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#32 UCI 1.1 Tour du Valromey étape 1
#32 UCI 1.1 Tour du Valromey étape 1

#32 UCI 1.1 Tour du Valromey étape 1

L’enchaînement des courses par étapes en ce début de juillet nous emmène enfin au départ du Tour du Valromey, le dernier de la série ; qui contrairement aux autres est réservé aux coureurs juniors avec une petite moitié d’équipes françaises, ainsi que des formations belges, allemandes et russes, une concurrence très hétérogène et internationale, qui donne à la course un petit parfum de coupe des nations. Le Valromey se déroule en 4 jours avec des étapes de difficulté croissante, avec une centaine de kilomètres par jour, pour terminer sur deux grosses étapes de montagne à travers les cols classiques de la région, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre.
Pour la première journée, pas encore de col au menu mais il faudra bien savoir en profiter car c’est déjà au programme du lendemain. Deux grandes boucles dans la plaine de l’ain, d’abord au sud puis au nord du Rhône, avec un départ dans les contreforts du Bugey à Serrières de Briord puis Crémieu, le pont du Rhône et une boucle autour de Saint Vulbas, et retour jusqu’au pont du Rhône, en face duquel est jugée l’arrivée dans le bourg de Loyettes. Une étape assez courte mais nerveuse et venteuse, où à se fier au scénario des autres années, des écarts peuvent déjà se faire par le biais du jeu des équipes, où il faudra savoir être présent.
Un mot sur le départ fictif qui en vaut la chandelle : il suffira d’attendre 30 mètres pour voir l’organisation connaître son premier raté, et de taille, puisqu’on part droit à l’opposé du sens de la course. Il faudra attendre cinq bons kilomètres pour que la caravane des voitures s’en rende compte et nous demande tout simplement… De faire demi-tour, non sans écraser un ou deux coureurs au passage. Je n’avais jamais vu ça. Je ne suis pourtant pas au bout de mes surprises. Au terme d’un fictif chaotique long d’une demi-heure, les fauves sont enfin lâchés et la masse est toujours aussi nerveuse après le départ réel. Je ne me presse pas, inutile de remonter pour le moment, je n’en ferai l’effort que peu avant le pont de Briord pour passer sur l’autre rive du rhône, côté isère. Le rythme est très élevé mais facilement soutenable du fait de la largeur des routes et du vent qui favorise l’abri ; ce qui fait que malgré tout, une fois côté isère, il arrive au peloton de s’étirer un peu plus et de permettre des ouvertures pour remonter plus facilement. Je pointe enfin en tête de course pour constater que les attaques s’enchainent sans jamais paraître trop dangereuses, puisqu’il y a toujours quelqu’un de frais pour relancer l’allure au moindre écart. Mais j’ai du flair et à l’approche de la traversée sinueuse d’un village, je porte ma première attaque et un groupe d’une petite dizaine de coureurs se forme rapidement, alors que derrière cette fois, personne n’a relancé si bien qu’on se retrouve en peu de temps hors de leur champ visuel, du fait des nombreux virages dans la partie urbaine. A la sortie du village, l’écart grandissant dissuade les contre-attaquants de faire l’effort, surtout que la majorité des équipes favorites ont un homme devant.
Les premiers relais sont timides et comme toujours, les étrangers sont déjà à jouer au plus malin, à laisser des trous, bâcler leur relai, faire le mort à l’arrière. Sur un relai plus appuyé et volontaires de Nans Peters, on se retrouve sans nous en rendre compte à deux en tête de course mais Nans, qui aperçoit le peloton entrain de revenir, ne se pose pas de question. En fin de compte, c’était la bonne décision, puisque le reste du groupe happé par la tête de peloton, celui-ci nous laisse enfin un peu de mou : l’écart augmente, et devient bientôt assez confortable pour s’assurer une belle partie de manivelles en tête.
Je n’avais pas forcément prévu de me retrouver dans un baroud comme celui-ci où je risque de laisser beaucoup de plumes ; mais je prends du plaisir à l’avant, et Nans ne mérite pas que je me relève. Notre avance culmine à une petite minute. Il est impressionnant, prend de longs et gros relais et ne demande pas son reste, ni quand je m’écarte plus tôt que lui, ni lorsque je lui dispute les GPM, où je me montre plus explosif. Lui veut enchaîner rapidement pour reprendre le maximum de temps, moi ; je préférerais pouvoir récupérer un peu. Il ne me ménage pas, je laisse beaucoup de plumes dans mes relais, même s’ils restent un peu moins efficaces que les siens. Lorsqu’on aperçoit à une vingtaine de secondes le groupe de 3 coureurs qui est en chasse, on laisse la pression retomber un peu pour mon plus grand bonheur, et après avoir remporté les 3 premiers grimpeurs et m’être assuré le maillot à pois, j’ai enfin droit à quelques secondes de roue libre, avant que les poursuivants n’opèrent la jonction.
Parmi eux, mon coéquipier Paul, que je retrouve avec plaisir à l’avant ; ainsi que le limousin Druguet et […] , qui nous rendent la tâche un peu moins difficile qu’à deux… Pour une courte durée puisqu’on aborde déjà le bourg de Crémieu que je connais bien, puisque nous voilà à l’extrémité est de mes routes d’entrainement. Or, on nous annonce le peloton tout près derrière, que je n’aperçois pourtant jamais ; mais duquel on sent la menace chaque fois plus pesante… Jusqu’à ce qu’on se retrouve acculés derrière un énorme embouteillage, au beau milieu d’un brouhaha terrible, obligés de piler d’un coup pour ne pas rencontrer de pare-choc : Les voitures de l’organisation, bien trop nombreuses, ont formé un immense bouchon suite au passage d’un simple rond-point !
A ma gauche, j’aperçois d’un coup le BKCP Quentin Jauregui qui n’hésite pas à tracer tout droit au milieu des voitures, puis le reste d’un groupe que je crois être le peloton. Lorsque les voitures redémarrent et que les autres coureurs finissent de me passer, je reçois une tape dans le dos de Romain qui me lance « c’est sorti ! » En réalité, ce n’est pas le peloton qui nous reprend mais un groupe de contre d’une quinzaine d’unités seulement, le peloton, lui ; n’est pas au fond de la ligne droite. Le groupe s’organise, je trouve, plutôt bien ; ne se retrouvent à l’avant que des coureurs motivés, même si bien entendu comme d’habitude, de nombreux coureurs étrangers boudent leur part de relais. On retrouve dans ce groupe en plus des 4 coureurs qui m’accompagnaient, le seul BKCP Jauregui, le seul Avia Julien Van den Brand et un russe isolé pour les grosses formations qui se trouvent donc isolées. Damien Charreyron et Alexandre Paccalet sont deux à représenter le rhône, un allemand de Ghost qui saute la moitié de ses relais. On se retrouve donc l’équipe la mieux représentée avec… Tout simplement la majorité des coureurs de l’équipe dans l’échappée.
A la sortie du Pont de Loyettes, il reste une quarantaine de kilomètres, est jugé le second sprint intermédiaire qui est largement disputé. Je suis assuré de porter le maillot à pois, je ne me disperse pas dans l’affaire et en profite pour jauger des forces en présence, l’arrivée est similaire, à 500m d’ici à peine d’ailleurs. Les coureurs les plus volontaires sont toujours les mêmes. A la sortie de Loyettes, ce sont de grandes lignes droites dégagées qui nous accueillent, le long de la centrale. Je prends beaucoup de plaisir à tourner en éventail, avec les autres, bien protégé du vent qui souffle, on pourrait le croire, après une belle bordure. Les sprints suivants sont un peu moins disputés. Vincent nous conseille de bien organiser le groupe pour garder un œil sur le classement général, mais moi, j’ai surtout les yeux tournés vers la victoire d’étape pour le moment.
La guerre tactique commence assez tard, à moins de 15 kilomètres de l’arrivée mais la première attaque sera l’œuvre de Romain, tout juste au panneau arrivée 10 kilomètres. Une attaque presque en facteur, et juste dans la roue, j’entretiens le petit trou qu’il a créé : Paccalet est sec, et demande du soutien derrière, soutien que Paul s’empresse de neutraliser. Un seul coureur parvient à nous surprendre en démarrant au bon moment, le belge Van den Brand du team Avia. A deux en protection, on fait ce qu’on veut du groupe de contre et on dissuade toutes les tentatives en se jetant chaque fois dans la roue à tour de rôle. Paul joue son rôle à 200% et n’a pas peur d’enchainer les efforts sans récupérer. Un peu plus en retrait, il me permet de rester frais et à la suite d’une tentative de Quentin Jauregui, il me reste trop d’énergie pour que je la retienne encore et je prends le risque de contrer violemment pour tenter de rentrer seul. Je me pose rapidement la question de savoir si j’ai fait le bon choix, mais j’en ai eu la conviction sur le moment, c’est ce qu’il fallait faire. De toute façon maintenant, je ne peux plus reculer. C’est à moi d’assurer, de prouver que j’avais assez de force pour le faire. L’écart n’est que de 10 secondes mais seul, plein vent contre deux qui se relaient, c’est un écart très long à boucher. En roulant 5km/h plus vite, il me faudrait 3 minutes pour le boucher, un effort supérieur à PMA qui est extrêmement exigeant. Je me déchire, mais je toxine plus vite que prévu. Comme souvent en pareil cas je repense à mon numéro de Pommiers l’an passé, où j’avais bouché seul en une ligne droite 200m d’écart pour rejoindre l’échappée à 2 tours de l’arrivée avant de l’emporter. Seulement, ça ne marche pas à tous les coups. Je bute à 5 secondes et Romain, à l’avant, en profite pour soulager ses relais. Je contrôle bien la situation de derrière et lorsqu’un groupe de 3 se détache avec Peters, Paccalet et Druguet, je décide de me relever afin de les neutraliser, et de ne pas me faire contrer. Je n’ai donc pas à collaborer avec eux, même lorsque Nans me demande de le faire, qui m’a laissé récolter les points des GPM. Bien tenté… Je me concentre sur la 3e place que j’obtiens facilement au sprint, en mettant un petit écart. Je reviens par la même occasion à […] secondes sur la ligne des deux de tête.
Romain, plus malin et plus adroit que son adversaire, parvient à renverser une situation compromise grâce à… Son jump par-dessus de dos d’âne, qu’il a passé en pédalant, ce qui lui permet de sauter Van den Brandt sur le fil et de s’imposer.
Je termine 3e et meilleur grimpeur, Paul 9e à quelques secondes, et le peloton arrive avec un retard intéressant d’environ deux minutes, ce qui nous place en position très favorable au classement général. Le vainqueur du Tour du Valromey se trouve certainement déjà à l’avant, et nos plus coriaces adversaires risquent de se nommer Nans Peters et Quentin Jauregui. Encore trois étapes malgré tout, les écarts risquent d’avoir de quoi se faire dans les jours à venir…