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#33 UCI 1.1 Tour du Valromey étape 2
#33 UCI 1.1 Tour du Valromey étape 2

#33 UCI 1.1 Tour du Valromey étape 2

            Le départ est donné aux portes du Valromey dans le bourg de Groissiat, pour aujourd’hui encore un fictif mémorable et interminable. On nous informe d’un passage un peu délicat à la sortie de Groissiat. Au final, on se retrouve avec 15 kilomètres derrière les voitures de l’organisation, dont la moitié sur des chemins de terre ! Les organisateurs ont en plus le toupet d’arrêter le départ une seconde fois, après un passage à niveau fermé, pour nous reprocher notre prise de risques pour rester placé. Ceux-là mêmes qui s’autoproclament la « plus grande course internationale junior », elle est belle…
            Après plus d’une demi-heure de tension, les chevaux sont enfin lâchés mais la nervosité ne retombe pas pour autant, à l’image de la veille. Le fort vent de face n’aide pas la décision à se faire et rester placé à l’avant relève de l’exploit lorsque toutes les 30 secondes, une attaque chaque fois aussi vaine que la précédente déclenche une grosse vague de coureurs, dans laquelle certains ne manquent pas de s’engouffrer.
            La présence de Romain, maillot jaune, dans notre équipe ne modifie pas nos plans : il n’est pas question de le défendre coûte que coûte, et libre à nous toujours de saisir les ouvertures qui se présentent. C’est Valentin, cette fois, le plus opportuniste et il est le premier à s’enfuir vraiment, accompagné de Simon Favre. On se charge alors de rester placés et de protéger sa fugue sans pour autant y laisser d’énergie, car les difficultés commencent dans 20 bons kilomètres encore. La côte de Corbier, dont les coureurs du Tour de France empruntaient le dernier kilomètres plus tôt, s’étendait jusqu’ici sur de longs faux-plats dégagés qui cette fois maintenant, laissent place à une portion plus pentue, à flanc de colline, qui inspire certains coureurs. Je ne peux pas retenir mon envie de courir à l’avant et je me jette dans la roue de Nicolas Carret lorsqu’il attaque, imité par une bonne grappe de coureurs ensuite. Un coup pour rien, même si je tente d’insister, je me ravise rapidement.
            A l’avant, Valou et Simon Favre sont bientôt rejoints par un autre groupe de coureurs plus opportuniste, pendant que notre Roannais s’assure les points de deux des trois sprints qu’il peut disputer, et le maillot rouge des rushs par la même occasion. Une fois franchie la côte de Corlier, la situation s’envenime pour nous, puisqu’un gros groupe de contre très dangereux se forme avant la descente sur Hauteville, qu’on a complètement loupé. Romain nous réveille et nous demande d’essayer de revenir. Je découvre par la même occasion que mes sensations sont très moyennes, moins bonnes que la veille et que malgré nos longs relais, l’écart ne semble pas diminuer. Ces 15 secondes sont très dures à boucher et il faudra attendre le vrai coup de force de Thomas, dans la traversée d’Hauteville, pour relancer la course derrière le groupe et qu’enfin, nos roues avant retrouvent leurs roues arrières.
            Pas de temps mort une fois la jonction assurée, les tentatives de contre s’enchaînent et je les prends au sérieux, puisqu’au vu du profil qui nous attend dans les prochains kilomètres, tout le monde risque de rester sur la défensive. Il n’en est rien et finalement personne ne peut trouver l’ouverture, le peloton se présente donc groupé dans la traversée de Thézillieu, puis au pied du Col du Ballon, derrière le groupe de Valentin qui ouvre toujours la route.
            Presque 40 kilomètres sans difficulté majeure ont été avalés, mais c’est ici que les choses se corsent, puisqu’on rentre dans une boucle d’une vingtaine de kilomètres où s’enchainent les cols du Ballon et de Saint Supplice, les deux premiers cols du Tour du Valromey. Si le col du Ballon reste relativement court et abordable, pas plus de 3 kilomètres, le col de Saint Supplice lui classé en première catégorie est incontestablement le gros morceau du jour, avec presque 5 kilomètres et la majorité au bien au dessus des 7%. Je m’attendais à plus de tension à l’approche de ces difficultés mais j’aborde les premières pentes du Ballon sereinement en 5 ou 6e position. Je recule volontairement un peu lorsque le rythme augmente, car je connais bien les routes et je sais qu’il y a une opportunité de se replacer une fois le sommet franchi, en revanche ; il ne faudra pas se louper car s’ensuit une descente extrêmement technique sans transition ensuite avec le pied du Col de Saint Supplice. Je recule un peu trop et dois corriger le tir en remontant sur le sommet alors que le rythme est toujours élevé. Mais comme prévu, in extremis, je reprends place dans le top ten dans la traversée de Prémilieu et du début de la descente, avant que le stéphanois Rolland n’envoie d’un coup d’un seul Paul choir dans les orties. Tant pis pour eux, c’est une opportunité d’être encore mieux placé et je passe deux des premiers lacets en tête, avant de me laisser rétrograder un peu. Pas de casse pour moi, il ne reste maintenant plus qu’une ligne droite rapide sur une route toujours aussi étroite avant de retomber d’un coup d’un seul en plein milieu du col de Saint Supplice. C’est à ce moment précis que la jonction s’opère avec le groupe de Valentin, qui a protégé mon maillot à pois avec succès puisqu’il est passé en tête également des deux premiers GPM.
            Les premières pentes sont, comme à l’entrainement, très douloureuses car la transition est violente, mais le rythme est particulièrement modéré. J’assiste à la crevaison du malheureux maillot vert Alexandre Paccalet au plus mauvais moment. Personne ne prend d’initiative et le peloton qui s’était très étiré, se regroupe de nouveau petit à petit, la lutte pour rester placé redevient agressive. Ce n’est que progressivement et au fil de la pente que le rythme croît de nouveau, je reste en embuscade car je connais cette montée par cœur. Je suis encore à l’aise pour le moment. L’écrémage fait son effet et repart de plus belle après le village de Hostiaz où les pentes deviennent encore plus sévères. Le passage le plus difficile est ici, je le sais et je me fais violence, le russe Ildar Arslanov impose un rythme très soutenu que personne ne peut troubler. C’est du moins ce que je croyais, je suis surpris alors que je rétrogradais un peu par une attaque de Peters, suivi comme son ombre par son coéquipier Jasserand. L’effort qu’ils fournissent est impressionnant, je ne réagis pas dans l’instant et n’ose plus le faire ensuite. C’est ici que je perds le Tour du Valromey. Mais quand bien même j’aurais tenté de suivre leur démarrage, au vu de l’écart qu’ils ont creusé ensuite, je n’aurais peut-être pas tenu jusqu’en haut… Je n’aurais jamais cru non plus qu’à deux seulement, ils auraient pu être aussi dangereux malgré la distance qui sépare encore le col de Saint Supplice de la ligne d’arrivée à Saint Martin de Bavel. Je ne suis pas le seul qui reste scotché, personne ne réagit à cette attaque. Rapidement, ils prennent du champ et disparaissent même déjà de notre champ de vision. Le dernier kilomètre du col est difficile pour moi et je m’accroche en 6-7e position pour pouvoir relancer sur le sommet, et m’assurer les 10 points restants attribués sur la ligne pour le classement de la montagne. Pas assez cependant pour conserver mon maillot à pois, dont me privera Nans Peters, qui en plus d’être dangereux au général, était mon dauphin dans ce classement.
            Une fois le sommet franchi, s’ensuit un long round d’observation que j’hésite à troubler, car il me faut déjà encaisser le col. Je me remets quand même finalement à la planche car personne, ni d’ailleurs l’équipe BKCP autant piégée que nous, ne prend l’initiative de la poursuite. J’assure de longs relais que je sais trop peu efficaces, et on perd très certainement du temps pour le moment, jusqu’à ce que Paul m’apporte un peu de soutien. Enfin, aidés par l’action des kilomètres qui défilent encore, d’autres coureurs se joignent finalement à nous et je peux prendre un peu de retrait vis-à-vis de la poursuite.
            La dernière côte répertoriée de la journée, celle de Thézillieu où s’achève notre boucle de 20km, ne peut me permettre d’inverser la tendance en ce qui concerne le classement de la montagne, puisque je ne peux passer mieux que 3e derrière les deux savoyards au sommet, qui me privent ainsi une bonne fois pour toutes du maillot à pois sur le podium protocolaire ce soir. Mais si les choses restent en l’état, je le porterai malgré tout dans la mesure où Nans, lui, récupérerait le maillot jaune…
            Je vais prendre les derniers bidons à hauteur de vincent avant de plonger via une longue descente jusqu’à Virieu-le-Grand, et sortir ainsi du plateau du Bugey. Je connais là aussi cette descente par cœur pour l’avoir bien travaillée à l’entrainement et je me replace facilement à l’avant, jusqu’à prendre la chasse à mon compte. J’adore ce type de descente, pas forcément très rapide et avec un enchaînement d’épingles, avec toujours de la visibilité. Je creuse même un écart au début jusqu’à être rejoint par le cyclo-crossman de BKCP, Daan Hoeyberghs. On descend vite, le groupe est très étiré mais je suis trop prudent sur le bas, car je sais que la route est en travaux. Au final, les deux chambériens nous ont repris 20 grosses secondes dans la descente, c’est dire comme ils ont été rapides !
            A la sortie de Virieu-le-Grand, je prends un terre-plein par la gauche, sauf que ce terre-plein se prolonge par un long muret central qui sépare la route en deux jusqu’au rond-point suivant. Je suis donc obligé de retraverser à l’arrêt et de repartir dans les dernières positions au pied d’une côte qui m’achève complètement, et je me bats maintenant pour ne pas perdre le contact. Je suis à la planche depuis le sommet du Saint Supplice et je le paye maintenant. Pourtant, il faut bientôt retourner à la charge en tête de peloton, puisque les savoyards creusent encore ! L’écart est supérieur a la minute et le maillot jaune de Romain est maintenant perdu à coup sûr, mais il va falloir limiter l’écart au maximum dans l’optique du général qu’on est encore 3 à pouvoir remporter. Thomas et évidemment Valentin n’ont pas pu basculer dans notre peloton qui a grossi à une trentaine d’unités. Au passage sur la ligne d’arrivée il ne reste plus qu’une boucle de 12 kilomètres à couvrir, mais ceux-là vont être extrêmement longs pour moi. Paul et Romain effectuent un très gros travail en tête du groupe et je ne peux pas en faire autant qu’eux. Je me fais mal pour remonter à l’avant, je prends un relais tant bien que je peux sans pour autant vraiment relancer le rythme mais lorsqu’un des deux autres Roannais prend la relève, je me retrouve d’un coup d’un seul en queue de peloton. Le scénario se répète 3-4 fois jusqu’à ce qu’alors que je suis en plein relais, Dorian Lebrat attaque dans une portion montante, à partir de là, je ne peux plus rien faire. Je m’accroche dans les derniers pour les 3 kilomètres qui restent à couvrir, je baisse la tête, et la relève à un kilomètre de l’arrivée lorsque le rythme ralentit de nouveau. Je tente alors d’aller donner mes dernières forces du jour pour relancer encore un peu mais je n’ai pas la place de remonter. Au fil de l’arrivée, je parviens finalement à conserver une place correct dans un sprint que j’aurais bien aimé faire, en pleine possession de mes moyens. Je franchis la ligne 15e avec un retard définitif de 53 secondes sur les deux coureurs de Chambéry qui se partagent fort justement les honneurs, maillot jaune et à pois pour Nans, maillot vert et victoire d’étape pour Benjamin.
            Deux des 4 étapes sont maintenant derrière nous et la fatigue va commencer à se faire sentir. Nous voilà à la moitié du tour mais ce n’est que maintenant que les choses vont vraiment devenir sérieuses. Les deux étapes restantes vont encore crescendo dans la difficulté et on va s’attaquer à la haute montagne. De quoi encore renverser la vapeur, Romain reste second du classement général a 44 secondes et moi 3e à 54, rien n’est joué et il nous reste toujours 3 cartes au classement général…