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#7 1.14 Tour du Nivernais-Morvan
#7 1.14 Tour du Nivernais-Morvan

#7 1.14 Tour du Nivernais-Morvan

Pour la dernière épreuve de la période des “classiques de début de saison”, je retrouve l’équipe au complet, à l’exception de Rémy resté à la maison puisque les équipes ici sont composées de 5 coureurs. Créé l’année dernière à l’attention des juniors, le TNM juniors emprunte les routes de celui des grands, toujours étroites et sinueuses, souvent exposées au vent, avec quelques côtes mais jamais insurmontables. Cette année, la startlist prend de l’envergure, puisque ce sont 3 équipes belges qui ont fait le déplacement dont l’épouvantail AVIA, l’antichambre de l’équipe Omega Pharma – Quick Step de Boonen.

Le départ fictif est comme toujours un peu nerveux mais on est loin du stress de la Louison puisque la course est limitée à 115 coureurs. Je ne parviens pas à gratter beaucoup de places, et le départ donné, la course s’emballe déjà. Rien d’insurmontable dans un premier temps, et s’alternent les phases d’accélération et de temporisation, sans que cela ne change grand chose pour nous derrière. Impossible de remonter lorsque ça temporise puisqu’on peut à peine faire tenir 4 cyclistes sur une largeur de route, et lorsque ça accélère, l’effort se ressent d’autant plus derrière. Avec beaucoup de patience et de concentration, un peu d’efforts aussi, je finis par remonter à l’avant après 5 ou 6 kilomètres. Le vent de face ne freine les ardeurs de personne, et le rythme est toujours aussi élevé et constant, les attaques incessantes, les contres systématiques. Paul et Valentin sautent eux-aussi régulièrement dans les coups. Difficile d’anticiper celui qui sera le bon. Personne ne parvient à prendre plus de 5-6 secondes au reste des coureurs, pourtant, je sens que ça pourrait sortir d’un moment à l’autre, qu’il faut attendre le soupir général du peloton. Je tente de prendre plutôt les roues que je sais dangereuses, mais je fais un peu comme je peux.  Impossible de tout maîtriser. J’ai une petite préférence pour Avia, sans qui la course ne se fera pas, et ils sont dans tous les coups. Je fais l’erreur de me laisser rétrograder un peu au bout d’une quinzaine de kilomètres, pour me rendre compte qu’une fois en 40e position, je suis coincé là pour un bout de temps. Très peu de turn-over en tête du peloton puisque ce sont toujours les mêmes qui attaquent et toujours les mêmes qui suivent. Je finis par forcer le passage sur la gauche, m’aidant du sillage des motos qui remontent comme beaucoup de monde.
Dans une longue ligne droite en descente, toujours aussi étroite, j’accompagne une énième tentative, pour me retrouver avec Constantin et une vingtaines de mètres d’avance. Puis tout d’un coup, virage à gauche, et on se retrouve le peloton dans la roue face à la vicieuse pancarte “GPM 1km” bien dissimulée à l’extérieur du virage : oups. Bien sur, les attaques ne tardent pas à fuser, et puisque la route s’élargit, de la part de tous ceux qui étaient coincés derrière, et dont les jambes fourmillaient. Le pied de la bosse est très difficile pour moi. Je subis complètement, cardio à 188, dans la roue de la quinzaine de coureurs qui tire tout le reste.
Je suis le premier étonné lorsque je me rends compte que je peux en remettre une au sommet. J’ai récupéré très vite de l’erreur que je venais de faire. Pas de descente comme toujours, mais de longues portions venteuses, et la situation stratégique alarme pas mal de ceux qui ne veulent pas rater le bon coup. Ainsi tout le monde remonte, mais personne ne peut vraiment sortir, beaucoup s’affolent et remontent dans le vent. Des groupes tentent de se former à l’avant. J’ai souvent à faire le saut de puce, mais cela ne me pose pas de problème. De petits trous s’agrandissent, puis se bouchent de nouveau sous l’impulsion d’autres coureurs, ce qui engendre de nouvelles cassures. Si bien que la situation reste la même, et que lorsque la route commence enfin à descendre, le rythme ralentit, on se retrourne. Le voilà, le soupir général.

Nans Peters place une jolie attaque sur le côté. Je me suis légèrement fait déborder. J’hésite à y aller. De nouveau, je pense à la Bobet, lorsque j’ai l’ouverture pour prendre la roue de Morel quand il sort pour rentrer devant. Cette fois, je saisis ma chance et l’ouverture ne se referme pas. Je me retrouve donc en poursuite d’un petit groupe de quatre. Je ramasse Bryan Alaphilippe qui naviguait en chasse. Je prends de bons relais. Un belge d’Avia nous prend en chasse, puis rentre sans difficulté. Je ne me retourne pas. Après un petit kilomètre, on reprend le groupe de tête. Tout de suite, il s’agit d’organiser l’échappée. Allez, j’ose un coup d’oeil derrière. Personne.
Les premiers relais tombent bien, je suis encore une fois surpris par ma rapidité de récupération. D’habitude, 5 ou 6 minutes après mon attaque, j’ai toujours un coup de moins bien, qui peut durer plus ou moins longtemps. Là, à peine 3 ou 4 relais. Je reconnais bien sur Nans Peters, mais aussi Mickael Plantureux (US Métro) que j’ai aperçu la semaine précédente, Bryan Alaphilippe donc, Lucas Papillon (VTT Loisirs Chalonnais), et les deux que je ne connais pas, Antoine Bravard et le belge d’AVIA, dont ma petite antisèche m’apprend qu’il s’agit de Gianni Bossuyt. Me voilà bien avancé. Le premier écart qui nous est annoncé est de 20 secondes. C’est certainement le plus important jamais creusé par une échappée jusqu’ici : c’est bon signe. A l’exception du belge, qui préfère faire semblant de manger derrière pour faire sauter ses relais, tout le monde fait sa part de travail. On nous annonce 30 secondes.
 
A peine le temps de trouver notre rythme, à la sortie d’un virage, on se trouve face à un mur impressionnant en ligne droite, sur une route large, avec beaucoup de spectateurs sur les bas côtés. Cette vision est impressionnante. Pas le choix, on va devoir passer par là ! Je l’aborde en queue de groupe, et je vois le belge partir à bloc dès le pied. Celui-là décidément nous causera du souci. Il s’en va seul, les autres coureurs de l’échappée sont tentés de le prendre en chasse, mais n’ont pas la même force. Je préfère rester sagement à l’arrière, il faut être prêt à relancer à la bascule si ça se rapproche du côté du peloton. Les jambes tirent, je passe à l’énergie comme les autres. Voilà le sommet, puis une descente sinueuse avec des virages serrés : certains ont du mal à les négocier. Enfin, nous voilà de retour sur une route très large. Tout ce qu’il y a de plus défavorable. Rapidement, la moto remonte à notre hauteur pour nous indiquer qu’on ne compte plus que 20 secondes de marge. Honnêtement, à vue de nez, j’aurais dit moins. J’espère que ça va se regarder derrière, maintenant que la route est redevenue large, droite et plate. Ce n’est pas gagné.
Il faut d’abord fédérer le groupe de nouveau. Certains ont laissé des plumes dans la bosse, le belge ne sent plus sa force. Résultat, il y a beaucoup de trous à boucher, beaucoup de cassures de rythme, et ce sont souvent les mêmes qui relancent, à savoir Peters et Papillon. Un point chaud disputé par le belge continue de nous désorganiser. Les petits vallonnements n’aident pas. Il faut croire pourtant que le peloton va encore moins vite, puisqu’on reprend progressivement le temps qu’on a perdu dans l’ascension, et bientôt plus, jusqu’à ce qu’on atteigne la minute au fin fond d’une longue ligne droite dans un bois. On nous annonce un groupe de contre par la même occasion, à 50 secondes.
Je commence à être un petit peu moins bien. Je ne m’affole pas, il n’y a aucun risque au vue des événements à venir. Je m’alimente bien, mais ce n’est pas ça. On reprend bientôt le vent franchement de dos, et là fatalement, l’effort devient beaucoup moins pénible, ce qui suffit à me redonner la pêche. Petit épisode donc anecdotique. Je ronge mon frein, je fais mon djob, j’attends le circuit final. Pendant une quinzaine de kilomètres, les choses restent en l’état, et l’écart monte, petit à petit, jusqu’à atteindre son maximum d’1’40.

Je suis surpris par le dernier des quatre GPM. Tout de suite, je me concentre sur le belge. Et alors qu’il n’attaque pas, cette fois, c’est moi qui le provoque. Je n’ai rien à y gagner, mais il nous a tellement agacé, que je veux mettre un point d’honneur à le battre sur la ligne. Lorsqu’on bascule, je l’incite à continuer à deux. Tant pis s’il reste 35 kilomètres, je n’ai pas peur. Mais il ne veut pas insister, et de toute façon, le groupe derrière est resté solidaire est efficace. Ce n’est pas encore le moment.
Nous voilà maintenant sur le circuit final. C’est à partir de là que les organismes vont commencer à souffrir.  On emprunte d’abord une portion dégagée vent de côté, où de nouveau, les moins frais sautent des relais. Je sais que malgré l’écart annoncé, c’est encore loin d’être gagné pour nous, alors j’encourage tout le monde à rester le plus soudé possible. Tout redevient plus facile lorsqu’on reprend le vent de dos sur les petites routes, malgré quelques virages ou quelques petites bosses. Enfin, après un petit pont, une petite côte de 300-400m, pas très raide mais assez exposée au vent, puis le retour et l’entrée dans Cosne sur Loire, et le premier passage sur la ligne d’arrivée. C’est le 3e sprint, je passe second derrière le belge. A la suite d’un petit temps mort, on nous annonce un écart largement inférieur, à peine d’une minute. Et en effet, lorsque revient la portion vent de côté, il suffit de se retourner pour apercevoir un peloton morcelé au fond de la ligne droite. Cette vision en remotive certains, et nous laisse un petit sursis, mais pour combien de temps ? Plus les kilomètres pèsent, plus le groupe devient hétérogène, et de mon côté, plus je me promène littéralement. J’attends mon heure, je sais que je dois la retarder suffisamment. Je repère l’endroit exact où je veux placer mon attaque lorsqu’on reprend la petite côte du parcours. Quand le belge descend à sa voiture, je l’imite, car je soupçonne un nouveau stratagème pour économiser des forces. Vincent me confirme que l’échappée va au bout, et je l’avertis que j’ai de très bonnes jambes. Lui me demande de rester vigilant, j’interprète ça comme un feu vert.

Avant dernier passage sur la ligne, cette fois, je fais le sprint au belge pour me tester. Je suis plus explosif que lui. Je le note bien dans un coin de ma tête. J’attends, je m’impatiente presque, surtout lorsqu’on nous annonce encore un écart à la baisse. Le belge aussi apparemment, puisque sur une petite cassure, il s’en va seul, et ne se relève pas ! Je demande aux autres de ne pas s’affoler et de continuer à tourner régulièrement. S’il est à fond, il ne représente aucun risque, je compte même bien tirer profit de la situation. Dans ma roue, quelqu’un laisse de nouveau un petit trou, et plutôt que de perdre du temps à réorganiser le groupe, d’un commun accord avec Nans, on part tous les deux à sa poursuite. Les écarts sont infimes, mais ils vont peser dans la balance. J’attends, j’attends encore. Puis, lorsque Nans fournit le dernier effort sur le petit pont au pied de la bosse pour recoller au belge, je n’attends plus, je contre.
Me voilà tout seul. Je dégourdis mes muscles, je monte le plus vite possible et je ne me rassois pas. Le vent souffle, j’en viens presque à plafonner, mais non, il n’en est pas question. Je retarde le plus possible le moment où je vais devoir me retourner. Je double un groupe de lâchés. Je me retourne. Ils sont loin, et c’est encore ce diable de belge qui est seul à ma poursuite.
La moto monte à ma hauteur, m’annonce un écart de 10 secondes, et m’encourage. Dans la tête, je ne sais pas trop quoi penser, je suis conscient de partir seul vers la victoire. Je me force à ne pas trop réfléchir sinon à mes pédales. Je rentre dans Cosne sur Loire pour passer seul en tête à la cloche. C’est géant. Je n’ai pas gagné en solitaire depuis un an et demi, et je veux prouver que je sais encore le faire. Malheureusement derrière, le belge est plus rapide que moi. Après quelques centaines de mètres dans Cosne, je me résous à l’attendre.

Nous voilà à deux pour la gagne. Je m’applique à en faire exactement autant que lui, pas plus pas moins. Enfin, le voilà qui roule régulier. Je pense finalement que, chacun d’entre nous est persuadé de battre son adversaire, puisque lui est rentré sur moi, il se croit plus fort. Moi, de mon côté, je suis persuadé être plus rapide que lui. A la sortie de Cosne on nous annonce un écart de 20 secondes sur le contre, et de 40 sur le peloton. S’il coopère assez, c’est gagné. En revanche, je suis un peu déçu pour les autres coureurs de l’échappée, qui méritaient tous beaucoup plus que le belge d’aller au bout. L’écart suivant confirme la tendance : 30 sur le contre, toujours 40 sur le peloton. C’est cruel, mais tant mieux pour nous, ça se regardera forcément derrière lorsqu’ils reviendront sur le contre. Je n’ai plus qu’à contenir le belge jusqu’à l’entrée dans Cosne.
J’aborde la petite descente avant la flamme rouge en tête :  je ne la quitterai plus. Je prends un bon virage et viens me caler sur la gauche, puis la droite de la route pour qu’il ne puisse me surprendre. Notre matelas est suffisant, on sait qu’on sera tous les deux sur le podium. Alors, je tente de le faire passer devant moi. Je donne des coups de patins, sans trop de conviction. J’entends la moto parler dans son talkie-walkie, décrire notre duel en direct. Il reste 500 mètres. Je me retourne : au jeu des coups de patin, le peloton est redevenu une menace. Je sens son souffle de plus en plus proche. J’ai du mal à évaluer la distance qui nous en sépare. Je panique un petit peu, je relance l’allure aux 400 mètres. Nous voilà dans le dernier virage. Je suis toujours en tête, je me retourne, je suis prêt, je sais où je veux lancer mon sprint.

Il ne lance toujours pas. Je  démarre à 200 mètres de la ligne d’arrivée, et j’écrase le plus fort possible. Dès le moment où j’ai lancé le sprint, j’ai su que c’était gagné.
Derrière, à trois secondes, Paul assure le sprint du peloton en prenant la 6e place dans un mouchoir de poche. Les autres finissent les mains en l’air… On ne les refera pas !
Après un début de saison laborieux, je relève la tête très rapidement : 50e, 12e, 1er ; la progression est fulgurante. C’est malheureusement trop tard quand même pour mon gros objectif de début de saison, le stage national. Au vu des sélectionnés, j’ai de quoi nourrir des regrets. Rendez-vous maintenant le 14 avril sur le challenge national, dans le Nord, pour tenter d’aller une bonne fois pour toutes conquérir le maillot bleu. Je n’ai pas dit mon dernier mot.