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Tour de Sibiu 2.1, étape 3. 50e
Tour de Sibiu 2.1, étape 3. 50e

Tour de Sibiu 2.1, étape 3. 50e

Plus la course progresse, plus l’on s’enfonce profondément dans les Carpathes, ce massif montagneux qui prolonge les Alpes jusqu’ici, en Roumanie. Aujourd’hui, l’arrivée était jugée au sommet du Galibier local, le Transfăgărășan. Ce sera le plus le point le plus élevé de la course : fort logiquement, puisqu’il s’agit également du col routier le plus haut de Roumanie. Cette traditionnelle étape promettait de dessiner une bonne fois pour toutes le classement général avant l’étape de demain autour de Sibiu, pas propice à la bagarre entre costauds, mais pas pour autant facile.

Comme la veille, j’avais carte blanche pour intégrer les échappées et comme la veille, je ne suis pas passé très loin de prendre le bon coup du jour. Cette fois, la différence s’est faite à la pédale néanmoins. D’entrée, la course s’élançait dans une côte répertoriée, par le même itinéraire que lors de la première étape. A mi-pente environ, Marco d’Urbano de GM Cycling Team pose une banderille, j’y vais depuis les premières positions. Je le relaie, nous prenons cinquante mètres, mais nous avons du mal à creuser. Deux coureurs, dont le maillot vert du classement de la montagne reviennent sur nous, puis le maillot blanc du classement par points Eduard Grosu qui semble vouloir prendre le coup lui aussi ramène le peloton. Au moment de la jonction, le maillot vert repart, emmène avec lui d’Urbano, vainqueur cette année d’une étape sur… Le Rhône-Alpes Isère Tour, ainsi qu’un coureur de d’Amico – Bottecchia : ce seront les trois échappés du jour. Je reste en carafe quelques instants puis je me relève : j’ai bien flairé le bon coup, mais sans être mal pour autant, à froid, je n’ai pas eu la jambe pour y aller.

Les Southeast du leader Mauro Finetto auront travaillé toute la journée
Les Southeast du leader Mauro Finetto auront travaillé toute la journée

Le milieu de l’étape (presque la totalité, en réalité, du kilomètre 8 au kilomètre 130) a été assez anecdotique, comme toujours avec les professionnels, et il ne s’est rien passé rien d’autre qu’une lente procession vers le final de l’étape, toujours décisif. Southeast a contrôlé pour le leader Mauro Finetto et a pu se permettre de laisser du mou avec l’échappée, compte tenu de la difficulté du final. Je suis retourné à mon job de remonteur de bidons, comme on remonte une pendule à intervalle réguliers, tous les 20 kilomètres environ. Les kilomètres sont lentement passés, et pour le dire crûment, je me suis fait chier. Non pas qu’on risquait de s’endormir – loin de là, les routes sont pleines de dangers, je dois m’occuper du placement dans la file, des caprices de mon leader qui joue pour le top 25 – mais que je n’ai pris aucun plaisir et que je n’avais qu’une hâte, qu’on arrive au pied des Carpathes, qui se sont enfin présentées aux alentours du kilomètre 100. L’allure a alors à peine augmenté, et je me suis même permis de rester un peu derrière car je n’ai pas eu de peine à remonter le peloton à une dizaine de bornes du pied, même seul ou avec juste un coéquipier. La montée a progressivement commencé par une approche légèrement montante, je me suis donc appliqué à conserver ma position. Au panneau des 25 kilomètres, les choses se sont compliquées : il ne restait plus que 25 kilomètres d’ascension.

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L’écrémage s’est fait progressivement, sans que Southeast n’ait eu besoin de pousser le rythme davantage. J’ai été surpris de ne pas atteindre ma zone rouge aussi rapidement que les jours précédents. Les kilomètres ont défilé, et je pouvais toujours replacer Artem, remonter quelques places, me remettre en danseuse pour relancer alors qu’il manquait déjà un certain nombre de coureurs. Finalement, j’ai tenu dans le groupe presque 7 kilomètres, et j’ai lâché en même temps que Grosu et d’autres coureurs de continentales professionnelles, qui n’ont pas chercher à pousser davantage. J’ai alors pris mon rythme de croisière. Il restait quand même encore plus de quinze kilomètres… J’ai pris beaucoup de plaisir sur la fin d’ascension. Je n’ai pas croisé grand-monde. J’ai d’abord rattrapé un coureur italien, avec lequel j’ai plaisanté quelques minutes, puis un coureur de la Vini Fantini. Enfin, au niveau où la végétation a disparu, j’ai rattrapé le coureur de d’Amico Bottecchia qui était dans l’échappée. Depuis lors, à 7-8 kilomètres de l’arrivée, on pouvait apercevoir l’arrivée. Le groupe de tête était réduit à peau de chagrin quelques lacets au-dessus, et j’ai compté un écart de 10 minutes environ, à quatre kilomètres de l’arrivée. Le public a commencé à se faire plus présent, dans la partie mythique du col, à l’abord du sommet, qui m’a un peu rappelé le Grimselpass, en suisse. Dans les derniers kilomètres, énormément de gens criaient “Bravo Tusnad” et certains couraient ou roulaient à côté de moi comme des fous avec des drapeaux roumains pendant quelques hectomètres. J’ai pris beaucoup de plaisir et ressenti de la fierté de représenter la meilleure équipe roumaine sur la plus grande course roumaine ! Malheureusement, ce n’est pas à l’avant de la course… Mais je boucle tout de même l’étape en 50e position sur 99 partants, à 14 minutes du vainqueur Alessio Taliani, d’Androni Giocatolli. Cette montée restera un beau souvenir !

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Davide Rebellin, Serghei Tvetcov, Mauro Finetto : les trois hommes forts de ce Tour de Sibiu… Au milieu d’un public digne de l’Alpe d’Huez