d’avance. D’un autre, une grappe d’africains est revenue de nulle part, probablement accrochée à quelque véhicule qui passait par là. Puis le peloton dans sa quasi-totalité a fini par se regrouper derrière le seul homme de tête. Tout était à refaire. De mon côté, mon était s’est aggravé d’un seul coup et je ne suis pas passé loin de perdre connaissance, n’ayant pas pu me faire ravitailler en eau fraîche pendant ces mouvements de course. Ici, dix minutes sans s’arroser le crâner et s’hydrater abondamment suffisent pour basculer vers l’insolation. Mes coéquipiers revenus de l’arrière m’ont balancé toutes les réserves d’eau fraîche à la figure, et j’ai retrouvé des sensations aussi vite qu’elles étaient parties. Pendant cet intervalle de temps très court, beaucoup de mouvements de course ont eu lieu. Trois ou quatre minutes seulement après m’être rafraîchi, j’ai suivi une vague et, voyant qu’un écart était créé, le leader marocain et son coéquipier ont créé une bordure, m’emmenant seul sur leur porte bagage.

J’ai ainsi lutté 7 ou 8 kilomètres dans leur roue sans être abrité, gérant mon abri au millimètre avec le bas-côté. Nous sommes revenus sur un groupe de quatre ou cinq coureur dont, à mon grand dam, un troisième marocain. Celui-ci est venu gonfler le contingent de la bordure, pendant que tous les autres, ne parvenant pas à s’abriter du vent latéral, ont très rapidement décroché. Le staff est monté à ma hauteur une seule fois, et je lui ai récupéré tout le liquide que j’ai pu, m’assurant ainsi un stock suffisant pour tenir la petite trentaine de kilomètres restante. Ce n’est qu’entre le panneau des 20 et celui des 15 kilomètres que nous avons repris le sénégalais échappé, nous retrouvant ainsi en tête de course…

Le premier (et le seul) écart qui nous a été communiqué, aux 10 kilomètres, a été de 4’55.  Entretemps, les marocains ont entrepris de nombreuses tentatives de nous décrocher, mais ni l’impressionnant sénégalais, ni moi n’avons cédé. De mon côté, je n’avais pas d’autre choix que de collaborer avec les marocains pour tenter de retarder au maximum le moment où ils allaient réussir à me sortir des roues. Les kilomètres ont défilé, j’étais toujours avec eux, et leur plus faible élément a cessé de relayer. Moi, de mon côté, j’avais confiance d’être probablement le plus costaud individuellement, mais dans le vent, cela ne pesait pas lourd face à leur force collective…

L’apogée de la guerre des nerfs a débuté à sept ou huit kilomètres de l’arrivée. L’un après l’autre, sans aucun répit pendant quatre kilomètres, les marocains ont attaqué. Ils ont atteint mon point de rupture aux alentours de 4 kilomètres de l’arrivée : après un combo de quatre attaques, je n’ai plus été capable de suivre le maillot jaune. Le sénégalais, qui pendant ce temps sans mettre un coup de pédale, s’était fait oublier, s’est jeté dans sa roue. J’ai été contraint de rouler derrière, puisque ce même sénégalais n’était qu’à une trentaine de secondes de moi au classement ! Ce qui a permis au second marocain de me contrer et de revenir à l’avant. Leur dernier élément, lui, était complètement éliminé. Ils se sont regardés, et je suis ainsi resté seul dans le vent à une grosse cinquantaine de mètres, mais jamais ils ne sont parvenus à le sortir. Aux abords de la ligne, j’ai entendu une clameur impressionnante se lever du public de Saint-Louis, l’ancienne capitale du Sénégal : le sénégalais était parvenu à triompher des marocains, empochant les 10 secondes de bonification par la même occasion. Un peu grâce à moi sans aucun doute…

Je n’ai pas connaissance des classements au moment où je rédige ce résumé, mais je sais que les écarts se sont énormément resserrés derrière le leader. Je n’ai donc pas idée de ma position, et tout se joue paradoxalement à une poignée de secondes. Au vu de la force collective des marocains et du peu de marge de manœuvre qu’ils nous laissent, je crains que d’aller chercher une étape sera extrêmement difficile. Demain sera la dernière occasion de monter (ou descendre) de deux ou trois positions dans la hiérarchie, puisque 170 kilomètres sont au programme sur… Exactement le même itinéraire en sens inverse, avec l’arrivée un peu en amont. Ensuite, il ne restera plus que le critérium final à Dakar.