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Tour de Sibiu, étape 1. 2.1 59e
Tour de Sibiu, étape 1. 2.1 59e

Tour de Sibiu, étape 1. 2.1 59e

Le Tour de Sibiu commençait véritablement aujourd’hui, et pas à moitié, puisque la première étape en ligne était longue de 224 kilomètres, 230 si l’on y ajoutait le départ fictif, au cours duquel nous nous sommes déjà trompés de route. Les consignes de course : interdiction formelle de prendre l’échappée (c’était plus ou moins aller au casse-pipe), et rester au plus près de nos deux leaders, Andrei Nechita et Artem Topchanyuk. Alors que je naviguais paisiblement dans les dernières positions en début de course, pour bien être certain de ne pas me retrouver devant, Artem a demandé à ce qu’on ait quelqu’un qui suive les vagues à l’avant, car ça bataillait un peu. Je me suis trouvé un moment à relancer derrière un groupe de 20 où nous n’avions personne, emmenant avec moi… Davide Rebellin, la légende vivante de la course : 3 Flèches Wallonnes, dont un triplé historique en 2004 avec Liège-Bastogne-Liège et l’Amstel Gold Race, un Paris-Nice, un Tirreno-Adriatico, un Championnat de Zurich, une Classica San Sebastian, etc… L’italien de 43 ans est actuellement dans sa… 24e saison professionnelle : je n’étais pas né quand il est passé pro. J’ai d’ailleurs constaté qu’il roulait sans compteur, comme la majorité de son équipe polonaise CCC – Sprandi Polkowice.

Entouré des coureurs orange de CCC – Sprandi Polkowice. A gauche, un bout de Davide Rebellin, à droite le champion de Bulgarie, Nikolay Mihaylov.

L’échappée est finalement partie juste après le regroupement, trois coureurs se sont échappés un par un puis se sont regroupés avec l’assentiment du peloton, après 20 premières minutes à 50 de moyenne malgré un GPM. L’occasion d’observer les moeurs étranges du peloton pro : le troisième membre de l’échappée, qui a attaqué avec un temps de retard, a écopé de plusieurs “stupido !” de la part des leaders, comme si saisir l’occasion de passer la journée à l’avant était une mauvaise chose. Quoique, ce n’était peut-être pas le meilleur jour… Rapidement, le maillot jaune Andriato s’est arrêté, suivi par une myriade d’autres coureurs pour faire leurs besoins, traditionnel signal que la course à l’échappée est terminée. Nous avions couvert 20 kilomètres, il en reste 205. La journée s’annonçait longue…

Il ne faut pas croire qu’on s’ennuie pendant tout ce temps-là, contrairement au spectateur derrière son écran de télé qui ne peut observer que les 10 premiers coureurs de tête tourner en rond pendant une éternité. Toutes les vingt minutes environ, j’étais de corvée de bidons. Il faut aussi s’arrêter pour pisser, descendre chercher les infos, boire et s’alimenter. Et même quand je n’ai rien à faire, il faut toujours faire attention au placement, rester groupé quand on en a la possibilité. C’est aussi parfois l’occasion de discuter un peu. Un coureur luxembourgois de l’équipe Differdange s’étonnait de trouver un français ici. Et moi, quelqu’un d’autre qui comprend ce que je dis. Côté ravitaillement, hors descente à la voiture, nous avions une musette aux alentours du kilomètre 110, avec juste deux bidons et deux bouts de croissant. Compte tenu de la distance, nous avions aussi prévu deux petits sandwichs par personne. Heureusement, la tension est au plus bas quand il ne se passe rien et le rythme n’est pas pénible, un coureur pass’cycliste pourrait tenir sans problème jusqu’à ce que la course s’emballe, peut-être à l’exception notable des ascensions. Les deux autres petits GPM se sont montés à allure régulière, mais c’est toujours une occasion de tester ses sensations. De mon côté, si elles étaient plutôt très bonnes, je n’ai pas pour autant changé de jambes, et je ne m’attendais pas non plus au miracle. Devant, l’équipe Southeast, parfois relayée par sa compatriote Vini Fantini, a géré l’écart comme elle le voulait avec l’échappée. Après être monté à plus de huit minutes, il est redescendu en flèche à deux minutes après 150 kilomètres. Southeast a alors redonné un peu de mou avec le traditionnel signal, l’arrêt pipi du leader. La course s’est progressivement remise en marche en direction du gros point stratégique de la journée : le col de catégorie A, qui développait 8km à 6% de moyenne, situé à 40 kilomètres de l’arrivée. Le placement devenait à présent primordial…

Au pied du col, une chute importante a impliqué une dizaine de coureurs dont plusieurs de l’équipe CCC, tout le monde roulant plus ou moins groupé pour se placer. Ils n’ont sans doute pas eu de peine à revenir, mais pour moi, j’ai rapidement senti qu’il m’allait falloir gérer au millimètre pour basculer avec le groupe principal. Le col qui était annoncé à 4,3% de moyenne développait déjà des pentes de 11-12%. Sur un kilomètre, ça ne pose pas tellement de problème, mais sur la distance, il est devenu de plus en plus difficile de maintenir ma place… Je gère intelligemment, et un replat me permet de souffler légèrement et de gratter quelques places. Mais elles sont beaucoup plus difficiles à gagner qu’à perdre… J’ai décroché dans une seconde rampe, après 3-4km d’ascension, dans la roue du polonais de la CCC Adrian Kurek, que j’ai reconnu pour l’avoir vu remporter la dernière étape du Tour of Malopolska il y a trois semaines. Notre petit groupe a grossi, et nous sommes restés longtemps dans les voitures, mais il restait encore autant à escalader. Je n’ai pas explosé, j’ai bien géré mon effort mais nous avons basculé à un peu plus de deux minutes de la tête. Les données sont effrayantes : j’ai pourtant grimpé les 8km à 6% à 22km/h de moyenne, mais le groupe de tête, lui, est monté 3,4km/h plus vite, et tout cela après 180 kilomètres… Ce n’est donc pas que j’étais mal, c’est simplement le tarif sur ce genre de courses. On parle bien du très haut niveau.

Oscar Gatto règle le premier peloton pour la victoire
Oscar Gatto règle le premier peloton pour la victoire

Il restait alors 40 kilomètres à couvrir. Je me suis efforcé à organiser, ou du moins à ne pas désorganiser, mon groupe qui s’est transformé en second peloton au fur et à mesure que nous avons repris des coureurs. Parmi eux, j’ai été surpris de rattraper l’un de mes deux leaders Andrei Nechita, qui visiblement a vécu une mauvaise journée. Devant, ils étaient 55 à se jouer la gagne, parmi lesquels deux coureurs de l’équipe à résister, Artem Topchanyuk et Abel Kenyeres. Artem s’est classé 18e à l’arrivée. L’étape est remportée par le sprinter d’Androni-Giocatolli Oscar Gatto. Derrière, rien à signaler, nous sommes arrivés avec 9 minutes de retard. Je prends la 59e place. Dommage, je ne serai pas parvenu à basculer pour la gagne, mais compte tenu des noms qu’on retrouve à l’avant et de mon ascension, pas de regret. En ce qui concerne la distance, je ne termine pas tellement fatigué, j’ai l’impression d’avoir couru une étape de 170 ou 180 kilomètres. Il faut dire que je m’étais bien préparé, avec deux séances de plus de 7 heures dans les cols des Alpes la semaine dernière. C’est un bon point pour la récupération. Maintenant que les cartes sont triées, pourquoi pas prendre l’échappée demain pour servir de relai à Artem, qui semble être dans une forme resplendissante ? De toute manière, les deux prochaines étapes arrivent en altitude, et si je me sens bien sur le plat et dans les vallons, j’ai bien vu que je ne pouvais rien y espérer…