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Tour de Tarentaise – 1/2/3/J. 33e
Tour de Tarentaise – 1/2/3/J. 33e

Tour de Tarentaise – 1/2/3/J. 33e

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Étape 1 : Saint-Martin-de-Belleville – Les Ménuires, 86km. 47e

          Le Tour de Tarentaise est une nouvelle organisation du Guidon d’Or La Léchère, et si je connais bien les Alpes en général, la Tarentaise, c’est le massif que je connais le mieux ; étant donné que je skie depuis ma naissance sur Valmorel, et que j’y ai effectué de nombreux stages d’entrainement. Mais l’affaire cette fois-ci est un peu rocambolesque : alors que C.C.F refusait d’aligner une équipe pour d’obscures raisons relationnelles avec les organisateurs et que je m’y étais résigné, j’ai finalement pris les choses en main sur un coup de tête le soir de l’épreuve. Constatant qu’une place était vacante dans l’équipe de Savoie la veille du départ à 23 heures, j’ai contacté l’organisateur, qui a donné son aval dans la foulée, et me voilà parti pour quatre jours sympathiques de course-entraînement à la montagne… Le lendemain d’une sortie de quatre heures

          Le premier des quatre jours de course proposait une course en circuit dans la station des Ménuires à 1800m d’altitude, après un long départ fictif depuis Saint-Martin-de-Belleville, huit kilomètres plus bas. Au total, le programme annonçait plus de 3200 mètres de dénivelé…

          Déjà, dans le fictif, certains coureurs lâchaient prise et, je ne vous le cache pas, je ne faisais pas le fier. Le départ réel est donné sans transition, je suis déjà à fond, je m’accroche pour basculer correctement placé au sommet de la montée du circuit. La boucle est un véritable calvaire : la descente en lacets sur une grande route qui s’effectue en roue libre est trop rapide pour vraiment récupérer, d’autant plus que la montée reprend déjà sans transition jusqu’à retrouver la ligne d’arrivée. Un peu plus de quatre kilomètres de circuit : deux de descente, deux de montée et le reste de plat. Les tours s’enchaînent sans que l’allure ne se calme, pourtant, au troisième tour, une échappée de costauds compte déjà une minute et quinze secondes d’avance ! Je ne sais pas si je suis simplement mauvais sur un profil aussi dur, si je paye cash mon entraînement de la veille ou les deux, mais dans tous les cas, je sens que je ne pourrai pas tenir toute la course à ce rythme. Je bénis la descente, que je maîtrise à la perfection et qui me permet de me replacer en tête de peloton à chaque tour. Seulement, après une grosse trentaine de kilomètres, je ne peux plus assumer un tel rythme et je suis décroché, trop pour pouvoir recoller dans les voitures. Il restait une trentaine d’hommes dans le peloton.

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          Je poursuis alors la course à mon rythme, pour tenter de gérer l’effort en vue des jours suivants. Les organisateurs, qui avaient au départ prévu 24 rotations, en suppriment quelques-unes, voyant bien que la course est déjà largement décantée. A chaque tour, je monte une quinzaine de secondes moins vite que les coureurs autour de moi, mais je parviens toujours à refaire l’intégralité de ce retard dans la descente. Je me fais plaisir, je prends mes automatismes : à aucune occasion après que j’aie été décroché, un coureur ayant basculé au sommet avec moi était encore dans ma roue en bas ! Mais la descente est trop courte par rapport à la montée et à six ou sept tours de l’arrivée, l’échappée finit fatalement par me prendre un tour. Je gère la fin de ma course en m’alimentant allègrement, et en pensant à la journée plus abordable du lendemain.

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Étape 2 : Bellecombe – Bellecombe, 78km. 19e

          Un contre-la-montre par équipes était prévu le matin, mais il a finalement été annulé la veille au soir sur décision du collège des commissaires. Je ne vais pas mentir, cette décision m’arrange, puisque plus je vais pouvoir récupérer de mon début de semaine, plus je vais pouvoir être compétitif d’ici à la fin du Tour. L’étape 3 est donc devenue l’étape 2, la plus abordable (la seule abordable) de la semaine avec un parcours casse-pattes dans la vallée, mais tout de même relativement plat, par rapport à ce qui nous attend les deux derniers jours.

          L’équipe leader, le Centre Mondial du Cyclisme, ne contrôle pas la course et les écarts sont conséquents, je me décide donc à filtrer les coups et tenter d’être à l’avant au bon moment. Manque de pot, je suis bien de la première échappée sérieuse : nous sommes 4 à profiter de la relance après un passage à niveau fermé pour sortir du peloton, avec Julien Liponne, et les deux vaudais Papillon et Bouchet. Cependant, si nous prenons une bonne vingtaine de secondes, le peloton ne laisse pas de mou vent de dos et un premier contre nous reprend, puis le groupe entier, après un peu moins de 10 kilomètres de fugue.

          Immédiatement, un autre groupe se forme. Je ne peux pas aller dans tous les coups, je dois récupérer. Ils sont neuf, puis un peu après la fin du premier des trois grands tours, trois autres coureurs sortent un par un en contre. Suicidaire, je pense sur le moment, mais ils profitent finalement d’un gros coup de chance pour me faire mentir : l’écart avec l’échappée qui était alors à peine de dix secondes, saute immédiatement à une minute et quarante secondes après que le passage à niveau se baisse à nouveau entre nous et les coureurs sortis. Ils sont douze, et le Centre Mondial est cette fois-ci contraint de se dévoiler.

          L’écart est dans un premier temps stabilisé, puis commence à baisser seconde après seconde. Après le passage à la cloche, je remonte me placer immédiatement dans leurs roues. Ils ne sont plus que deux à rouler : le maillot jaune et un coéquipier, qui s’écarte peu de temps ensuite. Le junior colombien, Daniel Felipe Martinez, roule seul en tête vent de face pendant une dizaine de kilomètres ! Il est relayé de temps à autre par un coéquipier qui remonte, puis s’écarte peu de temps ensuite. Pourtant, sur le retour vent de dos, il met le peloton en file indienne et l’écart tombe à quarante secondes, ils sont en point de mire.

          Je me doute néanmoins que cela risque d’être trop juste pour espérer revenir. Je n’ai pas beaucoup d’opportunités, alors je veux m’appliquer sur mon sprint. Je reste intelligemment placé dans les derniers kilomètres, mais lorsque le maillot jaune s’écarte, le peloton s’arrête littéralement et plusieurs coureurs en profitent pour filer. Encore quelques places qui m’échappent. Dans le dernier kilomètre, le rythme s’accélère enfin et nous reprenons certains d’entre eux. Un des leurs s’intercale juste devant moi et laisse un trou avec quatre autres coureurs. Je suis contraint de lancer mon sprint très loin, juste après la pancarte des cinq cent mètres… Pourtant, personne ne me passe. Je viens échouer dans la roue du quatuor d’opportunistes.

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          Malheureusement, je n’ai pas eu la réussite aujourd’hui. J’ai pourtant tenté intelligemment, et j’étais pourtant le plus rapide du peloton mais nous ne sommes pas arrivés pour la victoire. Victoire qui était accessible aujourd’hui… C’est dommage. Je termine finalement 19e de l’étape. Sébastien Fournet-Fayard fait coup double, étape et maillot de leader avant le dyptique montagneux du week-end. Je m’attends à souffrir davantage cette fois…

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Étape 3 : Moutiers – Hautecour, 78km. 26e

          La troisième étape était la plus courte, mais aussi la plus difficile, avec un départ au pied d’un col et 2000 mètres de dénivelé en moins de 80km. La couleur était annoncée d’entrée, avec la première partie de l’ascension de Val Thorens jusqu’à l’entrée de Saint-Martin-de-Belleville, puis la remontée complète de la vallée de la Vanoise jusqu’à Champagny-en-Vanoise, avant le retour vers Moutiers et l’ascension finale sur Hautecour.

          Je savais qu’avec 12 kilomètres d’ascension d’entrée, la course allait se décanter très vite. Il ne pouvait en être autrement, et je me suis appliqué à m’accrocher le plus longtemps possible sans jamais me mettre dans le rouge pour autant. Lorsque je décroche du groupe principal, peu après la mi-pente, une trentaine de coureurs composent encore le peloton. Après un bon kilomètre dans un groupe conséquent qui me convenait tout à fait, dans les premières positions, un abruti de Martigues se met brusquement en danseuse et envoie valdinguer son dérailleur dans les rayons de ma roue avant. C’est le dérailleur qui l’emporte face aux rayons, et je suis contraint de m’arrêter immédiatement en plein milieu de la route. Je remercie mon ami Florian Sautel qui a sauté de la voiture de la Léchère pour m’apporter une roue avant, même s’il me l’a installée dans le mauvais sens. Plusieurs petits groupes me dépassent, et je reprends l’ascension à mon rythme, je reviens sur le premier d’entre eux et y reste, leur rythme me paraissant soudain largement bien assez élevé. Je tente de gérer mon effort au mieux. Nous conservons quelques coureurs à une portée de fusil pendant toute l’ascension, avant de basculer dans la descente.

          Comme je le prévoyais, je prends les choses en main. J’arrive dans mon élément. Il suffit d’un virage bien franchi pour me retrouver seul. Après une paire de kilomètres, je double le groupe qui nous précédait. Je suis très concentré et m’applique beaucoup. Je reviens sur la voiture de l’équipe que je passe comme une flèche. Sur la fin de la descente, je dépasse un autre groupe, très étiré, tout le monde est sur les freins. En bas, je ne suis plus qu’à cinquante mètres du groupe plus conséquent auquel j’appartenais avant mon incident, et que j’avais totalement perdu de vue. Notre petit gruppetto aborde la longue montée roulante par paliers vers Champagny sur un bon rythme régulier. Les jambes me paraissent bien plus lourdes que dans la descente, je suis content que l’allure soit linéaire et que nous trouvions de temps à autre un petit replat. A plusieurs reprises, nous avalons un ou deux coureurs lâchés de l’avant. Et à la bascule au sommet de Champagny-en-Vanoise, rebelote. Un virage suffit pour me retrouver seul.

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          Et je reste seul pendant de nombreux kilomètres. En bas de la courte descente, je n’aperçois plus le groupe. J’efface l’ascension roulante vers Montagny à un bon rythme, personne ne contrarie ma progression, sinon le fort vent qui souffle de face. Je sais que je suis hors d’atteinte et que je vais à nouveau creuser l’écart dans la descente, peut-être même reprendre d’autres coureurs. A cette allure, je vais finir par rentrer dans les 20 premiers ! Seulement les écarts sont conséquents, et en bas de l’ultime descente à Moutiers – ou je manque de me tromper de route – je reviens sur un coureur de Haute-Savoie, le premier que je croise depuis une vingtaine de kilomètres. Mais il grimpe mieux que moi. Après un kilomètre d’ascension, il me décroche. Il en reste sept. Au panneau des 5 kilomètres, j’aperçois deux coureurs que je double successivement, et je maintiens ma cinquantaine de mètres avec le haut-savoyard. J’échoue à quelques secondes de lui et d’un coureur du Centre Mondial du Cyclisme : je devrais terminer aux alentours de la 25e place.

          Demain, l’étape est plus longue mais plus ouverte, puisqu’il faudra couvrir 70 kilomètres dans la vallée avant les deux cols, qui eux en sont des vrais, l’ascension de Grand-Naves à 1500m d’altitude, puis de Valmorel jusqu’un peu avant le sommet, avant de remonter vers Combelouvière. J’espère prendre autant de plaisir qu’aujourd’hui.

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Étape 4 : Aigueblanche – Doucy Combelouvière, 111km. 30e

        Sur cette étape, je courais presque à la maison, puisque j’ai dû grimper la montée finale plus d’une dizaine de fois… Si la course n’était pas lancée en col, mais en vallée contrairement à la veille, le kilométrage total était nettement plus important (111km). Cela semble ridicule par rapport à d’autres épreuves que j’ai courues où chaque étape était supérieure à 160 kilomètres, mais nous sommes déjà au quatrième jour de course et en quarante kilomètres, les quarante derniers, il nous fallait gravir l’ascension de la Croix du Sauget (Grand Naves, 14km à 6,5%) et de Valmorel jusqu’aux Avanchers (10km à 7%), avant de remonter encore jusqu’à Combelouvière.

        Cependant, la longue transition plane de 60 kilomètres en ouverture laissait de la place aux mouvements et en ce qui me concernait, il s’agissait cette fois de ne pas louper l’échappée. Et je ne la loupe pas, puisque j’en suis même l’instigateur, après une bonne vingtaine de minutes de course. Nous sommes finalement douze, avec trois coureurs de Romans, deux d’Aubenas et de Hyères notamment. On s’organise bien et on roule fort, mais l’écart ne monte pas vite, dix secondes par dix secondes, jusqu’à flirter enfin avec la minute.

        Mais là, premier coup du sort. Les commissaires de course nous arrêtent, le peloton s’est trompé de route. Après de longs pourparlers, nous reprenons notre marche avec deux minutes d’avance. Alors que l’on avait tout juste repris notre rythme et notre organisation, dix minutes plus loin, nouvel arrêt ! Le peloton navigue à quatre minutes trente derrière. Nous sommes de nouveau libérés mais… Le premier écart qui nous est annoncé est d’une minute et 25 secondes. J’ai cru devenir fou.

       Enfin, il faut bien faire abstraction de toutes ces péripéties et je me concentre à conserver le maximum d’énergie tout en maintenant la bonne cohésion du groupe jusqu’au pied de la première ascension de la journée. Changement de physionomie. Le romanais Grégory Pascal fait exploser le groupe dès le pied, ses deux coéquipiers en premier. Je m’accroche, on monte à plus de 19km/h et je sais pourtant que derrière, dans le peloton, ils attaquent sans doute l’ascension trois ou quatre kilomètres/heure plus vite. Nous ne sommes plus que six et je suis le dernier de la file. Je m’accroche, longtemps me semble-t-il, en réalité à peine trois ou quatre kilomètres, et je décroche mètre par mètre. Je connais bien la montée, je ne veux pas me mettre dans le rouge. Le peloton, annoncé à moins d’une minute, est déjà dans l’épingle du dessous. Je suis avalé, mastiqué, digéré en un rien de temps par ce qu’il en reste, les coureurs du Centre Mondial en tête de file. Derrière, tout a explosé.

        Je recule, je ne cesse de reculer, et beaucoup de coureurs me doublent et ils me doublent de moins en moins vite, jusqu’à ce qu’autour de moi s’agglutinent d’autres galériens pour former un groupe qui correspond plutôt pas mal à mon allure. Sur la fin de l’ascension, les pourcentages sont plus cléments, alors je reprends les rennes du groupe avant de basculer dans la descente. Me voici enfin dans mon élément. Comme chaque jour, dès la bascule, je me lance à bloc. Quel pied je prends ! Mais cette fois, j’emmène un coureur sur mon porte bagage, le local Florian Hudry. Il tient ma roue, alors que nous doublons des coureurs à la pelle (notamment deux que nous ne doublons pas vraiment, puisqu’ils quittent la route principale juste devant nous : je les remercie pour le sourire qu’ils m’ont arraché). En bas de l’enfilade d’épingles, nous n’avons plus personne en point de mire ni devant, ni derrière. Et sans transition ou presque, nous voilà au pied de la montée finale.

        S’il a réussi à tenir la roue dans la descente, il ne me faut pas longtemps pour lâcher la sienne. Dès le pied, son rythme est trop élevé pour moi et il s’éloigne lentement. Juste derrière, un coéquipier savoyard licencié à La Plagne qui était resté à une distance respectable ne tarde pas non plus à me reprendre, et me tire pendant une bonne partie de l’ascension. Mais son rythme est soutenable. Bientôt, je le relaye, puis sur le sommet, c’est moi qui assure l’essentiel du travail. Aux Avanchers, au terme de l’ascension, il reste encore dix kilomètres, une succession de montées et de descentes de deux ou trois kilomètres chacune jusqu’au final au sommet. Je décramponne mon coéquipier sans le vouloir sur un replat, où je suis plus puissant, et vais chercher un dernier coureur hyérois dans les derniers kilomètres. Je rejoins la ligne au courage, avec ce qu’il me reste de force, dans le plaisir absurde de la douleur et de l’épuisement.

        Et ainsi touche à son terme le premier Tour de la Tarentaise. En ce qui me concerne, un franc succès. Cette course de la dernière minute a parfaitement rempli son rôle et je me félicite une énième fois de mon coup de tête. J’ai passé quatre jours très agréables, mais également très prolifiques sur le vélo. J’ai pu reprendre du plaisir en échappée, me découvrir des talents de descendeur (je ne m’en découvre pas tous les jours) même s’ils n’ont pas gommé mes lacunes en montée. Je reste simplement un peu sur ma faim le second jour, lorsque cette fois en revanche j’évoluais sur mon terrain et que la victoire était à ma portée. Il me fallait de la réussite, je n’en ai pas eu ce jour-là mais je n’ai pas de regret à avoir. A présent, je vais sans doute me permettre une semaine plus légère avec le critérium d’Annecy dimanche, et j’espère profiter de tout le travail de ces dernières semaines pour repasser un palier avant le Tour du Pays de Gex, et surtout le Tour de Moselle.

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