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#28 1/2/3/J Tour de la CABA étape 1
#28 1/2/3/J Tour de la CABA étape 1

#28 1/2/3/J Tour de la CABA étape 1

Etape 1
Aurillac – Belbex, 128km
Après le coup de fil de Vincent en début de semaine, je m’engage sur le Tour de la CABA en première catégorie en compagnie de Vivien Brisse avec qui je cours pour la première fois, Maxime Mayençon et François Lamiraud que j’ai déjà cotoyé a commentry et à Bouvent notamment et Paul Sauvage, que je côtoie lui bien sur avec plaisir tous les week-ends au sein de l’équipe junior. C’est un week-end transitoire, sans pression ; une préparation parfaite pour le Tour du Valromey qui approche à grand pas, dans moins de deux semaines maintenant. Cette épreuve se compose d’une première longue étape au relief plutôt modéré le samedi entre Belbex et Aurillac, et d’un contre-la-montre le dimanche matin ainsi que d’une dernière course en ligne l’après midi, plus courte (90km) mais autrement plus difficile, avec trois cols dont celui du Bruel, au dessus de la barre des 1000m d’altitude. Un excellent test au milieu de plusieurs équipes de DN bien structurées comme le Top 16 et l’Entente Sud Gascogne avec qui je cours pour la première fois, ainsi que de très grosses individualités comme Jean Mespoulède, Mickael Larpe, Julien Lamy ou Loïc Herbreteau, je pourrais en rajouter encore beaucoup.
Décor planté, départ lancé, le long fictif de 8km que propose cette première étape est parfaitement calme, personne ne cherche à se replacer, et on s’éloigne à train de sénateur de la ligne de départ tout en contournant l’agglomération d’Aurillac, que l’on retrouvera au bout des 125 kilomètres restants à couvrir, dès lors que le Président du Jury abaisse son drapeau. Je ne compte pas griller de cartouche trop rapidement, et je me laisse sagement rétrograder petit à petit dans le ventre creux du peloton. Le départ est assez rapide et les attaquants nombreux. Le peloton se cherche, laisse partir quelques grappes de coureurs pour mieux les avaler quelques mètres plus loin, s’arrête brutalement, repart de plus belle. Il s’engouffre bientôt dans une petite descente au profit de laquelle je me replace sagement à l’avant. Un coureur s’est lancé seul dans une aventure un peu inconsciente, et il prend de l’avance, dès lors que la première ligne du peloton reste absolument statique. Sur cette portion assez étroite où les plus motivés ne peuvent pas remonter pour relancer l’allure, l’homme de tête prend très facilement une minute d’avance, qui ne pèse pas lourd au regard de tout ce qui l’attend encore… Puis bientôt, à la faveur d’un rush, puis à l’approche du pied de la première côte répertoriée le peloton se dégourdit de nouveau, bave quelques coureurs avant de ravaler sa salive, toujours et encore. Les premières pentes sont bien trop douces pour qu’une sélection ne s’opère, mais le mouvement incessant oblige à chaque fois tous ceux qui cherchent à rester placé à prendre la roue des attaquants de temps en temps, sous peine de se retrouver bon dernier au gré des vagues de coureurs qui remontent. Tout le monde entend bien gérer sa montée et même si elle est peut-être plus large à certains endroits, la chaussée ne peut donner grâce à tout le monde. Le rythme devient plus régulier et plus soutenu lorsqu’on aborde la dernière partie de ce petit col, sur une route plus étroite, avant laquelle j’ai bien pris soin de me replacer. Certains commencent à être dans le dur autour de moi, ce n’est pas encore mon cas, même si les jambes piquent forcément lorsqu’on monte à cette vitesse. La transpiration m’oblige à enlever mes lunettes, pour un temps, sous peine de rouler dans le brouillard jusqu’à ce que le vent ne le chasse. En haut, on ne bascule pas, et sous le joug du vent le peloton plie toujours mais ne romp jamais. Les attaques se font toujours aussi fréquentes et menacent de plus en plus de devenir dangereuses. Sur des routes assez sinueuses balayées par le vent, tantôt de côté tantôt de dos, de nombreuses vagues d’attaquants se succèdent et notre tâche à tous consiste à sauter dans certaines d’entre elles, pour toujours assurer la meilleure représentativité possible du club dans une potentielle échappée. Après une bagarre continuelle d’une dizaine de kilomètres, le long peloton s’engage sur une route plus large, plus directe ; et après une portion descendante qui s’avale sans pédaler à grande vitesse, de nouveau, la route s’incline, pour une longue côte en ligne droite sur une route parfaite et extrêmement large.
Je sais que c’est ici que le bon coup va se dessiner. J’en passe d’ailleurs le mot à François quelques secondes plus tôt, et je ne me trompe pas. Une première vague de coureurs s’isole à l’avant et navigue à quelques mètres, gratifiée d’un petit sursis, et lorsqu’une seconde offensive est menée par un coureur de l’Entente Sud Gascogne, je fais l’effort pour le suivre, et à la faveur d’une longue danseuse, on rentre sur le groupe à l’avant. Une quinzaine de coureurs le composent maintenant. Immédiatement, le groupe s’organise, les relais tombent et s’emballent. Sous la conduite de coureurs expérimentés comme Mickael Larpe ou Stéphane Reimherr, tous les efforts sont dirigés d’un seul bloc vers la marche en avant du groupe et le rythme est extrêmement élevé pendant de longues minutes. Le retour sur des routes de campagne nous avantage et je n’aperçois déjà plus de peloton, Je n’en apercevrai d’ailleurs plus aujourd’hui. Le premier écart annoncé est de 25 secondes. Il faut attendre de longs kilomètres pour que l’entende alors kolkhozienne s’effrite un peu et que les rôles se distribuent d’eux-mêmes : les petits malins qui restent à l’arrière, les plus motivés qui bouchent les trous laissés par ces derniers, et enfin les discrets, dont j’essaie de faire partie, qui prennent leur quota de relais, mais pas plus. Quelques coureurs parviennent à revenir de l’arrière un peu plus loin, sans que je ne le remarque. Le groupe compte à ce moment et à son maximum une vingtaine d’unités.

Au fur et à mesure que notre matelas devient confortable, une certaine routine s’installe dans l’échappée. A la période d’enthousiasme succède celle de méfiance, et lorsque je prends l’initiative de descendre en queue de groupe pour appeler la voiture de Vincent, une grappe compacte de coureurs m’imite très rapidement, si bien que non seulement je ne parviens pas à descendre à hauteur de Vincent, mais on se trouve surtout tous pris dans une cassure stupide que personne n’a envie de reboucher. Je prends les affaires en main et aidés de quelques uns seulement, on revient tout juste sur l’arrière du groupe, bredouille pour ma part. Je veux pourtant me renseigner, prendre des bidons et des consignes, puisque le groupe s’est carrément arrêté et presque deux tiers des coureurs du groupe ne roulent plus. Mais l’écart est fait : le peloton ne revient pas derrière. Je ne sais pas trop où on en est ni ce que je dois faire. De toute façon, rapidement, le parcours quitte la route nationale qu’on empruntait jusqu’ici pour aller chercher le second GPM répertoriée de la journée.

Je suis vigilant et me replace au bon moment aux avant postes du groupe. Bien m’en prend, car Mickael Larpe qui était un des seuls à râler à propos de la mésentente décide de faire le tri des plus impliqués par la force des pédales : il remonte brusquement le groupe par la gauche et dans les premières pentes du petit col, hausse violemment le rythme, pour bientôt faire voler en éclats le groupe d’échappés. Bien placé en 4e position, je serre les dents et attends que l’orage passe. J’aperçois bientôt le panneau « sommet 1km » ce qui ne m’enchante pas forcément, tenir encore un kilomètre à cette allure ne sera pas une partie de plaisir. Pourtant l’effort ne dépasse pas les 6 minutes, je suis donc à mon avantage à cette vitesse, et je m’offre même le luxe de suivre les meilleurs lorsqu’ils se disputent les points au sommet. En embuscade, je ne gaspille pas mes forces et le regretterais presque, puisque je passe quatrième en haut. Derrière moi, quelques coureurs sont encore solidaires du groupe, mais derrière, c’est plus compliqué. Notre moitié de groupe embraye bien en haut mais s’essouffle rapidement ; en fait, c’est le cas dès que les relais retombent sur un coureur lambda, comprendre qui ne soit ni Mespoulède, ni Larpe, ni Herbreteau.
J’ai du mal à encaisser l’effort que je viens de fournir puisqu’il ne s’est finalement pas dissipé et que la descente se fait attendre, alors je ne m’emballe pas, tant pis si le regroupement s’opère. Ce n’est pas à moi d’organiser le groupe. Unes à unes, quelques grappes de coureurs reviennent de l’arrière. Après la descente que j’attendais avec impatience, on retrouve la nationale que l’on avait quittée quelques instants plus tôt, pour cette fois prendre la direction de l’arrivée. Le retour sur une belle route, large et rectiligne, permet aux relais de retomber régulièrement et cela m’offre enfin une belle plage de récupération, l’occasion de faire le point. La moto-info qui peut enfin monter à notre hauteur nous indique un écart de 3 minutes 40 ! Je redemande l’écart, pour être sur d’avoir bien entendu. Si l’écart est bon, et il a encore largement le temps d’augmenter, le classement général se jouera entre les 17 hommes de tête. Un challenge qui peut devenir intéressant… Lorsque le parcours tourne de nouveau sur la gauche, pour pointer en direction d’Aurillac, j’appelle la voiture de Vincent. Je peux enfin descendre à sa hauteur. Il me donne les coureurs qu’il juge les plus dangereux, d’évidemment rester vigilant et de ne pas trop en faire. J’ai quitté quelques secondes des yeux la queue du groupe, chose à ne jamais faire lorsqu’on descend à l’arrière : un coureur a tenté de sortir et tout le groupe s’est lancé à sa poursuite, je dois faire l’effort seul tout de suite derrière pour ne pas perdre bêtement les roues.
On sent le final approcher au fur et à mesure que l’entente se dégrade de nouveau, et que chacun commence à compter ses efforts ; mais pendant une longue période, personne ne tente de mettre le feu aux poudres une nouvelle fois, si bien que le groupe poursuit sa marche en avant et que ce sont souvent les mêmes qui y participent. Il faudra attendre les 10 derniers kilomètres pour voir enfin les premières offensives sérieuses, de ceux qui jouent pour la victoire d’étape ou pour le classement général. C’est Loic Herbreteau qui place la première et immédiatement, je prends la roue. Malheureusement pour moi ce coup-là ne sera pas le bon et tout de suite, les contres fusent, si bien que je prends un temps de retard et chaque fois, panique un peu de ne pas savoir si ce coup sera le bon ou pas. La gestion du final est très tendue et de nombreuses fois, je me retrouve à faire l’effort seul en chasse patate, à m’enterrer avec d’autres qui heureusement chaque fois finissent par faire l’effort, mais jamais dans les coups qui partent mais malgré tout, pour mon plus grand bonheur, le groupe se reforme toujours jusqu’au panneau des 3km et l’attaque de Willy Perrocheau. Personne ne fait l’effort et la proximité de la dernière côte fait peur à tout le monde, persuadés que l’étape se jouera là-bas. Je n’ai plus qu’une seule alternative, jouer le classement de l’étape en puncher à la régulière, sur un terrain que j’adore. Perrocheau tourne à droite, suivi du reste du groupe une vingtaine de secondes plus loin.
Au pied de la bosse, toujours personne pour se sacrifier. Tout le monde se regarde dans le blanc des yeux. Les seuls un peu entreprenants sont les coureurs de l’Entente Sud Gascogne, avec le sacrifice de Reimherr à partir de la flamme rouge, qui ne peut cependant pas hausser suffisamment le rythme pour inquiéter Perrocheau. Je ronge mon frein et attends avec impatience la première attaque. C’est l’autre coureur de l’Entente, Sylvain Lamarque, qui craque le premier. Il démarre très fort au pied du passage le plus raide, à 500m de l’arrivée. Je me jette dans la roue et monte dans son sillage, en résistance. J’attends. Il s’écrase un peu au sommet de la bosse, peu de temps avant le dernier virage, à 200m. Encore facile, je décide d’y aller maintenant. Je baisse deux, trois dents et je le déborde par la droite, je prends un bon virage et je donne tout à la corde. J’accuse un peu le coup dans les 50 derniers mètres et je regarde Larpe me doubler sur la ligne. Perrocheau avait trop de champ pour être inquiété, il conserve 11 secondes sur son coéquipier d’un jour au sein du comité Charente Maritime. Herbreteau termine 4e, Lamarque 5e, Gerbaud 6e, Chadefaux 7e et Couffignal 8e.
J’attends longtemps le peloton pour me rendre compte qu’il n’y en a plus. Le premier groupe de coureurs arrive plus de 7 minutes derrière nous et les écarts sont encore plus importants en ce qui concerne le reste des coureurs. Il n’y a donc plus que 17 coureurs qui ont des chances de gagner le classement général, et derrière Perrocheau, 6 sont dans le même temps que moi.