自転車で地域&人づくり
La Slovaquie, la Pologne, Timisoara, quelques rencontres
La Slovaquie, la Pologne, Timisoara, quelques rencontres

La Slovaquie, la Pologne, Timisoara, quelques rencontres

La Slovaquie

Pour se rendre à Cracovie depuis Miercurea Ciuc, il faut seize heures de route, si votre pilote est roumain ; s’il est français, il vous en faut plutôt une vingtaine. Nous avons donc décidé de découper le voyage en deux trajets (mais ce n’était pas la première option envisagée). Après une douzaine d’heures à travers la Roumanie et la Hongrie, nous avons dormi à Bucarest. À cette occasion, j’ai donc ajouté un nouveau pays inconnu à ma liste qui s’allonge petit à petit, la Slovaquie, que nous avons entièrement traversée à l’aller et au retour.

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La région des Carpates, en Slovaquie. L’autre bout de la chaîne des Alpes

En Europe de l’Est, la géographie ne respecte pas tout-à-fait les mêmes notions que chez nous. Les espaces sont plus vastes, plus irréguliers, moins peuplés et les frontières sont relativement sensibles. Si celle de la Slovaquie passe plutôt inaperçue (Shengen oblige), il n’en reste pas moins que la différence culturelle se ressent, dans l’architecture, la voirie et même la topographie. La Slovaquie est un territoire montagneux coincé entre deux nations de plaine, la Hongrie et la Pologne. En effet, elle se situe au cœur des Carpates, ce massif montagneux jumeau des Alpes (il s’agit en fait de son prolongement oriental), qui s’allonge jusqu’à mon domicile roumain, à Harghita, où nous sommes logés à 1300m d’altitude, puis même jusqu’à Sibiu, où l’on retrouve les principaux sommets de la Roumanie et sur les pentes desquelles je m’apprête à souffrir face à Davide Rebellin et Stefan Schumacher au début du mois prochain.

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De nombreux châteaux se dressent un peu partout dans la montagne

À l’aller, selon l’axe vertical principal, la Slovaquie m’a semblée aussi riche que sa voisine Hongroise, avec de superbes petits villages de montagne et de nombreux châteaux parsemant les crêtes. Au retour, nous avons traversé de nombreux villages tziganes, qui eux, me sont apparus beaucoup plus pauvres. Les villages sont plus isolés que dans nos alpes occidentales, et les axes routiers sont plus rares et plus mauvais. Les paysages, très forestiers en altitude, en revanche, sont absolument magnifiques.

La Pologne

Mon grand regret de ce début de mois est de n’avoir pas eu le temps de visiter le centre de Krakow, ou Cracovie, alors que nous avons été logés en périphérie de cette célèbre ville polonaise pendant deux jours. D’autant plus que nous avons appris trois heures avant le départ qu’un critérium d’ouverture était organisé en milieu d’après-midi. Une déception !

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Depuis la piste cyclable, à quelques hectomètres seulement de l’entrée de Cracovie. D’étranges châteaux apparaissent parfois dans le paysage, perdus au milieu de la forêt

La Malopolska, ou petite Pologne, désigne en fait la région la plus vallonnée de la Pologne, située à l’extrême sud du pays. Ce n’est donc qu’une infime partie de la Pologne que j’ai visitée, qui n’est pas forcément représentative de l’ensemble du pays. Mais c’est probablement l’une des régions les plus belles. Au fil de la course, le relief est allé croissant, des petites collines du nord de Cracovie aux contreforts des Carpates au plus près de la frontière slovaque. La Pologne est un pays à forte influence germanique, mais également nordiste, relativement riche est beaucoup plus développé que la Roumanie par exemple. Les axes routiers sont nombreux, les infrastructures importantes et les campagnes très exploitées. On sent que l’on se rapproche sensiblement de l’Europe occidentale.

L’organisation de l’épreuve, elle, était particulièrement irréprochable. Les villages départ et arrivée étaient superbes et très festifs, et de nombreux habitants venaient observer de près les coureurs et les vélos avec un oeil particulièrement curieux. Tous les villages possèdent une vaste place bien décorée et aménagée, entournée de commerces, sur laquelle chaque jour, les installations du Tour venaient prendre leurs quartiers. Le départ et l’arrivée, malgré la concentration et la fatigue, étaient toujours des moments agréables, du fait de l’ambiance qui régnait autour de la course.

Timisoara

À l’issue du Tour de Malopolska, nous avons une nouvelle fois pris la direction de Budapest, pour dormir une nuit dans le même hôtel qu’à l’aller. Andrei Nechita y a pris la direction de Baku, en Azerbaidjan, pour disputer les Jeux Européens avec la Roumanie. Cette fois, plutôt que de revenir à Ciuc et retraverser l’ensemble de la Roumanie, avec le hongrois Abel Kenyeres et l’ukrainien Artem Topchanyuk, nous sommes restés trois jours à Timisoara, à l’extrême est du pays, à la fois tout près de la Hongrie et de la Serbie. Cela nous a offert une récupération salvatrice après tant de trajets…

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Le cœur de la vieille ville de Timisoara

Timisoara est une ville cosmopolite, multiculturelle. En revanche, si l’on parle hongrois à Ciuc, de l’autre côté du pays, on parle ici roumain, alors qu’on est tout près de la frontière hongroise. La ville de 350 000 habitants est perdue au milieu des champs : il n’y a aucun relief autour, et toutes les routes s’en vont dans une direction précise et rectiligne, si bien qu’il est très difficile de tracer un circuit pour l’entraînement sans devoir revenir sur ses pas. On passe de la campagne à la ville d’un seul coup, une fois pénétré l’ovule de la rocade. La ville est très structurée : d’abord les zones industrielles en périphérie (de très grandes manufactures, comme Siemens ou Continental), puis les zones pavillonnaires, quadrillées de voies privées et toutes similaires, le centre-ville et les commerces, et enfin la zone piétonne, le « vieux » Timisoara, au cœur de la ville, qui est absolument magnifique. Tramway, grands parcs urbains, canaux, les infrastructures sont très développées au sein du cœur économique.

Quelques rencontres

Au fil de ces déambulations, j’ai rencontré et discuté avec des tas de gens. Par exemple, sur la ligne de départ du Tour de Malopolska, un coureur israélien du Cycling Academy, l’équipe créée par Peter Sagan, a reconnu mes gants et mes chaussettes AG2R. C’était un ancien coureur du Chambéry Cyclisme Formation ! Il restait encore un peu en Slovaquie ensuite, avant de repartir chez lui pour ses championnats nationaux, puis un stage d’entraînement de trois semaines sur les pentes du Stelvio avec l’équipe Tinkoff-Saxo… Le peloton, ici, est beaucoup plus cosmopolite.

Timisoara est la ville de résidence d’un des coureurs du groupe junior de l’équipe. J’ai partagé avec lui une séance de récupération et une séance d’entraînement spécifique de deux heures. Il était ravi d’accueillir quelqu’un, et m’a servi de guide pendant mon séjour. Il faut dire que si la ville compte plus de trois cent mille habitants, il est le seul à courir à un bon niveau… Et il se débrouille plutôt bien, puisqu’à seulement 17 ans, il est devant avec les meilleurs coureurs élite. Il était tout fier de me montrer sa seule côte, une anomalie topographique de 700 mètres à un peu plus de 11% de pente. Il parlait bien mieux anglais, en junior première année, que tous mes coéquipiers élite français.

J’ai aussi discuté longtemps avec le propriétaire de l’hôtel Oxford dans lequel nous étions hébergés, curieux à propos de ces trois jeunes hommes habillés de la même manière qui trimbalaient un vélo dernier cri jusque dans ses chambres. Au final, nous avons taillé le bout de gras pendant au moins une heure. Le regard de ceux qui ignorent tout du vélo, à fortiori à l’autre bout de l’Europe, m’amuse toujours beaucoup.