自転車で地域&人づくり
Barouds de janvier
Barouds de janvier

Barouds de janvier

Morceaux choisis d’entraînements

9 janvier 2015 – Costa Brava, Espagne

J’ai profité de la période de révisions pour passer le nouvel an et les deux premières semaines de janvier en Espagne, pour profiter du climat printanier de la Costa Brava. Pas besoin de descendre très loin pour avoir des températures dignes d’un moi de mai, semble-t-il : la première sortie d’autoroute une fois franchie la frontière m’amène à Rosas, lieu privilégié des organisations de stage pour cette proximité et cette douceur hivernale. Le massif de la Selva est la principale curiosité cycliste de la région, puisqu’outre la grande plaine de Gérone et la mer, c’est le seul espace présentant un peu de relief avant les Pyrénées. Deux jours m’ont suffi cependant pour en faire le tour, car seules trois routes le traversent.

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Les Pyrénées viennent se jeter dans la mer au niveau du Cap Cerbère

S’il me fallait retenir une séance de ce séjour, ce serait celle du 9 janvier, où nous avons retrouvé mon ami Alexis Vuillermoz, professionnel dans l’équipe AG2R, qui habite au sud de Perpignan. Nous nous sommes ainsi croisés en remontant la côte. Si le réseau routier est assez pauvre, cette route côtière est une vraie curiosité en elle-même. Il s’agit d’une succession de petits cols en bord de mer, et le chemin est parfois tracé à flanc de falaise entre mer et montagne. Une fois rejoint le Cap Cerbère, on bascule en France. Jusqu’à Banyuls-sur-Mer, nous suions la côte sur de longues corniches qui surplombent la mer : à droite, c’est la Méditerranée, à gauche, ce sont les Pyrénées. Pour rebasculer du côté espagnol, il nous faut donc franchir le col de Banyuls, véritable petit mur en quatre lacets qui se rapproche des 300 mètres d’altitude en un peu moins de deux kilomètres. Alexis nous gratifie d’un démarrage dont il a le secret et nous laisse sur place dans les derniers mètres, puis nous basculons : la route est complètement détruite par les éboulements et les ravinements du côté français, alors que le bitume est impeccable côté espagnol. Le retour dans la plaine de Gérone présente moins d’intérêt. La région est très rurale, et le réseau de voirie est organisé de manière totalement différente du nôtre : une fois quittés les grands axes, qui sont d’interminables lignes droites sur du bitume parfait parfois larges de plus de dix mètres sur lesquels la vitesse est limitée à 100km/h, ce ne sont plus que de petites routes qui peuvent tout à fait se transformer en chemin au milieu de nulle part, pour se fondre dans les champs pendant plusieurs hectomètres, voire plusieurs kilomètres.

11 janvier 2015 – Sud-Ardèche, Rhône-Alpes

Sur le retour d’Espagne, j’ai partagé le dernier entraînement du reste de l’équipe qui était regroupée pendant trois jours à Bollène, aux portes de l’Ardèche, de la Drôme, du Gard et du Vaucluse et donc, plus précisément, du Rhône-Alpes, du Languedoc-Roussillon et de la Provence. C’est vers l’Ardèche que nous nous sommes dirigés, pour remonter en entier les gorges de l’Ardèche en direction de Vallon-Pont-d’Arc. Une région que je connais très bien, pour y avoir séjourné à l’occasion de stages, de vacances et de compétitions ; tradition cycliste avec laquelle je vais très rapidement renouer puisqu’il s’agira du théâtre de notre reprise de la compétition à la mi-février, à l’occasion du Tour de l’Ardèche Méridionale. S’il s’agit pourtant d’un haut-lieu touristique français, nous ne croisons littéralement personne : les gorges de l’Ardèche sont absolument désertes à cette période de l’année. Jusqu’à Vallon, la route, qui est considérée comme l’une des plus renommées de France, surplombe les gorges sans jamais s’en éloigner sauf pour redescendre au niveau du fleuve dans les derniers kilomètres, pour un coude nécessaire à la pente.

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Au pied du célèbre Pont d’Arc, il ne reste plus que deux kilomètres avant le début du Col du Serre de Tourre. Ce sera le juge de paix dimanche 15 février, pour la seconde épreuve du Tour de l’Ardèche Méridionale.

Nous avons quitté les gorges pour poursuivre en direction du sud de l’Ardèche. Après un détour par Lablachère, histoire d’aller lécher le pied des Cévennes alors encore vierges de toute neige, nous sommes redescendus presque jusqu’au point le plus méridional de la région Rhône-Alpes, pour rejoindre le Gard. Le vent, qui souffle très fort sur les plateaux, nous force parfois à progresser en éventail. Le retour vers la vallée du Rhône est plus pénible, d’autant plus qu’il faut rebifurquer vers le nord, avec un vent farouchement opposé.

14 janvier 2015 – Monts de Tarare, Rhône-Alpes

En ce qui me concerne, ce parcours n’est pas particulièrement exotique puisqu’il s’agit du cœur de ma région, mais il me semble le prétexte idéal à présenter mon massif des monts du lyonnais et ses principaux sommets. Ce jour là, au retour d’Espagne, par une météo toujours aussi clémente, j’ai franchi pas moins de six cols, pour plus de 3000 mètres de dénivelé positif. Ce n’est pas un massif montagneux, mais c’est un véritable massif tout de même. A la mi-janvier, en temps normal, une telle sortie est rendue difficile par les restes de neige et le changement fréquent de températures entre plaine et vallée. Cette année pourtant, pas la moindre trace ne serait-ce que d’humidité : la neige n’est pas encore tombée. Mon premier col, le col de Malval, est un classique de la région Lyonnaise. Depuis Vaugneray, il rejoint la route des crêtes de la véritable chaîne des monts du Lyonnais, offrant un panorama unique sur l’agglomération qui leur a donné leur nom. Je suis ensuite monté jusqu’à l’un des sommets caractéristiques de la région, assez peu connu des cyclistes pourtant : le Crêt d’Arjoux, culminant à Xm d’altitude et accessible par un col secondaire, puis une route en cul-de-sac qui développe un peu plus d’un kilomètre à 13% de pente moyenne, de plus en plus raide, jusqu’à atteindre 20% dans le dernier virage. Au sommet, il n’y a rien d’autre qu’un relais téléphonique, encerclé de feuillus : malheureusement, on ne voit rien.

Je redescends jusqu’à Saint-Forgeux, petit village de vallée typique de la région, avant de franchir un troisième col et d’atteindre Tarare. Le quatrième, le col de la Croix Casard, m’amène jusqu’à la limite du département du Rhône. Au sommet, une route poursuit en direction de la Tour Matagrin, qui s’élève au sommet du Mont Boussuivre, point culminant de la chaîne des monts du Lyonnais et seul sommet à dépasser le kilomètre d’altitude (1004m). C’est aussi le second sommet du département, le premier étant le Mont Saint Rigaud, dans le beaujolais, plus élevé de cinq petits mètres seulement. Je n’avais pas monté ce col depuis 2011, et entre-temps, la nouvelle autoroute est venue défigurer le paysage montagnard sauvage…

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Le Mont Boussuivre, toit des Monts de Tarare, et sa Tour Matagrin. La nouvelle autoroute A89 est venue défigurer le paysage

Je suis redescendu par un petit village d’altitude que j’adore : Affoux, perché à plus de 800m d’altitude, pour aller chercher le cinquième col, celui de la Croix Rosier. Celui-ci bascule en direction de Montrottier, l’autre village d’altitude du massif lyonnais, puis vers la vallée de la Brévenne, qui me ramène ainsi au pied de la chaîne des monts du Lyonnais. L’entraînement reprend alors le pas et après 4h30 de selle, je travaille sur la fatigue en montant en endurance critique jusqu’au sommet du col de Malval, par le versant ouest cette fois-ci. De l’autre côté, me voilà de retour dans la plaine Lyonnaise.

31 janvier 2015 – Drôme des Collines, Rhône-Alpes

Le dernier jour de janvier, j’ai remonté la drôme des collines depuis Romans jusqu’à chez moi, dans une longue transversale sud/nord d’une centaine de kilomètres. On est finalement peu habitués à s’entraîner en ligne, surtout pour finalement arriver cher soi. Cela donne lieu à un sentiment bizarre : on réalise au fil des kilomètres que les routes d’entraînement qu’on arpente chaque semaine sont bel et bien reliées à d’autres endroits qu’on connaît bien, mais qui nous semblaient déconnectés.

La drôme des collines porte bien son nom, et il s’agit d’une succession de vallons qui culminent tous aux alentours de 500m d’altitude. Sur le terrain, cela se traduit par des montées de 3 à 4km, et donc d’une dizaine de minutes, qui ponctuent régulièrement ma progression, avec plus ou moins de déclivité : l’idéal pour une séance de seuil en fartlek, c’est à dire adapté aux humeurs du terrain. Par moments, j’emprunte une portion de route que j’ai déjà arpenté en compétition : la nationale junior de Romans, le Circuit de la drôme des collines, le Rhône-Alpes Isère Tour puis le Grand Prix de Vienne. Ce genre d’entraînement un peu particulier est intéressant pour rompre la monotonie des sorties habituelles. Un de ces quatre, je réaliserai l’un de mes fantasmes : remonter la vallée du Rhône depuis Bollène un jour de grand vent du sud…