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Pro-AM Tour : une aventure hors-norme
Pro-AM Tour : une aventure hors-norme

Pro-AM Tour : une aventure hors-norme

Le week-end suivant le critérium d’Annecy, l’équipe s’est rendue samedi sur le Grand Prix de Coligny, qui a consacré notre homme en forme du moment Nans Peters ; et sur le Tour du Pays de Gex le lendemain, remis au goût du jour après une année d’absence sous forme de classique. Cette fois-ci, je n’étais pas de la partie. J’en ai profité pour bien lever le pied en début de semaine et m’assurer ainsi d’avoir une récupération optimale pour poursuivre ma progression, sans craindre de manquer de rythme le week-end. Loïc Varnet, le directeur du centre de formation, m’a cette fois missionné pour participer à l’encadrement d’un stage cycliste de quatre jours en suisse romande, de Genève à Gstaad. La banque privée Lombard-Odier, soucieuse de diversifier son offre événementielle, organisait pour la première fois un séjour cycliste à ses principaux clients passionnés. Loïc ne m’a pas transmis d’autre information que “c’est un stage qui regroupe des cyclos fortunés, tu seras bien logé, tu verras“.

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Presque sceptique, je suis arrivé aux portes de l’hôtel La Réserve en banlieue genevoise à l’heure du rendez-vous, peu avant neuf heures du matin. Les arbustes qui longeaient le chemin étaient bien tondus et les voitures bien garées. A l’entrée de l’hôtel, des concierges en costume cravate correctement dressés montaient silencieusement la garde, imperturbables. Le remue-ménage sur le parking me laissait comprendre que j’étais bien au bon endroit. J’ai avancé à allure modérée, cherchant un espace libre pour stationner mon véhicule, auquel a finalement convenu une petite place discrète à sa mesure en bout de route.

Immédiatement sorti, un collègue qui s’est reconnu dans ma tenue de survêtement AG2R et mon air sceptique s’est naturellement dirigé vers moi. “On a l’air cons avec nos voitures“, il m’a dit. Lui ne me connaissait pas mais moi je le connaissais, puisqu’il s’agissait d’Alexis Vuillermoz, coueur professionnel chez AG2R – la Mondiale et 11e du dernier Tour d’Italie.

J’avais davantage la sensation de visiter un salon de l’automobile que de traverser un parking.

Mutuellement rassurés par la compagnie l’un de l’autre, nous nous sommes dirigés vers l’entrée de l’hôtel où s’agglutinaient les clients déjà en tenue cycliste, dont certains portaient vers notre survêtement un regard curieux plein d’admiration, pendant que nous tentions de dissimuler tant bien que mal notre malaise et notre timidité. L’intérieur de l’hôtel m’a paru un peu surréaliste au premier coup d’oeil, mais je me suis efforcé de concentrer mon regard sur le chemin à suivre plutôt que sur les décors. Au bout du couloir, par chance, nous sommes tombés sans mal sur Cédric Lambelet, que j’avais eu au téléphone quelques jours plus tôt. Nous y voilà.

Nous avons été conviés au premier briefing du séjour. Comparativement à ce que nous appelons briefing en temps normal, celui-ci ressemblait plutôt à une conférence. Les gens étaient debout mais gardaient leurs places. Il en restait quelques unes. Nous en avons ciblé deux côte à côte. Mes camarades de droite s’appelaient Laurent Jalabert et Tony Rominger. Je me suis présenté timidement.

Je me suis demandé une première fois ce que je fichais là.

Bientôt, les lèvres se sont tues, et les regards se sont tournés vers l’avant. Richard Chassot, organisateur du Tour de Romandie et consultant pour la télévision suisse, a pris la parole pour présenter le programme des trois jours, ainsi que le dispositif de sécurité qu’il présidait. Nous avons ainsi découvert le parcours du jour sur grand écran, cartographie et profil : 120 kilomètres à tarvers le jura suisse avec deux cols, ceux du Marchieruz et du Mollendruz. Nous avons appris que l’encadrement serait complété par un dispositif de six motos sécurité du Tour de Romandie ainsi qu’un mini-bus pour le transport des bagages et qu’un véhicule de l’équipe de mécaniciens.

Richard Chassot s’est ensuite lancé dans la présentation des sportifs professionnels conviés pour l’encadrement du cortège. Il a tout d’abord présenté Alexis et ses différents titres de champions d’Europe et du Monde sur le VTT. Est ensuite venu le tour d’Arnaud Grand, coureur de la BMC Development spécialiste du Cyclo-Cross. Alors que l’écran affichait à présent le palmarès de Laurent Jalabert et Tony Rominger, Richard a cessé son discours pour annoncé qu’il oubliait qu’un autre jeune coureur était présent également. J’ai compris qu’il parlait de moi. S’adressant à tout le monde, il m’a demandé de présenter mon palmarès. À mon tour, je me suis levé.

Je me suis demandé une seconde fois ce que je fichais là.

Mes yeux fixaient la ligne “Milan-San Remo” du palmarès de Jalabert. J’ai vu défiler dans mon esprit mes résultats à moi, n’ai rien trouvé à dire qui puisse ne paraître pas trop ridicule, et ai finalement déclaré en souriant quelque chose comme “Je ne peux pas donner mes résultats avec marqué Jalabert et Rominger au tableau !” et l’assemblée a rigolé, puis Richard a très gentiment enchaîné en me demandant à la place combien de jours de course j’avais cette saison. J’ai répondu “sans doute une soixantaine” et puis je me suis rassis au prix d’un effort surhumain. Je ne me rappelle plus de ce qui s’est passé ensuite, sinon qu’une fois l’assemblée dissoute, j’ai écouté Alexis discuté quelques temps avec Laurent Jalabert.

Ça y est, c’était parti.

Avec Alexis, nous sommes sortis dans les premiers et puis les autres nous ont suivi. On nous a demandé de laisser nos clés de voiture au concierge de l’hôtel. Nous nous sommes regardés, et nous avons chacun dit en même temps quelque chose comme “de toute façon, ce n’est pas avec la nôtre qu’ils partiront en premier“. Nous nous sommes changés et sommes montés sur le vélo et rapidement, nous nous sommes retrouvés à rouler sur la route, au milieu de tous ces gens que je ne connaissais ni d’Êve ni d’Adam.

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Je me suis senti bien davantage à l’aise dans mon élément. J’ai pris mon rôle à coeur. Quelques-uns des participants me lançaient parfois un regard plein de respect et d’admiration, un peu gênants mais toutefois agréables. Je me suis prêté au jeu, j’ai trouvé très facile d’aller vers l’un ou vers l’autre en demandant simplement “et vous, d’où venez-vous ?” pour engager la conversation. Tout le monde répondait avec le sourire, tantôt en français, tantôt en anglais. J’ai ainsi rencontré, dans les premiers kilomètres où le peloton a roulé à une allure régulière sur les routes de la campagne genevoise, un allemand, un belge, un américain et une tripotée de suisses, qui m’ont tous posé des questions plus ou moins précises sur l’univers du vélo et sur mon parcours, mais toujours passionnées. À un moment, alors que nous avions franchi une première côte assez courte, une chute s’est produite au carrefour suivant et un client s’est retrouvé à terre, sans gravité cependant. J’ai appris quelques kilomètres plus loin qu’il s’agissait de l’un des deux clients mexicains, qui avait demandé à ce qu’on lui loue un vélo haut de gamme la veille du départ et à qui l’assistance mécanique avait été obligé de passer manuellement le petit plateau dans la première côte car il ne trouvait pas le bouton.

Progressivement, nous avons approché du premier col de la journée, long d’une vingtaine de kilomètres. Très rapidement, le groupe s’est pour la première fois disloqué et après avoir encouragé certains des participants, Laurent Jalabert a décidé qu’il était temps de rentrer sur la tête. Il s’est tiré la bourre quelques instants avec Tony Rominger puis nous nous sommes gentiment relayés pour recoller au groupe alors qu’il me rappelait à intervalles réguliers “Oh, les bosses ce n’est plus pour moi maintenant, je ne passe plus un pont d’autoroute“. Le groupe était encore composé de Cédric et Jérôme, les deux ambassadeurs de la banque Lombard-Odier ; de Jalabert et Rominger, d’Alain Prost, le fameux champion de l’automobile particulièrement affuté, de Lionel Wüst, un ancien coureur élite avec qui j’ai couru à quelques reprises il y a quelques années et les deux ou trois clients les plus résistants. Les représentants de la banque ont souhaité accélérer un peu et nous nous sommes retrouvés à deux avec Alexis, puis nous nous sommes relevés. J’ai fait demi-tour pour encourager certains clients, puis j’ai terminé la montée allure course pour faire un peu de rythme.

Au sommet, l’assistance technique était installée avec le ravitaillement. Ou pour être plus précis, le buffet. Je me suis allègrement servi en fruits et en petits gâteaux, ai rempli mes bidons et poursuivi la discussion avec les clients. Le groupe s’est reformé après une grosse demi-heure d’attente, les niveaux étant relativement hétérogènes. A l’exception de nos amis mexicains, loin derrière, totalement distancés.

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Et puis le petit convoi est reparti. Certains cherchaient beaucoup à se tirer la bourre, c’est pourquoi nous avons accéléré plusieurs fois avec Alexis. Souvent, les clients avaient pour nous cette phrase “ce doit être une ballade de santé, pour vous“. Le rythme n’était en effet pas très rapide, mais à force, les nombreuses accélérations transformaient la ballade en séance d’entraînement tout à fait correcte, que ce soit pour moi, ou pour Alexis qui n’avait repris le vélo sur route que la veille suite la fracture d’un métacarpien (de la main qu’il tenait fixée avec une attelle).

Les derniers kilomètres ont été délicats. Il m’a fallu pousser dans tous les derniers faux-plats l’un des clients qui était en hypoglicémie totale qui à la fin, sans s’en rendre compte, accélérait lorsque je le touchais à peine. Nous sommes arrivés en milieu d’après-midi au Lausanne Palace, notre hôtel pour la nuit.

Je suis arrivé avec le dernier groupe (sans compter les mexicains), au bout de 130 kiomètres, puisque nous avons fait fausse route à une vingtaine de kilomètres du but avant de revenir sur nos pas. A l’entrée, nous attendaient les concierges avec la clé de notre chambre qui contenait déjà nos bagages, mais la majorité des cyclos profitait de la collation gratuite offerte à l’arrivée, dans l’immense atrium de l’hôtel. J’ai ainsi pu profiter d’un bon demi en compagnie de Jalabert et de Prost avant de regagner ma chambre pour une douche bien méritée.

La sortie d’entraînement bouclée, nous sommes allés faire un tour au spa de l’hôtel avec Alexis et quelques clients. C’était bien entendu ma première fois et je n’avais absolument pas pensé à prendre de maillot de bain, mais j’ai ainsi appris qu’il était possible de demander des maillots de bain jetables, et que dans un hôtel cinq étoiles, étaient disposés dans chaque chambre au moins un peignoir et une paire de chaussons – si je me limite aux objets à utiliser pour descendre au spa, bien évidemment. Bientôt, il était temps de remonter pour se préparer à l’apéritif et au dîner. A l’ascenseur, nous avons aperçu notre collègue Arnaud Grand en cuissard et en chaussures de vélo dans le hall de l’hôtel. Il terminait tout juste l’étape en compagnie des deux mexicains, qu’il avait escorté toute la journée. A l’unanimité de toute l’assemblée, il a été désigné coureur le plus courageux de la journée.

Sur le programme, le dress code était “sportif et décontracté”. Je suis donc descendu en jean avec la veste civile de l’équipe. J’ai retrouvé à l’apéritif chacun des clients en chemise de costume, je me suis dit que je n’avais pas encore assimilé tous les codes mais que j’étais sur le bon chemin. L’apéritif a duré quelques temps et je n’arrivais toujours pas à m’habituer au comportement des serveurs, tous en costume complet, qui mettaient une application toute particulière dans le moinde de leur geste dont on sentait qu’il était le résultat d’un apprentissage strict et perfectionné. J’ai beaucoup échangé avec Philippe Rochat, chef étoilé mondialement connu, qui, lorsque je lui ai raconté que je m’étais entraîné dans le valais en emmenant ma famille en vacances cet été, m’a gentiment conseillé “un hôtel très sympathique un peu avant Ulrichen si ma maman désire y retourner“. Je lui ai répondu avec le sourire qu’elle n’en avait sans doute pas les moyens, alors il a insisté très gentiment en précisant “mais si, il n’est pas cher je te promets, ce n’est qu’un trois étoiles – trois étoiles d’hôtel, pas de restaurant, bien sûr“. J’ai trouvé à la fois l’attention très gentille et l’anecdote très révélatrice.

Je me suis couché le soir des étoiles plein les yeux, et je n’ai pas tardé à m’endormir dans mon lit king size.

Le lendemain, nous rejoignions la montagne et la petite station de Villars-sur-Ollon. Au petit-déjeuner, les clients étaient déjà habillés. Nous avons longé la corniche viticole au-dessus de Lausanne et du lac Léman, classée au patrimoine de l’UNESCO. J’ai beaucoup échangé avec Laurent ce matin-là, en lui posant toutes les quesitons qui me venaient en tête sans retenue, tantôt au coureur, tantôt au journaliste ou au sélectionneur. Nous avons fait une pause à Aigle, au siège de l’UCI, qui accueille le Centre Mondial du Cyclisme, l’équipe regroupant les jeunes talents des pays en développement qui n’ont pas les structures nécessaires à l’épanouissement de leur potentiel et que nous cotoyons en tant qu’adversaires sur les courses tout au long de l’année. D’habitude, ce sont eux qui vont chez moi et cette fois, c’est moi qui viens chez eux en tant qu’étranger. Les bâtiments sont assez imposants et nous allons voir la piste en bois à l’intérieur du plus grand d’entre eux. L’organisation nous a fait la surprise de la visite des anciens grands champions Gianni Bugno et Pascal Chanteur, s’ajoutant à la désormais longue liste de personnalités rencontrées au cours du voyage. Il est rapidement temps de repartir et nous reprenons notre route cette fois-ci à flanc de montagne, pour l’ascension de la première partie du col de la Croix. Avec Alexis et Arnaud, nous l’effectuons à un bon rythme, et poursuivons même jusqu’au sommet, sans s’arrêter à l’hôtel qui se situait à mi-pente, avant de redescendre dans des paysages sublimes.

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Le second hôtel se nomme le “Chalet RoyAlp”, nanti d’autant d’étoiles que le précédent. Le midi, je retrouve Laurent et Alexis à table et nous discutons beaucoup du cyclisme actuel et du parcours de Laurent. Il s’agit d’un barbecue confivial sur l’immense terrasse de l’hôtel, toujours sous un temps magnifique. Je profite de ces moments de bonheur à l’état le plus pur, où le temps parait s’allonger à l’infini, tout en sachant pertinemment qu’il m’est compté en réalité, pendant que Laurent, lui, plaisante en espagnol avec les mexicains. La chambre ce jour-ci est la plus spacieuse et la plus luxueuse du périple, le spa, lui aussi, est le plus majestueux. J’ai immédiatement avalé le chocolat qui était disposé sur mon lit, puis je me suis amusé de retrouver les prévisions météorologiques du lendemain sur un prospectus près de l’oreiller gauche, ainsi que de l’étiquette du tapis “Calvin Klein” avant de prendre une douche dans ma baignoire à jets automatiques. Dans l’après-midi, je profite de quelques brasses dans le bassin olympique et je discute finance avec Arnaud, Alexis et un client belge en anglais dans le jaccuzzi, que l’on conclut avec une petite photo souvenir. Alexis, lui, était tout à fait à l’aise avec la finance puisque titulaire d’un master dans ce domaine ; en revanche, un peu moins à l’aise avec l’anglais, mais il se débrouillait très bien malgré tout. Lorsque je suis remonté pour me changer et prendre ma douche, je ne parvenais plus à ouvrir la porte de ma chambre avec le mécanisme de la clé : je n’étais descendu qu’en tee-shirt et maillot de main jetable, une servière sur le dos ; je me suis donc retrouvé enfermé dehors avec un simple tee-shirt et une serviette nouée autour du bassin. Il s’en est fallu de peu pour que je ne descende dans cette tenue à la réception, mais j’ai compris juste à temps qu’il fallait attendre quelques temps dans la serrure que le petit bonhomme se mette à sourire sur l’écran miniature situé sur le devant de la clé.

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À nouveau et déjà, était revenue l’heure de l’apéritif et du dîner. Cette fois-ci, je me suis davantage habillé. Je me suis retrouvé à la table d’un client polonais qui m’a expliqué qu’il avait récemment effectué des tests en soufflerie ainsi que sur piste couverte en italie pour améliorer sa position contre-la-montre, et semblait étonné lorsque je lui ai dit que je ne l’avais jamais fait moi-même. J’ai écouté avec passion mes deux camarades de droite échanger avec ferveur leurs opinions à propos des différentes théories financières dans un langage qui m’a paru totalement étranger voire caricatural. Lorsque j’ai pris la parole pour finalement leur avouer que “ça a l’air passionnant, mais je n’ai rien compris“, le plus expérimenté des deux m’a félicité, précisant que d’habitude, les gens font semblant de comprendre, même s’ils ne saisissent rien. J’ai rigolé.

Ainsi s’est terminée la seconde journée, et encore une fois épuisé, je me suis endormi sans mal. Les journées débutaient avec le petit déjeuner à sept heures trente le matin et se terminaient après le dîner aux alentours de vingt-trois heures. Je me suis désolé de ne pas pouvoir profiter davantage du luxe des chambres le soir, mais me suis couché avec un sourire béat, en pensant que le plus imporant était de profiter au maximum de cette aventure.

Le lever a été plus délicat le lendemain matin : le téléphone s’est déchargé pendant la nuit et le réveil n’a pas sonné. Par chance, je me suis tiré du sommeil aux alentours de huit heures, un peu perdu et de mauvais poil. Je suis descendu seul au petit déjeuner et n’ai pas trouvé de place libre parmi les tables déjà formées près d’un groupe qui parlait français. Je me suis installé sur une table isolée en me promettant de profiter de mon petit déjeuner. Un client m’a demandé si la place était libre et je lui ai répondu “bien sûr” sans hésiter, même si je n’ai pu me retenir de le regretter lorsqu’il m’a demandé si je ne parlais pas plutôt anglais. Il m’a posé des tas de questions sur mon parcours, sur ce que je faisais, ce que je pensais, ce dont je rêvais et la discussion est vite devenue très intéressante, mon anglais s’est progressivement dérouillé et mon humeur améliorée. En réalité, il était infiniement sympathique et intéressant et j’ai quitté la table en fin de compte sans avoir mangé grand-chose.

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La dernière étape était la plus courte des trois et devait nous amener jusqu’à la ville de Gstaad en plein massif romand, à travers les cols de la Croix – dont on avait emprunté le final la veille – et des Mosses. Nos ambassadeurs de Lombard-Odier, nous ayant jugé très en jambes, ont annoncé qu’ils rajoutaient une petite difficulté à mi-parcours car ils nous en sentaient capables. Personne n’a grogné, même pas les mexicains qui, ayant pourtant passé près de douze heures sur la selle ces deux derniers jours, nous ont gratifié d’un énième concert d’harmonica. Et en effet, dès le départ, bien entendu le groupe a explosé sur les pentes parfois sévères du final du col de la Croix, mais moins que les jours précédents, et l’on sentait la condition de chacun s’améliorer jour après jour. Je parcours le peloton en demandant à-droite-à-gauche “comment vont les jambes aujourd’hui“, “como estan las piernas hoy“, “how are the legs today“. Dans la descente, je me fais plaisir. En bas, alors qu’il faut attendre que tout le monde ou presque se regroupe, un motard de la sécurité s’excuse de ne pas m’avoir vu arriver assez vite dans un virage, je lui réponds qu’on serait mal élevés de se plaindre d’avoir des motos de sécurité pour nous encadrer. Dans un premier temps, je planifiais de rallonger la sortie par une montée de col avec une série d’intensités à PMA pour conserver un bon niveau de rythme mais à force de voir les autres clients, et même les pros se tirer la bourre avec moi, de faire un sprint à chaque pancarte, et même de descendre les cols et de dévaler les plaines tambour battant, j’arrive à Gstaad avec les jambes dures et les nerfs vidés. Les clients se félicitent les uns les autres d’avoir terminé, nous les applaudissons, mais poursuivons notre route pour effectuer une boucle supplémentaire. Je découvre l’ascension du Jaunpass, puis celle du Mittelberg en compagnie d’Alexis, Arnaud et des deux représentants de la banquent qui roulent décidément sacrément bien et au final, nous rentrons avec près de 3000 mètres de dénivelé.

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A l’arrivée dans le 3e et dernier hôtel, l'”Hermitage” à Gstaad, je rejoins ma chambre et avale d’une traite les trois pommes disposées sur la table basse. Je reste une bonne demi-heure sous la douche. Je descends rejoindre les autres pour le déjeuner alors qu’il est déjà l’heure du goûter. Les clients, admiratifs de nous voir arriver si tard et notamment mon ami anglophone du matin, sont plein de bonnes attentions et incitent sans cesse le serveur, qui s’amuse à se comporter comme Louis de Funès, à me resservir des spaghettis. A chaque service, celui-ci nous propose une nouvelle blague (dont deux fois au cours de la soirée : pourquoi François Hollande n’a-t-il que 39 ministres ? Parce que s’il en avait 40 on l’appellerait Ali Baba). Une fois repus, la conversation dérive petit à petit vers le milieu pro des années 90 et Richard Chassot nous raconte une infinité d’anecdotes croustillantes à propos du fonctionnement du cyclisme de l’époque, lorsqu’il courrait chez les professionnels. Avec Alexis, nous sommes parfois incrédules. Nous n’avons que peu de temps pour nous changer et revient déjà l’heure de l’apéritif : ce soir, je partage ma table avec mes amis cyclistes habituels ainsi que Juan, un chef d’entreprise espagnol installé à Genève depuis ses quatre ans, fan de Rapha comme la moitié des clients présents ici et surtout, passionné de sport et de cyclisme. Ici, chacune des personnalités que l’on rencontre semble avoir vécu une dizaine de vies en même temps. C’est l’heure des discours de conclusion, courts heureusement mais sincèrement touchants. Tout le monde a adoré son aventure de trois jours. Le lendemain, il se murmure que certains d’entre nous parlent de retourner à Genève à vélo plutôt que via le bus…

La nuit est courte à nouveau et nous profitons des derniers échanges le matin. A dix heures, le bus décolle. Nous descendons en tenue. Finalement, nous rentrerons bel et bien à vélo. Roland, un chef d’entreprise de construction, s’était promis de rejoindre son domicile au-dessus de Lausanne, à vélo le dernier jour et se joint donc à nous pour dévaler la plaine romande. Les au-revoirs sont parfois touchants alors que nous ne nous sommes rencontrés que depuis trois jours, et nous recevons beaucoup de compliments. Enfin, le bus démarre, et nous aussi.

La dernière sortie sera la plus longue et aussi la plus rapide. Si nous nous laissons descendre des montagnes de Gstaad jusqu’aux hauteurs du Léman, nous embrayons sur la fin de la journée, les jambes lourdes malgré tout pour ma part. Le bus qui raccompagne les autres clients nous double en klaxonnant. Juste avant de déposer le courageux Roland, nous nous arrêtons pour prendre un café sur les côteaux, avec une vue somptueuse sur le lac. Nous nous arrêtons une seconde fois à Morges, après Lausanne, dans une boulangerie pour manger un semblant de déjeuner. Sur le final le long du lac, jusqu’à la banlieue genevoise, on passe de longs relais allure contre-la-montre avec Arnaud, histoire de bien se débloquer. Enfin, en milieu d’après-midi, nous atteignons l’hôtel de La Réserve, notre point de départ. Nos valises nous attendent à l’entrée, ainsi qu’une bonne surprise : Juan nous invite à partager la fête de fin d’études de sa fille, qui a terminé son cursus de médecine, autour d’un gâteau et d’un nouveau verre.

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Enfin, il est l’heure de nous séparer, les derniers d’entre nous.

Ces quatre jours ont été extraordinaires, j’ai pu côtoyer des personnalités infiniement riches, certaines connues dans le monde entier, partager des histoires passionnantes, et découvrir un monde duquel je ne connaissais rien. Pour cette aventure, je tiens à remercier la banque Lombard-Odier et en particulier Cédric Lambelet qui m’a accueilli avec la même exigeance que les pros les plus réputés. Je veux y associer Lionel Wüst, ainsi que Loïc Varnet qui sont ceux qui m’ont permis de prendre part à l’événement. Enfin, je me dois de remercier également l’ensemble des participants et des encadrants qui ont été exemplaires de gentillesse et de professionnalisme pendant ces quatre jours.

Il me fallait vous partager cette expérience hors-normes…

2 Comments

  1. J.Ph.CHAILLOUS

    Bravo, cher neveu, pour l’exploit sportif ainsi que… littéraire ! Derrière la figure du champion en herbe éventuel on aperçoit déjà quelque chose comme la silhouette d’une sorte d’Antoine Blondin en devenir. Certes, le chemin sera peut-être encore ardu et âpre qui mène aux trophées et aux lauriers, mais tous les espoirs sont permis à ce qu’il semble car il est manifeste que non seulement tu aimes l’effort mais tu prends grand plaisir à raconter. Continue ainsi car tu ne peux que t’améliorer sur le chemin qui conduit au succès.
    Affectueusement. J.-Ph.

  2. bruno et marie

    Très sympa, aimablement narré, vivant et intéressant a suivre ? Oui, bravo !

    On te fait des bises Tom ! A bientôt, si tu es dans le coin, dis le nous et vois avec Théo…

    Marie P et Bruno

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