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Boucles de l’Artois #3 – CDF DN1
Boucles de l’Artois #3 – CDF DN1

Boucles de l’Artois #3 – CDF DN1

Étape 3 : Arras – Croisilles, 167km

L’étape la plus longue de l’épreuve est sur le point de la conclure mais avant cela, il reste 4 heures de course à couvrir. Cela me paraît une éternité. Au vu de la façon dont mes jambes ont du mal à me porter depuis la veille au soir, je me demande déjà par quel moyen je vais bien parvenir à rejoindre l’arrivée.

Le départ est assez rapide comme celui de la veille et contrairement à ce que j’aurais pensé, les sensations sont bonnes dès le départ de la course. D’ailleurs, je reste placé longtemps à l’avant du peloton, croisant les doigts pour parvenir à sauter dans les bonnes roues et intégrer une échappée qui pourrait prendre le large. Celle que je prends se forme dans un faux-plat montant prononcé, avec plusieurs équipes peu dangereuses au classement général. J’y crois, mais le peloton ne relâche pas la barre. Nous insistons quand même, car le vent souffle de côté et cela pourrait casser un peu n’importe quand. Ce n’est pas le cas. Je rentre dans le rang.

Un coureur de Sojasun poursuit seul l’effort et se fatigue dans le vent, 30 mètres devant nous. Le peloton est étiré mais très prudent car le vent souffle fort, et aucune échappée ne semble prendre le large, à l’exception de l’une d’entre elles qu’intègre Adrien. Sur un petit temps faible, elle prend vingt grosses secondes, mais se fait reprendre presque aussi vite ensuite.

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La première côte approche et je suis toujours placé, toujours présent. En quinzième position environ, alors que les sensations étaient bonnes, je suis brutalement secoué par un trou, qui fait exploser soudain mon pneu avant. D’ailleurs, je crois dans un premier temps avoir percé des deux. Je suis du côté gauche, cela ne m’arrange pas. J’ai l’impression que chaque coureur du peloton étiré met une éternité à me remonter. Enfin, dès que j’en ai l’opportunité, je me range à droite et le changement de roue par Bruno (déjà le 4e !!) est très efficace. Seulement, le peloton roulait tellement vite sur cette portion descendante que je ne repars que derrière la 13e voiture.

Petit à petit, en tentant de me gérer, je recolle, précisément au pied de l’ascension. Elle n’est pas raide mais longue et je dois serrer les dents en dernière position du peloton. On approche d’une portion qu’on avait désigné comme étant extrêmement stratégique et à l’entrée de laquelle il allait falloir être placé coûte que coûte, quitte à rouler devant le peloton. Cela se présente mal. Pourtant, je parviens très vite à remonter devant, beaucoup plus tôt que prévu d’ailleurs. Cela frotte énormément à cet endroit. A l’endroit stratégique, je tourne en vingtième position et la majorité de mes collègues sont autour de moi. Comme prévu, cela bordure immédiatement. L’ayant anticipé, je suis en bonne position mais tout de même dans la file indienne : il faut tenir le choc. Gabriel, placé derrière moi, me passe. Me vient alors l’idée de me relever un peu pour créer une cassure. Je ne m’écarte pas. Le trou se crée et se creuse. Lorsque je me retourne, j’aperçois Nico et son maillot vert de leader du classement par points remonter seul en plein vent. Je me sens un peu ridicule…

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Si j’avais laissé volontairement la cassure, je ne me sens pas surpuissant pour autant. Plutôt à la peine d’ailleurs. Je suis encore 40e environ au pied de la côte suivante, le point de départ de la portion stratégique à proprement parler. Je monte deux cent mètres puis soudain, brutalement, encore plus fort que la veille, je me retrouve planté dans la pente, deux fois plus lent que les autres coureurs qui me doublent de toutes parts. Mes jambes explosent sous le poids des toxines qui sont montées d’un coup. La côte est très courte, à peine 500 mètres mais je bascule déjà décroché. Notre petit groupe me fait un peu pitié, je me fais un peu pitié. Je roule par politesse mais je n’ai plus aucun espoir à présent. Je m’étais déjà résigné lorsqu’un peu plus loin, je double Gabriel qui repart en même temps que moi, dépanné d’une crevaison par Bruno. Ce n’est pas le moment ! Sa place au général doit être conservée à tout prix car elle représente de précieux points. Je me mets à plat ventre dans l’ascension suivante pour lui faire reprendre le plus de temps possible. Lorsqu’il me passe, il profite du sillage successif des voitures et revient dans le coup. Quant à moi, je les vois s’éloigner, au loin.

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Ma Boucle de l’Artois s’achève ici, après seulement 50 kilomètres de la dernière étape. Je n’ai pas vraiment de regret, se sont les jambes qui m’ont fait défaut. Une épreuve sur laquelle j’ai été transparent presque de bout en bout, à l’image de mon début de saison. Je n’insiste pas, je sais que c’est la fin d’un cycle et je veux passer au suivant le plus rapidement possible à présent. A l’issue du week-end, l’équipe se replace en 7e position du classement de la coupe de France avec un total de points qui passe de 5 à … 152. Une vraie réussite collective donc, qui contrebalance un peu ma transparence personnelle.

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