自転車で地域&人づくり
Un long voyage de 16 heures, premiers coups d’œil à-travers la vitre, la Hongrie, l’installation en Roumanie, Eduard Karol Novak
Un long voyage de 16 heures, premiers coups d’œil à-travers la vitre, la Hongrie, l’installation en Roumanie, Eduard Karol Novak

Un long voyage de 16 heures, premiers coups d’œil à-travers la vitre, la Hongrie, l’installation en Roumanie, Eduard Karol Novak

Un long voyage de 16 heures

Le voyage a débuté jeudi après-midi aux alentours de 16 heures, dans la banlieue de Lyon. Après avoir transité en bus, métro, puis train, j’ai passé la (courte) nuit à Chambéry, où mon voyage a repris le lendemain matin à 3h30. Direction Genève, puis Cluj-Napoca, traversée de la moitié de la Roumanie, puis de la Hongrie, avant d’arriver à Szekszard le vendredi aux alentours de 20 heures. Je portais le maillot de Tusnad Cycling pour la première fois le lendemain matin à 11 heures, à l’occasion du GP Gemenci Nagydij.

Le camion qui m’a récupéré sur la route depuis le siège de l’équipe à Miercurea Ciuc en direction de la Hongrie n’était pas très rempli : Jensie, le mécanicien-conducteur, Attila, coureur handisport (l’équipe possède une importante filière handisport, j’y reviendrai), et Robert, un coureur junior, spécialiste du VTT. Ils avaient déjà quatre heures de route, soit plus du double de mon vol Genève – Cluj-Napoca. En chemin, notre effectif a grossi progressivement, et j’ai ainsi découvert une à une les nouvelles têtes qui allaient composer mon équipe de ce week-end. D’abord Artem, notre ukrainien, que nous avons récupéré à la gare de Oradea, à l’extrême est du pays, puis les deux autres coureurs ainsi que le directeur sportif du week-end, Szebestyen et Abel, qui nous ont rejoint avec un autre véhicule peu avant la frontière Hongroise. Andrei et Eduard, les deux derniers, nous rejoignent directement à Szekszard, au terme du voyage.

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Vu depuis l’avion, peu après le décollage de Genève. De bas en haut : le Mont Pélerin, la ville de Montreux, le lac Léman, Le massif du Valais et la vallée du même nom

Premiers coups d’œil à-travers la vitre

La différence entre la France et la Roumanie ne saute pas aux yeux. À la descente de l’avion, je ne pouvais pas savoir en quelle langue je devais parler à qui. Lorsque je me risquais à tenter de deviner « tiens, lui doit être roumain » « elle doit être française », une fois sur deux, je me trompais. Bien entendu, une fois quitté le tarmac, plus personne ne parle français. Mais tout le monde ne parle pas roumain. En fonction de la région, certains parlent hongrois, et un hongrois qui peut être différent de celui parlé en Hongrie. Une fois que l’on arpente la ville en s’éloignant du centre économique, l’architecture se dégrade. Cependant, les villes ne sont pas laides. Si les immeubles ou les maisons semblent parfois d’un autre temps, elles débordent de couleurs plus vives les unes que les autres, ce qui donne à la ville un cachet nettement plus caractériel que nos cités périurbaines au crépi pâle et aux tuiles uniformes. Alors que jusqu’à la frontière, la route serpentait entre les collines, voire parfois entre les montagnes, le paysage a complètement changé de l’autre côté, et le relief a disparu, laissant place à d’interminables plaines cultivées semblables à celles que l’on pourrait trouver dans le Berry français. Tout au long du trajet, qui aura duré au total près de sept heures, pas une fois nous n’avons progressé sur autoroute, tout au plus quelques kilomètres de deux fois deux voies à l’approche de Budapest – pour la simple raison qu’il n’y en a pas. Dès qu’il observait le moindre interstice, notre chauffeur s’empressait de doubler le véhicule qui le précédait, parfois au risque de devoir brutalement freiner lorsque l’espace n’était pas suffisant. Pour le reste, tout ressemble parfaitement à ce que l’on peut trouver en France.

La Hongrie

En Hongrie, l’anglais n’existe pas, ou presque. Les menus sont présentés en hongrois, en roumain et en allemand, et si l’influence latine se ressentait nettement en Roumanie, on y retrouve de nombreux éléments qui rappellent la culture germanique, notamment en ce qui concerne le langage ou l’architecture, et on y ressent l’héritage de l’histoire de l’ancien empire austro-hongrois. La course du week-end, autour de la ville de Szekszard, toujours avec le même départ et la même arrivée, longeait et traversait le Danube à de nombreuses occasions. Mais à l’exception du langage, la Hongrie n’est pas un pays excessivement dépaysant pour des européens de l’ouest. Au contraire de la Roumanie, ou pourrait tout à fait se croire en France – si l’on se bouchait les oreilles.

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Pause café sur le lieu de l’arrivée, à Szekszard

L’installation en Roumanie

Au terme de la course, qui s’est très bien passée de mon côté et de celui de l’équipe (lire ici) […], nous avons repris la route pour un long voyage en direction du siège de l’équipe, que j’allais découvrir pour l’occasion, à Miercurea Ciuc, en traversant la Roumanie centrale cette fois-ci, la partie montagneuse, malgré que je n’en aie rien vu à-travers la fenêtre à cause de l’obscurité. Lorsque je suis parvenu à m’habituer aux fréquents coups de frein de Jensie, le conducteur, j’ai réussi à m’assoupir entre deux et trois heures, avant de me réveiller avec le soleil une petite heure avant notre arrivée à Ciuc. Nous avons bifurqué par une petite route montagneuse cabossée, sur cinq ou six kilomètres, avant de nous retrouver dans le « hameau » de Hargita, lieu de mon hébergement.

J’ai donc été logé toute la semaine à Hargita, petit amas de maison sans route ni commerce, mais avec une patinoire de plein air, quelques pistes de luges et de ski en amont de la montagne. Je suis installé dans une pension qui appartient au père de Eduard Carol Novak (lire un peu plus bas), en compagnie de mon ami hongrois Abel Kenyeres. Le petit-déjeuner nous est fourni, et nous avons également droit à un repas par jour dans un restaurant italien au centre-ville de Miercurea Ciuc. Ciuc est la grande ville de la région et se situe une vingtaine de kilomètres en aval (Hargita est à 1300m d’altitude, Ciuc aux alentours de 700m). Pour nous y rendre, nous disposons de la Dacia de l’équipe, dont je suis le conducteur temporaire. Après avoir descendu les 6 kilomètres de route de montagne, nous rejoignons le grand axe qui mène à Ciuc, se situant 15 kilomètres plus bas dans une plaine étroite coincée entre deux chaînes de montagne. Mais ces fameux 6 kilomètres sont à l’image d’une grande partie de la voirie roumaine : exécrable, au point d’y laisser ma roue Zipp arrière le mardi en partant à l’entraînement (pour faire simple, j’ai perdu sur un nid de poule l’équivalent de deux mois de salaire environ).

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Ma zipp arrière se souviendra longtemps des nids de poule roumains

Eduard Karol Novak

Eduard Karol Novak, ou Eduard, ou Edi pour les membres de l’équipe, est le grand patron de Tusnad Cycling Team. Il fait également partie de l’effectif en tant que… coureur. Mais pas un coureur comme les autres. Il possède une autre particularité : il est champion en titre… paralympique. En effet, il ne possède qu’une jambe et demi, pour ainsi dire, et sa performance force le respect, puisque cela lui suffit à suivre un peloton et à jouer le coéquipier modèle même lorsque le rythme est élevé. Le manque de sa jambe droite est comblé par une prothèse rigide à partir du genou.

Eduard est une personnalité hors-norme, dans tous les sens du terme. Il est absolument omniprésent : Team manager et coureur au sein de l’équipe, président de la fédération nationale de cyclisme, champion paralympique en titre, sa famille possède une entreprise alimentaire qui produit d’excellents gâteaux (les Novak cakes), il possède également un café en centre-ville de Ciuc dont les murs débordent de photos, de médailles et de trophées, ainsi qu’une entreprise de prothèses médicales, dont le siège est partagé avec… Le service course de l’équipe, en bordure de la ville. Il est connu et respecté de tous les citoyens de Ciuc, admiré ou détesté un peu partout en Roumanie, mais il ne laisse persone indifférent.

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