自転車で地域&人づくり
Tour du Sénégal, etape 1. 5e
Tour du Sénégal, etape 1. 5e

Tour du Sénégal, etape 1. 5e

Je suis arrivé au Sénégal dans la soirée du dimanche. Mes premiers pas en Afrique noire. Je pense que je garderai longtemps l’image de la sortie de l’aéroport en mémoire (après deux heures d’attente pour obtenir un visa local à 52,50€). Tout fait écho à la France : les panneaux de signalisation sont les mêmes, les véhicules de la police aussi, la langue, les grandes enseignes de publicité également. Mais la réalité est sans commune mesure avec notre vie occidentale. Tout est sale, usé, délavé comme si les objets et le paysage vieillissaient quatre fois plus vite qu’ailleurs. Les feux de signalisation servent de décoration, la circulation est plutôt réglementée par des policiers en civils positionnés ici et là (lorsqu’eux-mêmes remplissent leur fonction ET sont respectés). Le français des sénégalais est bien le même que le nôtre, mais lorsqu’ils parlent entre eux, il sonne comme une langue étrangère, et je dois faire un effort considérable pour déceler un ou deux mots compréhensibles dans une phrase. Pas de doute : j’ai mis les pieds dans un pays étranger, terriblement étranger.
Je savais qu’il fallait que je fasse l’expérience de l’Afrique noire un jour. Je pense que je sortirai transformé de ce séjour. Aujourd’hui, j’entame ma troisième journée sur le sol sénégalais, et je me suis habitué, je ne me sens plus mal à l’aise à présent. Je suis plutôt curieux et je n’ai plus peur d’aller vers les gens, toujours ravis de converser, n’importe quel sujet fait l’affaire. Le second grand choc concerne l’organisation de la course. Un coureur un peu maniaque deviendrait fou à lier. Pour la première fois de ma carrière sportive, non seulement nous ne connaissions pas le lieu de départ de la course le matin même de la première étape, mais nous n’en connaissions pas non plus l’arrivée. À l’hébergement, rien ne garantit non plus que le repas sera servi dans les temps, ni s’il sera servi tout court. Les deux premiers repas sont satisfaisants, mais la veille du départ, il ne restait plus que des frites ; le matin même du départ, le petit déjeuner n’a pas pu être préparé, faute de panne de gaz. Bien sûr, l’eau chaude fait défaut dans les chambres. On ne peut boire que de l’eau en bouteille, et il est parfois difficile de s’en procurer, ce qui permet de réaliser à quel point l’eau est une denrée précieuse. Le départ initialement prévu à huit heures trente (d’après le livret de course que nous avons reçu aux alentours de neuf heures) sera donné à quatorze heures, pour une étape de 130 kilomètres qui n’en a finalement duré que 95.
Un kilomètre après le départ fictif enfin donné, un premier arrêt était prévu et des bouteilles ont commencé à voler dans le peloton. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de bière, mais ce n’étaient finalement que des boissons énergétiques locales que le sponsor distribuait à la volée aux coureurs demandeurs. Certains africains ont poursuivi avec trois ou quatre bouteilles dans les poches. Dans le peloton, je remarque des coureurs qui ont accroché leur plaque de cadre au maillot, ou leur unique dossard avec une seule épingle. En revanche, j’ai assisté à la performance impressionnante d’un Sénégalais qui a ramassé une paire de lunettes à la main en plein milieu du peloton, alors que celle-ci avait échappé au coureur qui le précédait de deux places. Leur culture du cyclisme n’est décidément pas la même que la nôtre.
Le premier départ réel a finalement été donné à la sortie de Dakar. Les quatre marocains, par ailleurs arrivés par avion à trois heures du matin le jour du départ, ont tout de suite pris le peloton en main, avec un vent qui soufflait plutôt latéralement sur les premiers kilomètres de voie rapide. Lorsqu’ils cessaient leur poursuite, parfois, un sénégalais ou un congolais attaquait violemment pour rester en tête quelques hectomètres, et finalement rentrer dans le rang jusqu’à l’arrivée. J’ai participé à une première tentative d’échappée en compagnie de mon coéquipier Steve et une demi-douzaine d’autres coureurs, qui s’est maintenue en tête avec deux cent mètres d’avance pendant plusieurs kilomètres, avant d’être reprise à cause d’une entente plutôt mauvaise. Une seconde échappée du même acabit a alors pris forme, avec cette fois-ci mon seul coéquipier Eddy. Celle-ci a pris le large. Alors qu’on nous indiquait plus d’une minute d’avance quelques kilomètres plus loin, le vent s’est mis à souffler violemment de côté pendant quelques temps. Steve a relancé la course, mettant une première fois le peloton en file, puis je l’ai contré et emmené avec moi une dizaine de coureurs, dont Steve. Notre groupe s’est correctement entendu, et nous sommes ainsi revenus sur le groupe d’Eddy pour former une échappée de quinze coureurs, avec trois coureurs de mon équipe du Team Creuse 23, quatre du Global Cycling Team hollandais, deux du Team Merida slovaque et surtout les quatre marocains au complet. Seuls deux africains sont parvenus à nous accompagner : un malien et un sénégalais.
Notre groupe n’est pas resté soudé extrêmement longtemps. J’ai rejoint un coureur hollandais en tête en compagnie d’un marocain pour former une nouvelle échappée. Nous avons été repris par le coureur malien, revenu seul de l’arrière, que nous avons plus ou moins attendu, pour finalement qu’il ne nous passe pas le moindre relais. Notre échappée s’est ainsi maintenue plus de cinquante kilomètres en tête, avec entre trente et quarante secondes d’avance sur le contre, et deux, puis cinq minutes sur le peloton, relégué à huit minutes à l’arrivée.
Les longues lignes droites interminables pour descendre vers Joal ont été heureusement effacées avec un assez fort vent de dos. Notre entente à l’avant, à cause du malien, était clairement mauvaise, et je me suis chargé d’une grande partie des relais, même si avec le vent de dos, ceux-ci ne me semblaient pas pénibles. Les kilomètres ont pesé, et un nouveau contre est finalement revenu sur nous, avec Steve, un nouveau marocain et un nouveau hollandais. Nous étions donc tous à deux coureurs, à l’exception de ce fameux malien, toujours seul et toujours aussi peu coopératif.
Finalement, le groupe s’est désorganisé après 80 kilomètres de course et un hollandais est reparti tout seul. J’ai contré un peu plus loin, mais pour la première fois de la journée, j’ai calé lorsqu’un marocain a giclé de l’arrière avec un second hollandais. Je n’ai pas pu prendre leurs roues. Nous avons donc été piégés, avec Steve et notre ami malien, l’autre marocain confortablement vissé dans nos roues. L’arrivée nous est finalement tombée dessus d’un seul coup après 95 kilomètres. Dans la précipitation, j’ai passé la ligne en cinquième position. Nous concédons finalement deux minutes au trio de tête, réglé par le marocain, et nous en octroyons deux d’avance sur le groupe de poursuivants comprenant Eddy. Le peloton est donc déjà repoussé à huit minutes au soir du premier jour de course.