自転車で地域&人づくり
Le statut continental en France : pourquoi je plaide l’ouverture
Le statut continental en France : pourquoi je plaide l’ouverture

Le statut continental en France : pourquoi je plaide l’ouverture

La France est la seule nation cycliste dont la fédération oblige les équipes inscrites à l’échelon continental à conférer un statut professionnel à tous ses coureurs. Une mesure, en apparence en tout cas, tout à fait à l’avantage du sportif. En effet, ce règlement lui garantit un statut reconnu et une source de revenu fixe, bref, il fait de lui un coureur professionnel, dans tous les sens du terme.

Mais la récente montée en grade de l’Équipe Cycliste de l’Armée de Terre a fait vaciller cette réglementation. En effet, la salarisation des coureurs par une institution publique étant contraire à notre législation spécifique, un compromis a été trouvé : on a choisi de considérer les coureurs de l’armée non pas comme des coureurs cyclistes professionnels, mais comme des soldats professionnels. Cependant, cela signifiait également qu’ils n’étaient alors plus considérés que comme des coureurs amateurs. On a donc ouvert une brèche dans le système, en modifiant le règlement : le statut d’équipe continentale non professionnelle est désormais accepté en France… Mais attention, pas pour tout le monde : il est réservé exclusivement aux équipes qui seraient montées par des représentants des services de l’Etat ou de la fonction publique.

À ce constat, une question m’alerte. Pourquoi n’a-t-on pas plutôt modifié le point de règlement qui refusait la salarisation du coureur par un organisme d’état ? Car il apparaît bien peu probable que la Poste, la SNCF ou la RATP, que sais-je, se décide à son tour de monter une équipe cycliste professionnelle : il est évident que cette modification du règlement est spécifique au cas de l’Armée de Terre. C’est ce qu’on appelle, en d’autres termes, un passe-droit ; quand bien-même arrange-t-il tout le monde. On interdit l’implication de l’état au milieu des structures privées, mais on l’accepte quand même, parce que c’est plutôt dans notre intérêt, enfin, on ne sait pas trop… Bienvenue en France.

« Être coureur cycliste professionnel », ça veut dire quoi ?

La source du débat, c’est ce fameux statut de coureur professionnel. Une telle situation n’aurait pu se produire qu’en France, puisqu’aucun autre pays ne surenchérit le cahier des charges de l’UCI définissant le statut continental. Mais nous, nous avons estimé que ce cahier des charges était trop laxiste, et notre vieil esprit socialiste nous a incité à vouloir protéger le coureur, en obligeant la structure, en plus du respect des contraintes fixées par l’UCI, à lui verser un salaire minimal et à faire reconnaître ce statut professionnel par l’état. Quelles en sont les conséquences ? Les coureurs des équipes continentales françaises sont bien mieux lotis dans l’ensemble que leurs collègues étrangers, certes, mais cette liberté donnée au coureur est prise à l’équipe qui l’accueille. C’est pour cette raison que, jusqu’à cette année nous n’avions que trois structures continentales en France (Auber 93, Team KTM – la Pomme Marseille, Team Roubaix-Lille-Métropole), contre 10 pour la Belgique ou 11 pour le Japon.

Certes, ce statut est sécurisant tant que le coureur possède un emploi. Mais s’il le perd… Où s’en va-t-il ? Le cyclisme est un marché, sujet comme tous les autres à la loi de l’offre et de la demande. Soit il trouve refuge dans une équipe continentale étrangère, dont la flexibilité permet d’atteindre le salaire d’équilibre ; soit il redescend chez les amateurs. On a coutume de dire que la majorité des équipes continentales amateurs valent une équipe de DN1 française. C’est sans doute vrai… Mais nos meilleurs coureurs amateurs ne touchent-ils pas déjà des salaires dans leur structure amateur ?

Cessons d’être hypocrites. 80% des coureurs de DN1 touchent un salaire en France, qu’il soit considéré comme un simple dédommagement des déplacements ou comme un emploi aidé, un contrat de service civique ou tout simplement un dessous de table. N’est-ce pas là la véritable précarité ? Ces coureurs ne sont-ils pas professionnels ? Nous nous sommes habitués, dans ce milieu conservateur, à entendre nos meilleurs élites dire « si je ne passe pas professionnel d’ici à deux ans, j’arrête le vélo ». Cette phrase est le symptôme même de l’absurdité de la condition de coureur cycliste en France. C’est tout, ou c’est rien.

Pour un cyclisme plus ouvert et plus sain

Je pourrais aller plus loin encore, en dressant le parallèle avec le dopage, ou avec la problématique des études ; mais c’est sur les solutions plutôt que sur les problèmes que je souhaite attirer l’attention. L’Armée de Terre a ouvert une brèche dans l’immobilisme français et le débat mérite d’être rouvert. Il y a de la demande. De la part des coureurs, d’abord : trop de prétendants, trop peu de places. Pourtant, il y a aussi de la demande du côté… De l’offre : le Vendée U, le SCO Dijon ou encore le CR4C Roanne ont tous comme point commun d’avoir annoncé dans la presse leur volonté de dresser un projet continental dans le futur. Mais l’ombre de la défunte de l’équipe Véranda Rideau plane au-dessus de leur tête. Souvenons-nous : l’équipe sarthoise avait mis la clé sous la porte un an seulement après son accession au niveau continental, pour des raisons financières (La FFC impose de payer le salaire minimum à tout le monde). Résultat, 10 coureurs à la rue. Combien d’entre eux sont encore sur le vélo ? Où est la sécurité de l’emploi ?

Bien entendu, je suis également convaincu que la solution à ce problème peut être individuelle. Un coureur qui passe professionnel avec un diplôme est un coureur qui ne se trouvera pas à la rue. Mais s’il existait un niveau continental plus souple, peut-être pourrait-il poursuivre ses études plus longtemps, puisqu’il n’aurait pas à prendre son élan pour sauter d’un seul coup l’immense marche séparant le monde amateur du monde professionnel. Il faut encourager un cyclisme plus sain, s’éloigner des extrêmes en développant les niveaux intermédiaires. Pourquoi n’est-ce pas encore le cas ? Par habitude, tout simplement. Le cyclisme évolue : il se mondialise, il s’assainit, il s’ouvre. La France n’est plus le centre du cyclisme. Il serait temps de l’accepter, et d’ouvrir notre système à celui des autres. Sans quoi c’est bientôt nous qui serons en retard…

7 Comments

  1. Johann Peyrot

    Une libéralisation du monde professionnel serait intéressant pour gommer la différence pro/amateurs mais n’y a-t-il pas le risque d’une précarisation qui passerait du milieu amateur au milieu pro pour les plus petites formations ?

    Et le cas belge s’appuie aussi j’imagine sur les kermesses et la popularité du cyclisme dans le pays pour offrir des rémunérations correctes à ses coureurs, chose potentiellement plus compliquée en France.

    Aussi, professionnaliser les plus grosses formations amateurs n’est-ce pas le risque de dégrader ce milieu amateur français qui du fait de la séparation avec le monde pro est d’assez bon standing ?

    L’article est très bien rédigé en tout cas. 😉

    1. sisbos

      J’ai déjà largement abordé le sujet de la précarisation. Je peux encore rajouter quelques arguments, si tu le souhaites. Supposons qu’une équipe continentale française profite d’être libérée de ses contraintes salariales pour baisser soudainement les salaires. Que se passerait-il ? L’argent ne s’envolerait pas, il passerait ailleurs : dans le calendrier de courses, le staff, la préparation… Les cadres sont les premiers à avoir intérêt à investir de l’argent dans les conditions de travail et de performance de leurs coureurs.

      Je ne demande pas la suppression de la contrainte salariale pour le statut professionnel. Je demande l’ouverture au statut continental amateur. En Belgique, les coureurs professionnels sont rémunérés selon un salaire minimum au même titre qu’en France, même au sein des structures continentales ; simplement la majorité des coureurs de ces équipes ont un statut… Amateur. Combien de coureurs amateurs de DN1 ont un emploi ? Les conditions du milieu sont DÉJÀ précaires, et je dirais même qu’elles le sont en partie à cause de ce point de règlement.

      Pourquoi le niveau amateur français est élevé ? Parce que les coureurs désirent passer professionnels. Quand en économie, il y a pénurie (c’est le cas ici, avec le plancher salarial) d’un bien (ici d’un emploi) avec une faible élasticité-prix (la demande ne peut pas se rabattre sur un bien différent : c’est un contrat ou rien), la demande, qui ne peut pas se détourner de son achat, est contrainte d’acheter plus cher (ici, de faire plus de résultats). Si l’on supprime ce plancher, l’offre rattrapera la demande. La crainte provient de cette bipolarité amateur/professionnel très marquée : le développement d’un milieu intermédiaire demanderait de reconsidérer notre vision hiérarchique du cyclisme de haut-niveau. Peut-être, je ne sais pas, cela passerait-il par la création d’un statut intermédiaire, de “semi-professionnel” par exemple… Tiens, c’est déjà le cas pour les compétitions et pour les équipes. Pourquoi pas pour les coureurs ?

  2. thiery françis

    Bonjour Tom, Félicitations pour ton blog très bien construit et très instructif(pour moi!) Concernant le statut des coureurs pro et amateurs, il fut une époque où entre les pros et les amateurs, se situait une catégorie dite “indépendant” ces statuts semblaient fonctionner et satisfaire tout le monde du vélo! Donc peut-être un retour en arrière, avec une touche de notre monde moderne, pour à nouveau trouver les bons créneaux pour chaque coureur, et son statut de sportif rémunéré ou non! Salutations sportives Tom et bonne continuation en Roumanie avec ta nouvelle équipe. Françis Thiery ancien Président du Vélo Vert Savignolais et créateur de 3 clubs FFC dont le dernier en date il y a 1 an et demi: La Squadra Saint Romanaise à St Romain le Puy( à côté de Montbrison)

  3. Pingback: Un cycliste professionnel français interdit de Championnat de France par la fédération | La Gazette Des Sports

  4. Rambaud Paul

    Bonjour Tom.

    Avec la lecture éminemment intéressante de cet article, tu viens de me redonner du courage pour aborder la rédaction de mon mémoire sur la question des intermédiaires dans le cyclisme en France (à rendre en septembre prochain) ^^

    Ton superbe article (j’aime beaucoup ton style) me lance des pistes de réflexion des plus précieuses, notamment sur les conséquences que peut avoir la précarité des coureurs professionnels (encore plus les amateurs) sur les stratégies de recrutement des équipes. J’aimerais avoir ton avis la-dessus…?

    Au cours de mes recherches (master 2 STAPS à Nantes), j’ai récemment pû faire un entretien avec l’un des dix agents FFC licenciés (sans parler de ceux qui n’ont pas officiellement ce statut en France…); qui m’a permis d’y voir plus clair sur le rôle de ceux que j’appelle “les intermédiaires” du cyclisme. Que penses-tu de ces personnes chargés de faire le lien entre les équipes et les cyclistes, dans le but de leur faire signer des contrats de travail (jusqu’à quel niveau en amateur, je me pose la question…)??

    Enfin bref, ton blog est très bien construit et j’aurais plein de questions à te poser!
    Sachant que je ne suis pas issu du monde du vélo directement, mais plutôt un “voyageur à vélo” pour reprendre ton expression (pratique très irrégulière et de promenades), j’aimerais beaucoup pouvoir discuter avec toi de ce sujet. Si toutefois tu réponds à ce premier message (ici ou à miniramboo@gmail.com), ce sera déjà très bien ^^
    Merci encore de la clarté de tes propos, tu as vraiment une analyse fine de ta pratique, on sent bien que c’est plus qu’un loisir mais bien véritablement ta passion.
    “Vive le vélo, et vive le sport!” comme dirait l’autre ^^

  5. Il y a des modifs concernant les teams continental belge.C est dommage pour Geoffrey coupe qui c est toujours battu bec et ongles pour sortir des jeunes talents bien souvent avec son argent perso.
    Mais pense que c est un bien pour le cyclisme de ne plus pouvoir engager des coureurs a la musette les vieux coursiers comprendrons ce que cela veut dire.En France on a professionalise le systeme notament avec bernard tapie et bernard Hinault car il y a 40 c etait plus lucratif de rester amateur que de passer pro.

Comments are closed.