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Circuit de Saône-et-Loire – Élite Nationale
Circuit de Saône-et-Loire – Élite Nationale

Circuit de Saône-et-Loire – Élite Nationale

La reprise des compétitions après 20 jours sans course, même en aval d’un travail sérieux, est toujours délicate et les sensations toujours nouvelles et inconnues. Au départ de l’épreuve, si j’espérais être au moins au même niveau qu’en amont de cette coupure, je demeurais dans le flou le plus total quant à mes capacités. La course de ce week-end, qui marque l’entrée dans un second cycle axé sur les courses par étapes, me donne l’occasion de mesurer mon niveau sur des terrains variés et sous des conditions changeantes, bien que chaque étape soit longue et comporte son lot de difficultés. L’entrée en matière le premier jour était corsée d’entrée, avant une étape plus longue mais moins escarpée le lendemain, avant de finir en apothéose le dimanche avec 2000 mètres de dénivelé positif cumulé en 70 kilomètres dans le massif du Morvan.

Sur une course par étapes, à fortiori avec ce genre de profil, le premier jour est toujours déterminant car il fige une première fois les positions au classement général, déterminant les rapports de force. Il s’agit donc d’être solide collectivement sur cette étape qui me concerne moins car peu intéressé par le classement général. En revanche, ce peut être le cas de nos leaders désignés François Bidard et Nans Peters.
Je suis présent sur les quinze premiers kilomètres faciles, à essayer de prendre un coup d’avance en intégrant quelques échappées. J’essaie d’être intelligent. C’est un échec : je suis surpris par le pied du premier GPM que j’aborde mal placé. La route est étroite, le rythme effréné, certains coureurs devant laissent une cassure que je n’ai ni la place ni la force de boucher. Notre groupe compte entre quinze et vingt coureurs piégés à l’arrière, avec Eduardo Estrada notre colombien, Romain Faussurier, Frédéric Talpin, Clément Carisey, Martin Laas et d’autres bons coureurs encore. C’est pourquoi je ne suis pas tellement inquiet.
Mais la route ne redescend pas tout de suite et le rythme ne se calme pas non plus. De ce fait, malgré nos relais appuyés l’écart se creuse, car la bagarre fait rage à l’avant. Finalement, après vingt kilomètres de poursuite, dans une seconde difficulté non répertoriée, notre groupe explose une seconde fois et cette fois, je suis incapable de répondre, asphyxié par l’intensité de l’effort. Les quelques coureurs qui sont partis devant, dont Eduardo, parviendront à rentrer. Notre groupe de dix en revanche terminera l’étape à plus de 22 minutes, moi y compris. A l’arrivée de l’étape, je suis très frustré. Je m’attendais à avoir un niveau bien supérieur et dans le même temps, l’équipe n’a pas mieux réussi que moi à l’avant, seul François Bidard pointe à une minute au classement général, seulement 30e de l’étape.
Mais par ailleurs, je sais que les sensations seront meilleures le lendemain.

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Des trois étapes, la seconde s’annonçait comme étant celle qui me convenait le mieux. L’entame était plus abordable, les difficultés plus courtes et plus rares, même si elle ne s’avérait pas si plate que sur le profil. L’inconnue restait la distance, 168 kilomètres, et la météo en fin d’épreuve qui pouvait se dégrader.
Cette fois, l’objectif était clairement d’essayer de prendre l’échappée. Je savais qu’avec un leader clairement défini cette fois, en l’occurence Edouard Lauber et son club du CC Etupes, la course allait être beaucoup plus limpide et les bons de sortie plus francs. Cependant, beaucoup de monde se dit la même chose et flairer l’échappée s’avère être un véritable casse-tête. C’est Nans Peters qui trouve la meilleure réponse en plaçant une attaque franche dès le pied du premier GPM. Allaient l’accompagner, deux, puis deux autres coureurs pour former une échappée de 5 qui allait tenir la dragée haute au peloton pendant plus de 60 kilomètres.
L’écart atteint quatre minutes, mais beaucoup d’équipes manifestent leur envie de relancer la course, en particulier le VC Toucy, puis un peu plus loin, le CR4C Roanne. La course prend un tournant lorsqu’au pied du second GPM, un véritable mur qui nous surprend tous, la pluie fait son apparition. L’échappée est reprise et la course offensive reprend à l’avant du peloton. Je m’attèle à nouveau à aller dans les coups, mais je suis bien moins frais qu’en début de journée.
Jusqu’à l’entrée sur le circuit final, je subis davantage. Par moments je me fais violence pour ne pas décrocher. La pluie, mon éternel ennemi, redouble de puissance lorsqu’on franchit la ligne pour une première fois en sens inverse. Il reste trente kilomètres et la course prend un autre visage : on ne voit plus très bien, cela glisse, les coureurs laissent des trous. Bientôt à la sortie d’un petit pont, quelques coureurs tombent dans le premier tiers du peloton, créant une cassure nette. Parmi eux, Floris de Tier, le second du classement général, et Nans Peters, qui se relève sans blessures.
Mais cette fois-ci, je me sens étonnament à l’aise sous la pluie. Pour la première fois depuis très longtemps. J’accepte d’être plus limité dans les parties physiques pour reprendre les places perdues dans les descentes grâce à mes trajectoires. Et même davantage. Progressivement, je remonte jusqu’à la tête du peloton, pour pouvoir à nouveau espérer un résultat ou au moins, aider au mieux notre sprinter désigné Benjamin Jasserand.
Mais personne ne parvient trop à aider personne sous ces conditions. Je m’arrange tant bien que mal pour me placer dans les 20 premiers, position que je conserve jusqu’aux 500 mètres. Seulement le final est en montée et mes jambes n’en peuvent plus. Je n’ai plus la force de remonter qui que ce soit et rétrograde jusqu’en 68e position. La bonne nouvelle du jour vient de Julien Roux qui toujours à l’aise sous ce type de climat, prend la 12e place du sprint massif. Nans Peters, lui, portera le maillot de meilleur grimpeur sur la dernière étape.

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Le lendemain au réveil, l’étape de la veille avait laissé des traces. Lorsque je remonte sur le vélo, j’ai la sensation de ne pas l’avoir quitté depuis l’arrivée de la veille. Je sens d’ores et déjà que je vais souffrir aujourd’hui : comme pour me rappeler aux bons souvenirs, une première côte pointe dès le kilomètre 10.
Et cela ne manque pas. Je suis d’entrée dans le vif du sujet, je souffre, je me bats avec mon vélo et ce qu’il me reste d’énergie dans les jambes. Même si le rythme est modéré dans la montée, je rétrograde et parviens à basculer tout juste au sommet.
Seulement, le Team Pro Immo décide de mettre en route pour permettre à François Lamiraud de disputer le premier rush afin de s’assurer le maillot. Au sommet, cela ne descend pas tout de suite. Un coureur devant moi laisse une cassure que j’aurais tout à fait pu laisser moi-même, d’ailleurs je ne tente rien pour boucher le trou. Nous sommes quatre ou cinq à rester dans les voitures qui nous doublent une par une. La descente en ligne droite n’arrange rien.
Cette fois-ci, je m’interdis de lâcher prise si tôt. Question d’honneur. Après une chasse de presque 30 kilomètres dans les voitures et avec le concours heureux de certaines de celles-ci qui me sauvent la journée (merci Christophe Jonard notamment), je raccroche les roues du peloton. A la voiture, Jean-Michel Flochon notre directeur sportif du week-end à qui je vais chercher les informations, m’indique que l’échappée a déjà deux minutes d’avance et que c’est cette fois Eduardo qui est parvenu à l’intégrer.
En sachant pertinamment que je lâcherai prise dès le premier col au kilomètre 100, je m’efforce alors d’être le plus utile possible à l’équipe. Je bagarre au moindre faux-plat pour ne pas trop rétrograder. Je sais déjà que la cause est perdue. Je tiens le choc tant que l’équipe leader assure un tempo régulier (pas particulièrement rapide pourtant) mais à la première pente réelle, c’est la fin.
Je décide de ne pas continuer seul, d’une part parce que de fortes averses sont annoncées, d’autre part parce que je n’aurais de toute façon pas été capable de terminer à un autre rythme qu’en récupération. La course s’achève ici pour moi au centième kilomètre, en ayant dépensé jusqu’à la dernière force qu’il me restait.

A présent, je vais m’accorder deux jours de récupération avant de repartir pour l’allemagne le mercredi matin avec une partie de l’équipe. Le jeudi, je disputerai le GP de Francfort, une 2.2 U23 de haut niveau international, puis me dirigerai vers le nord de la France pour reconnaître le parcours du contre-la-montre par équipes de la coupe de France, les Boucles de la Marne. Enfin le dimanche, je prendrai par à la quatrième manche de Coupe de France DN1, le GP de Nogent-sur-Oise. Les choses sérieuses commencent. J’espère que ce Circuit de Saône-et-Loire m’aura apporté le rythme qu’il me manquait.