自転車で地域&人づくり
L’aventure humaine du cyclisme
L’aventure humaine du cyclisme

L’aventure humaine du cyclisme

L’idée d’aborder ce sujet m’est venue lorsque j’ai vu débarquer chez moi l’air de rien du jour au lendemain ce petit colombien, avec une simple valise, qui ne parlait ni français ni anglais. Il n’avait quitté l’avion que depuis deux heures, et son pays depuis dix-sept de plus seulement. Dix-sept heures, cela paraît interminable pour un trajet, mais si dérisoire pour changer de vie. Pourtant, il était là, et depuis tout juste cinq minutes qu’il était là, il mangeait calmement à côté de nous, pas nerveux le moins du monde.

En dépit de tous les efforts que j’ai faits pour me mettre à sa place, je n’y suis jamais vraiment parvenu. Comprendre : essayez de vous imaginer en vingt-quatre heures de temps passer d’une vie stable, avec famille, amis et habitudes à portée de main ; tout à coup à un nouveau monde duquel vous ignorez tout, où vous ne connaissez personne, où vous ne pouvez ni communiquer, ni retourner chez vous. A ce moment précis, le seul lien qui existe entre nous et lui, qui pourrions être les plus étrangers de la planète : le vélo.

Et pourtant, ce lien semble si solide que le voilà là, à manger calmement sans rien dire, sans qu’il ne se pose non plus la moindre de ces questions. Et que ce lien suffit à justifier le reste, à ce qu’en le regardant comme ça, on ne se doute de rien.

Il n’est pas le premier à se lancer dans le grand saut, et pour chacun, l’aventure revêt une odeur différente. Les difficultés et les enjeux ne sont pas les mêmes. Mais tous sont mis à l’épreuve à la fois sur le vélo, une raison pourtant déjà suffisante de baisser les bras, mais aussi sous tous les autres aspects de la vie, même ceux qui nous paraissent les plus évidents : la relation aux autres, la place dans la société, la culture, l’équilibre familial. Sans du tout les renier, ils ont choisi de faire passer leur rêve en premier, et puis ensuite autour d’articuler le reste. Cela nous montre tout le pouvoir de la détermination.

A Chambéry, où nous sommes ensemble tout au long de l’année, aussi bien sur, qu’en dehors du vélo, que dans la vie quotidienne ; je me délecte de ces instants où il arrive souvent que dans une même conversation s’entremêlent deux voire trois langues différentes, et où tout le monde se comprend malgré tout, où tout le monde rigole, jusqu’à ce que bientôt on ne se rende plus compte que l’on passe de l’une à l’autre, ni de l’autre à l’une. Chacun apporte un petit morceau de sa culture, qu’on en ait conscience ou que cela passe inaperçu. Lorsqu’on voit à quelle vitesse certains d’entre eux peuvent s’adapter à nous, cela nous gênerait presque de ne pas le leur rendre, de rester là, passifs. Je pense que la moindre des choses est d’avoir conscience de la richesse que cela représente, et de toutes les leçons que l’on peut en tirer.