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#24 1.14 La Drôme Provençale
#24 1.14 La Drôme Provençale

#24 1.14 La Drôme Provençale

La nationale junior de Nyons était prévue au programme depuis un bout de temps et pour pouvoir être au départ, il me fallait trouver une équipe : je cours donc sous le maillot du comité de la Drôme. On se retrouve dès le mardi pour une journée de reconnaissance, qui s’est révélée très utile. La journée commence très tôt pour moi dès 9h30, puisque je suis le premier coureur à s’élancer sur le contre-la-montre.

Etape 1. CLM 13,7km
Je connais le parcours par coeur : deux reconnaissances le mardi (avec casque + roue pleine) et un tour le matin à l’échauffement. Les commissaires interdisent à la dernière minute tout équipement chrono, du vélo complet au simple casque. Les deux sorties en équipement chrono dans la semaine n’ont donc servi à rien, si ce n’est trimbaler tout un bazar pour rien, comme toutes les autres équipes, certains ayant même prévu deux vélos distincts. Sur le règlement figurait seulement la mention “vélo de contre-la-montre interdit”.
Je démarre le chrono et me lance à bloc dans la première partie du parcours, vent de dos. Le compteur indique 50-55km/h sur les premières portions et le cardio monte jusqu’à 188, mais j’ai encore une bonne marge. Le coeur est donc haut aujourd’hui ce qui n’est pas forcément complètement rassurant. les premiers ronds-points passent bien, les relances sont précises et dosées. Mon premier coup d’oeil à la moyenne et au chrono m’indiquent un peu plus de 3 minutes d’effort et autour de 48km/h de moyenne ce qui reste modeste au vu du retour venteux qui m’attend. Je prends mon rythme entre 40 et 45km/h sur la portion maintenant plus régulière jusqu’à changer de direction et traverser l’Eygues et d’aborder le retour sur l’autre rive. C’est ici que je lève un peu le pied pour aborder la partie finale au mieux.
les lignes droites sont interminables et le cardio figé autour de 190 depuis longtemps n’annoncent rien de bon. J’ai pourtant l’impression d’avoir correctement maîtrisé mon sujet jusqu’ici, avant de voir Loic Rolland me doubler comme un boulet de canon. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Je termine le chrono sans ne plus rien maîtriser du tout, à fond tout de même mais la tête ailleurs. 20’57” et le… 44e temps final sur 60. Loin, très très loin quand on vise le top 5 ! Un gros coup au moral.

Etape 2. Nyons-Nyons, 94km
Le temps du midi n’efface pas la déception du matin. Deux options s’offrent à moi : soit je joue l’offensive dès le départ car une échappée nombreuse peut avoir les épaules pour se former et très vite creuser l’écart, soit je joue la carte de l’économie pour tenter de basculer avec les meilleurs en haut du 3e col, le plus difficile ; et espérer être le plus rapide des grimpeurs à l’arrivée. Pas question de viser entre ces deux stratégies comme aux Rhône Alpes, je choisis donc la seconde et me promets de m’y tenir. Ma connaissance du parcours va m’y aider, c’est clair.
C’est donc bien ce qui se produira dès le départ. Beaucoup d’attaques à droite à gauche, pendant les 10 premiers kilomètres jusqu’à ce que le bon coup sorte finalement avec une grosse dizaine de coureurs en plusieurs fois. Dedans quelques pommiers, deux bisontins, Landry, Pontal, un ou deux roannais pas dangereux, Arthur, Levyn pour chez nous et peut-être quelques autres. Personne de dangereux ni pour l’étape au vu du parcours ni pour le général. Et surtout, pas de Joshua ni de Romain, et encore moins de Latour. Aucune inquiétude à avoir donc.
Ce qui s’ensuit ressemble plus à la Corima drôme provençale qu’à la nationale de la drôme provençale. On tombe sous les 20km/h avant même le vrai pied du premier col (Col de Peyruergue, 820m). A ce moment l’ardoisier nous annonce 2’40” de retard. Une attaque plus tard l’écart annoncé est de 2’30” : au vu de la vitesse à laquelle il diminue surtout je ne me fais aucun souci. Ce qui se passe était largement prévisible : Latour profite de chaque attaque pour continuer sur un rythme soutenu sur quelques centaines de mètres jusqu’au pied, et une fois dans les 4 derniers kilomètres les plus raides (autour de 5%), il prend la tête du groupe pour le plus la quitter. Le rythme est soutenu mais régulier, le peloton diminue déjà. Il appuie chaque relance tous les 200-300m d’une grosse accélération ce qui m’incite a rester dans les 10 premières positions. Le coeur est toujours haut de mon côté (déjà 185 !) mais les sensations meilleures que ce matin (pas très difficile non plus…) Après deux ou trois épingles l’écart tombe déjà à 1’10. Je commence à m’habituer aux cassures de rythme incessantes de Latour. J’adore ! C’est ce qu’il me faut pour être avec les meilleurs. J’apprends à les gérer en rétrogradant un peu, puis sans perdre de places. A la bascule, on n’est plus qu’une petite vingtaine. C’est parti pour la première descente.
Je me replace dans les 5 premiers, je suis dans mon élément. Latour est un peu moins à l’aise et Romain Faussurier et Anthony Gachet en profitent pour tout simplement sortir ! Je prends tout de suite la tête du groupe : c’est dangereux. Je connais bien cette descente et je peux en faire profiter le reste du paquet. Quelques coureurs me relaient de temps en temps mais je fais la quasi totalité de la descente en tête. En bas, l’écart stabilise entre 5 et 10 secondes. C’est de nouveau Pierre qui roule tout seul, sans demander l’aide de personne. Je connais la suite, alors je reste derrière, tout en jetant un coup d’oeil devant de temps en temps pour constater l’écart. On ne reprend pas vraiment de temps sur Romain et le petit chambérien mais par contre, l’échappée d’une dizaine est désormais en point de mire. Je remonte progressivement dans les 6-7 premiers pour aborder une petite route que je sais très piégeuse et pleine de gravillons. C’est au pied d’une petite bosse non répertoriée et dont je me méfiais, qu’on reprend la totalité de l’échappée matinale, mais pas Romain. On tourne à droite.
Je me rends compte que j’ai bien fait de remonter. Même en montée, on glisse sur les graviers dans les virages, ça frotte presque. La petite bosse est vite avalée et au sommet, Nans place une accélération. Je relaie de nouveau Pierre pour la descente, je sais à quelle point les graviers peuvent la rendre dangereuse donc je ne prends pas de risque. Au pied, on rejoint une route plus large et plus roulante, pour le second col (Col d’Ey, 718m) de la journée long de 4 kilomètres, autour de 5-6% de moyenne.
Je me cale dans les 5 premiers, près à essayer d’encaisser l’écrémage de Pierre. Il reprend son rythme soutenu devant, et ses petits à-coups fréquents. Nans est pointé à 10-15 secondes, Romain à 25 : rien d’inquiétant donc. Les paysages sont vraiment magiques. C’est au niveau du camp de nudistes à mi-pente exactement que ça se corse un peu : tout le monde serre les dents, Nans finit par être repris. Il n’y a plus d’ombre. Je sais qu’on entre maintenant dans le dernier kilomètre et je dois m’appliquer à récupérer un bidon juste au-dessus. Pour cela je perds quelques mètres et je dois relancer avant le sommet pour recoller aux roues, le temps de constater qu’on est douze ou quinze, grand maximum ! Romain a basculé avec une quinzaine de secondes seul en tête.
Après un kilomètre de descente je me replace dans les 5 premiers comme d’habitude. Rolland descend toujours aussi mal. En 2e position, il laisse un trou et un coureur de Montfavet en profite pour faire la jonction plus bas avec Romain. Après un virage j’attaque à mon tour Rolland et me lance à la poursuite de l’échappée. Je fais une très bonne descente, probablement grâce à la reco. Je passe bien les épingles sans me dépouiller dans les lignes droites. Je recolle exactement au pied du 3e et dernier col (montée au Poët Sigillat, 845m) le plus difficile de la journée, long de 6km à 6,5% de moyenne, les 3 derniers systématiquement au-dessus de 8%.
Nous sommes donc 3 en tête. Je me retourne : une cinquantaine de mètres plus bas, 7 ou 8 coureurs nous poursuivent, avec quelques individualités légèrement décrochés. Je connais la suite du col et décide de peu collaborer, ou à condition qu’on monte à allure modérée. L’italien de Montfavet semble motivé, plus que moi. Romain est content d’être là mais j’ai l’impression qu’il se force à continuer de jouer la gagne, comme si son statut le lui imposait et même si ses jambes ne le permettent pas. A rouler tranquille, on se fait reprendre et je gère jusqu’au hameau des Hubacs, le début des rampes les plus sévères que je choisis d’aborder en tête. Latour place une attaque et plusieurs coureurs se jettent dans sa roue, les plus surs d’eux. Je n’en fais pas partie. En revanche, je suis certainement le seul à qui il en reste plutôt pas mal sous la pédale pour une fois, car j’ai peur des gros pourcentages. En général je tiens bien quand la pente est modeste, mais dès que ça devient raide, je craque. Cette fois c’est totalement nouveau. Autour de moi il n’y a plus que des vrais grimpeurs ! Dans le groupe Latour 30m devant, on retrouve Latour evidemment, Loic Rolland, le chilien de l’AC Bisontine, Vincent Clerjon et Nicolas Carret. Dans mon groupe, l’Italien de Montfavet qui travaille beaucoup, avec Jasserand et Bouvet. Derrière on aperçoit Nans mais qui est déjà beaucoup plus bas et derrière, que des voitures. Les écarts seront énormes.
La pente est maintenant beaucoup plus raide et la petite route s’élève par lacets au milieu des champs de lavande. Devant tout près, Clerjon et Carret sont distancés. Lorsqu’un attaque un petit replat, je place une petite accélération pour me jauger moi et mes adversaires. Difficilement mais sûrement, l’italien et Bouvet prennent la roue ; pendant que Jasserand craque. Je continue sur 200m et passe le relais. Je prends un dernier bidon, puis on rejoint Clerjon et Carret alors que les trois de tête sont pointés à 20 secondes. Après une épingle on passe sur la ligne du GPM mais la montée se poursuit par à-coups sur un kilomètre. On aperçoit, puis reprend le chilien lâché de la tête. Je suis trop prudent et conseille aux autres de passer doucement, trop certainement. Lorsqu’on bascule dans la descente l’écart qui nous est annoncé est monté à 1’10” ! Jasserand rentré sur nous attaque la descente et je le relaie tout de suite, pour essayer de gagner du temps dedans. Je passe chaque virage, chaque épingle au plus vite mais au plus prudemment. Je me rate dans une épingle à mi descente, je n’arrive pas à prendre la corde, ce qui me met en colère. Je termine la descente en tête jusqu’en bas ou presque, et on s’organise pour une longue, très longue poursuite à 7 contre 2.
Je veux rentrer. Si on y parvient, je suis le plus rapide au sprint. Je veux pouvoir défendre mes chances et prendre ma revanche du championnat. C’est le cas de tout le monde, mais du coup, nos relais sont longs mais lents puisqu’on a le vent de face. Le premier écart annoncé est 1’10, le second aussi 7 ou 8 kilomètres plus loin. On n’a donc rien repris. C’est le chilien qui est le plus entreprenant mais ses relais, bien que c’est ce qu’il aurait fallu faire, désorganisent le groupe. Certains roulent clairement moins que d’autres mais l’entente est quand même correcte. On revient à 15km de l’arrivée à 50 secondes de la tête et ça remotive un peu tout le monde. Les deux de tête font un sacré numéro ! Joli bras de fer, on s’y croirait. A 6 kilomètres de l’arrivée, la direction de course monte à notre hauteur pour nous indiquer un écart de 30 secondes. Là tout le monde relance de nouveau l’allure mais on ne les aperçoit pas. Je me concentre donc sur mon sprint pour la 3e place à défaut de mieux. Dans la ville de Nyons, l’Italien essaie d’anticiper mais on est stoppés par une voiture au milieu d’un rond point à 600m de la ligne ! Jasserand lance le sprint loin, à 350m. Je saute dans sa roue et me rassois, avant de le déborder dans les 100 derniers mètres. Aujourd’hui, pas de crampes. 3e de cette étape au final donc, dommage qu’on n’arrive pas pour la gagne mais Pierre méritait largement sa victoire. Il a fait au moins les deux tiers de la course non pas en échappée, mais devant à rouler et à prendre le vent sans que personne ne l’aide.

Podium rassurant après le choc du matin, vite effacé. Au vu des écarts je prends donc la 9e place du général qui ne signifie pas grand chose. J’espère avoir cette fois acquis définitivement ma place au Championnat de France. Je coupe maintenant 3 jours afin de refaire du jus et de revenir au top de ma forme pour les championnats de France fin Août. En revanche ça risque du coup d’être plus difficile au Tour du Valromey la semaine prochaine. on verra bien. Le plus difficile est peut-être derrière.