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Châteauroux-Limoges – Elite Nationale
Châteauroux-Limoges – Elite Nationale

Châteauroux-Limoges – Elite Nationale

Pendant que le second front courait presque à domicile sur la Transversale des as de l’Ain que nous avons repéré mercredi à l’entraînement, le groupe qui s’apprête à disputer la seconde manche de Coupe de France DN1 à Buxerolles demain, dont je fais partie, prenait part aujourd’hui à la classique Châteauroux-Limoges, course Elite Nationale reliant les deux villes en descendant presque en ligne droite avant une boucle locale de 15 kilomètres. Seuls manquaient à l’appel Adrien Legros ainsi que Pierre Latour, victimes de problèmes de selle, qui seront bel et bien au départ demain.

L’organisation nous offrait un départ particulier, avec une présentation des équipes entre les départs fictif et réel. Sans doute sympathique pour le public, mais un peu fraîche pour nous coureurs. Les roues carbone que nous inaugurions aujourd’hui nous donnent du fil à retordre, puisqu’à certains d’entre nous, le boyau forme une hernie au niveau de la valve et j’hésite à prendre le départ avec. Je choisis de tester le coup pour être fixé d’ici à la course de demain, mais je réalise mon erreur dès le départ réel. Après quelques kilomètres, je choisis de m’arrêter pour changer de roue. Bruno, le mécanicien est efficace et avec le concours de la voiture Top 16 que je remercie, je suis en mesure de remonter rapidement en gérant mes efforts. Devant le rythme est très élevé du fait du vent qui souffle plutôt de dos, et aucun groupe sérieux ne se forme.

Je sais que je n’ai pas besoin de m’affoler dans la première partie de course. Ma petite poursuite et mes premiers kilomètres me permettent de confirmer mes bonnes sensations : pour la première fois de l’année, je me sens à mon véritable niveau, je ne ressens plus le déficit de rythme. Déjà, le moral est bon et je sais que je vais pouvoir me faire plaisir.

Je me fais griser de temps à autre par l’envie d’aller suivre les coups pour voir la course de près mais je sais me retenir jusqu’à Aigurande, au kilomètre 40, où je sais que la course prendra un autre tournant. L’interminable faux-plat montant qui nous amène jusqu’aux contreforts de la Creuse se transforme en descente rapide pour rejoindre le cours d’une rivière et dans la foulée, le premier GPM, très rapidement suivi du second. Je connais le parcours, je suis vigilant, je me replace en compagnie des autres.

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Les deux GPM à suivre accouchent d’une souris : il ne se passe rien, malgré nos offensives. J’ai repéré le point stratégique de Dun-le-Palestel, ou pour la première fois, nous quittons la grande route pour emprunter une portion irrégulière extrêmement sinueuse. Je choisis d’entrer en action cette fois-ci car je prévois qu’une échappée pourrait se former à cette occasion. Benjamin, Nico puis les autres chambériens sont avec moi parmi les grands acteurs sur cette portion mais nous ne parvenons pas à décanter quoi que ce soit. Cette fois-ci, j’en ai la certitude : je suis dans un bon jour.

Pour une longue portion rectiligne direction le sud, nous retrouvons une nationale. J’insiste, j’insiste encore à de nombreuses occasions parmi des groupes qui parfois, me laissent entretenir l’espoir qu’un écart se creuse, espoir qui ne se concrétise jamais, ni pour moi ni pour personne d’autre. Je suis capable d’enchaîner les attaques. A un certain moment, j’entends les autres m’interpeller de l’autre côté du peloton. Ils veulent tenter un coup de force collectif. Je ne suis pas vraiment convaincu mais je suis le mouvement. Nous remontons groupés le peloton, puis au sommet d’une bosse un peu difficile, nous nous lançons à bloc roue dans roue dans la descente. Le coup est efficace. Nous n’emmenons qu’un coureur de l’APOGE qui a anticipé avec nous. L’image est belle, mais de courte durée, car nous butons sur une route large, sur laquelle se dresse une nouvelle ascension sortie de nulle part. On fait mal à tout le monde mais l’élastique ne casse pas pour autant. Je tente alors le coup de la cassure mais les coureurs qui me suivent veillent au grain. Les autres insistent. Pour ne pas se faire contrer, ma hantise, je fais à nouveau le choix de continuer à insister malgré la douleur, profitant de ma forme actuelle. Lorsque nous retrouvons progressivement des routes plus exigeantes et sinueuses, j’ai laissé beaucoup d’énergie dans la bataille et si j’insiste encore, je me sais devenir moins tranchant. Cela ne manque pas. Je me fais surprendre avec une ascension plus longue que les autres, et le moment où mon corps me demande de souffler coïncide avec celui où la course commence à se décanter. Je suis incapable d’intégrer le premier peloton lorsque celui-ci se casse en deux. Je retrouve derrière la compagnie de Dorian et David, ce qui signifie que seuls Nico et Benjamin sont devant. Désignés au briefing comme les plus rapides, cette situation ne nous oblige pas à rouler. J’en profite pour faire un nouveau pari, ce que je juge comme étant la meilleure décision à prendre : récupérer, me faire oublier et miser sur le retour de notre groupe, de lui-même.

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Par chance, malgré peu de volontés collectives, notre groupe parvient effectivement à recoller à celui que l’on avait, tout le temps, à portée de fusil, entre 20 et 40 secondes devant pendant de nombreux kilomètres. Je sais qu’un duo s’est entre-temps formé à l’avant grâce aux infos de l’ardoisier et à mes prises d’information de visu lorsque le profil le permettait, mais il y a aussi un groupe de contre. Avec le concours de Dorian, me savant plus limité désormais, je me porte en tête de peloton pour tenter de réduire l’écart. Dorian est plus efficace sur ce type d’effort et je ne peux passer que quelques relais, suffisants néanmoins pour effacer le contre et nous retrouver en lice pour la troisième, puis deuxième place derrière.

Je prends l’initiative de proposer mon aide à Benjamin pour le sprint, qui « ne sait pas ». Je ne trouve pas Nico, que je vois attaquer, puis disparaître alors que l’adrénaline du sprint et le relatif repos me permettent de retrouver quelques sensations pour les derniers kilomètres. Pour cause, comble de malchance, notre meilleure carte Nico crève à 7 kilomètres de l’arrivée. Je me concentre au maximum sur mon placement. Je n’aperçois plus Benjamin, mais j’aperçois David que je hèle pour qu’il me remonte, puis me lance magistralement à un kilomètre de l’arrivée. Derrière moi, j’entends la voix de Benjamin. David est en tête du peloton, et moi dans sa roue, qui sens une crampe monter à mon plus grand désarroi. Un temps, la situation me paraît idéale mais lorsque je me retourne, Benjamin n’est plus nulle part, il n’y a que Fabien Fraissignes dans mon sillage. Je n’ai plus d’autre choix que celui de prendre les choses en main pour mon propre compte, pour limiter les dégats. David s’écarte tôt, à 500m de l’arrivée, au moment même où nous avalons un dernier groupe de contre. Plus frais, la situation aurait été optimale mais les crampes sont juste là, je suis contraint d’attendre. Je vois les autres coureurs produire leur effort à ma gauche et lorsque je me lance à mon tour, je suis beaucoup plus poussif que je ne l’aurais espéré, une crampe commence déjà à poindre alors que je me sens me faire enfermer, je ne peux pas réagir. Je suis obligé de chercher une ouverture, freiner, et tenter en vain de me relancer face à des coureurs qui arrivent lancé de l’arrière. Je donne tout pour remonter quelques places et échouer en second rideau, quelque part entre la 10e et la 15e place probablement. Malheureusement, ma place sera la meilleure de l’équipe, peu récompensée de ses efforts cette fois-ci.
Il s’agit dès à présent de récupérer de nos efforts le plus efficacement possible. 171 kilomètres de course nous attendent à nouveau demain, pour une journée qui avoisinera certainement les 200 kilomètres demain. Pourtant, le véritable enjeu est bel et bien demain. Si nous sommes la seule équipe DN1 à avoir tenté ce pari osé d’enchaîner les deux courses, il faut malgré tout rappeler qu’il y a deux ans, la dernière fois que le Grand Prix de Buxerolles avait tenu lieu de manche de coupe de France, Axel Domont avait remporté la victoire pour le centre de formation, accompagné de 4 autres collèges dans les points, pour remporter la manche… Après avoir couru la Durtorccha la veille, une élite nationale réputée particulièrement difficile.

A demain désormais !