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Grand Prix de Nogent-sur-Oise – CDF DN1
Grand Prix de Nogent-sur-Oise – CDF DN1

Grand Prix de Nogent-sur-Oise – CDF DN1

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La quatrième manche de la coupe de France DN1 venait clore notre déplacement dans le grand nord-est, après le Rund um Finanzplatz Eischborn-Frankfurt en Allemagne et les deux jours de reconnaissance du contre-la-montre par équipes des Boucles de la Marne. 180 kilomètres étaient à couvrir avec une petite dizaine d’ascensions d’un kilomètre et de longues portions de plaine. Ma consigne était d’assurer le début de course et de prendre l’échappée à tout prix.

Je suis donc parti à l’attaque dès le baisser du drapeau. Au kilomètre 10, se dresse une première côte non répertoriée au classement des monts mais qui promet de jouer un premier rôle dans les offensives précoces. Je suis les coups tout en restant sur la réserve jusque-là, car on a déjà vu l’échappée se former très tôt dans la course en coupe de France. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et après deux ou trois tentatives, je suis une violente attaque de Quentin Pacher et Antoine Gorichon. Un peu émoussé, je ne suis pas assez percutant et je prends le retour de baton en pleine figure.

Je reviens dans les coups rapidement car je ne veux pas laisser passer ma chance. Lorsqu’un groupe de cinq coureurs se forme et que dans la plaine, le peloton ne réagit pas, je place une contre-attaque et établis la jonction. Nous voilà à six en tête avec une avance pour la première fois assez conséquente, 7 ou 8 secondes au maximum. Je crois un temps que ce groupe pourrait être le bon, mais ce n’est apparemment pas encore le bon moment. Le peloton revient, une fois de plus. Benjamin me soulage dans ma tâche en se glissant dans un ou deux coups par la suite. Lorsqu’il recule un peu, je retourne à l’attaque. A l’approche du premier mont de la journée, je prends deux coups successifs qui ne donnent toujours rien. On approche de l’heure de course. C’est à ce moment que le parcours bifurque vers la droite et s’enfonce dans la forêt pour attaquer la première difficulté de la journée.

Au coeur du peloton, j’aperçois plusieurs petits points de couleur s’en aller dans la montée, sans que personne ne réagisse en tête. La route étant plus étroite, personne ne peut remonter en première ligne. L’écart devient rapidement important, et tout le monde en a la certitude : cette échappée restera à l’avant un bon bout de temps. Frustré d’avoir failli à ma mission, je descends rapidement à la voiture pour prendre les informations et les nouvelles consignes auprès de Loic Varnet. Il ne me conseille pas grand chose, sinon de me replacer. Dans la foulée, Nico Denz remonte à son tour et au passage, m’informe que Loic veut que je relance la course.

Alors, au moment où tout le monde s’arrête faire ses besoins, j’attaque en tête de peloton. Personne ne me prend en chasse. Je me sens un peu con. Finalement, un coureur de Vaulx-en-Velin sort à ma poursuite. Je l’attends. Ne plus entendre partout autour de moi le bruit du matériel, des autres coureurs, des voitures et des motos, je trouve cela drôlement agréable. A deux, nous roulons régulièrement. L’écart se creuse très vite, il n’y a pas de réaction derrière. Bientôt, entouré de deux ou trois motos, on aperçoit un autre coureur à l’horizon. Il s’agit d’un coureur de Rouen. J’identifie assez vite mes deux acolytes : Bastien Dupé pour Vaulx-en-Velin, et l’ex-professionnel (l’année dernière, à Roubaix-Lille Métropole), Cyrille Patoux pour le VC Rouen 76. C’est avec ces deux hommes là que je vais passer la quasi totalité de ma course.

Patoux reste un sacré bout de temps dans les roues. Au début, je me figure qu’il doit avoir quelqu’un devant. D’ailleurs, je ne sais pas vraiment d’où il sort. Il attend que sa voiture monte pour savoir s’il doit rouler ou pas. Moi, je n’ai pas besoin de ma voiture pour cela. L’écart est de deux minutes, nous sommes trois, ils sont six : l’équation est assez simple. Déjà que nous avons peu de chances de revenir devant, si nous ne les jouons pas au maximum, nous ne rentrerons jamais.

Mais nous ne rentrerons jamais. L’écart, stabilisé autour des deux minutes dans un premier temps, baisse lentement, mais sûrement. Je regrette que nous ne soyions que trois, et que notre groupe se soit formé avec tant de retard. Le temps me paraît bientôt long. Nos relais sont réguliers, je ne cherche plus à appuyer, sinon à conserver un rythme régulier. Seul une petite côte vient couper notre rythme, dont je me sers pour accélérer un peu, histoire de faire passer le temps et tester un peu, autant les jambes de mes deux compagnons que les miennes. Les longues lignes droites toutes plates le long de l’oise m’endorment. A un moment, je manque de me tromper de route. L’écart qu’on nous annonce va grandissant, tant avec l’échappée qu’avec le peloton. Nous sommes toujours exactement à mi-chemin entre les deux. Lorsqu’il y a trois minutes devant, il y en a trois derrière. Lorsqu’il y en a quatre et demi devant, il y en a autant derrière. Neuf minutes… Cela commence a faire beaucoup.

Je me dis que nous avons une chance de passer les deux GPM suivants devant le peloton et qu’il est toujours possible qu’un autre groupe de contre se forme. Je projette de relancer l’allure dans ces deux prochaines côtes, mais elles se font attendre. Et nous, pendant ce temps, nous continuons à perdre du temps. Le peloton commence à en grignoter un peu, l’échappée accélère à l’avant. Finalement, au pied de la première de ces deux ascensions, notre avance sur le peloton n’est plus que d’une minute. Perdu pour perdu, je décide d’accélérer. Patoux se relève. Bientôt, j’aperçois le peloton poindre derrière. Au sommet de la côte, quelques kilomètres plus loin, ils sont au bout de la ligne droite. Trois coureurs ont quelques mètres d’avance sur le reste. Je me relève, pour être capable de suivre leur allure ensuite. Notre échappée est terminée, il reste un peu plus de cinquante kilomètres avant l’arrivée.

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Notre dernier sursaut ne dure pas très longtemps. Quelques minutes tout au plus. Je mets un petit temps à m’adapter au rythme de Kowalski, Thévenot et Olejnik dont l’échappée en est à ses prémices. Le temps que je prenne un relai, et nous sommes déjà repris.

Cette fois, c’est le retour du vacarme, de la chaleur, de la tension du peloton dans un final de course. Je me concentre à rester placé pour tenter de passer avec eux le prochain GPM qui s’annonce corsé. Je parviens à bien me placer, mais manquant de lucidité, je recule. Au pied de l’ascension, je suis assez mal placé et déjà, j’ai du mal à soutenir l’allure. Diesel, je peine à relancer. Je sens que les crampes ne sont plus très loin, mais de toute façon, mes muscles n’ont plus assez d’énergie pour se contracter jusqu’aux crampes. Je parviens à basculer tout près de la queue du peloton, et un petit groupe se forme avec les quelques rejets du peloton dans cette ascension. Au loin, on aperçoit déjà la tête bifurquer à l’extrémité du plateau, et le reste du peloton la suivre les uns derrière les autres. La longueur du peloton est notre salut, temporaire néanmoins.

Jusqu’à la ligne d’arrivée, il ne s’agira plus que de s’accrocher tant bien que mal avec les forces qui me restent. Tout est joué pour moi, je n’ai plus aucune énergie à consacrer aux autres, qui vont devoir seuls s’occuper du final. L’échappée initiale, celle après laquelle j’ai passé la course à courir, se disputera finalement la victoire. De quoi nourir quelques regrets. Derrière, il n’y aura jamais vraiment eu de course. Lorsque le ryhtme s’est accéléré sur la fin, la fraicheur générale du peloton a fait que personne n’a sû être décisif lorsque tout le monde est passé à l’offensive. C’est par un sprint assez houleux que se termine la course, au sein duquel Adrien Legros parviendra à accrocher pour nous une honorable 15e place, synonyme de quelques beaux points pour le classement général de la coupe de France. Nous remontons Top 16, mais sommes passés par le Team Pro Immo ainsi que le CC Etupes. A mi parcours de la coupe de France, le Chambéry Cyclisme Formation pointe donc à la 9e place.

La forme arrive enfin pour ma part et il est largement temps, car je m’apprête à m’attaquer à une période de très haut niveau. Au Tour de Berne, course classée 2.2 UCI c’est à dire semi-professionnelle, va succéder le Tour du Chablais, course Elite Nationale au parcours montagneux, puis surtout le Rhône-Alpes Isère Tour, nouvelle course 2.2. Je vais donc courir avec certains coureurs qui auront également le Tour de France à leur calendrier, si l’on y réfléchit. C’est dire l’ampleur de la tâche qui m’attend ! J’espère me montrer au niveau de ce programme, et enfin atteindre mon premier pic de forme de l’année…