自転車で地域&人づくり
#23 Championnats Rhône-Alpes Nandax
#23 Championnats Rhône-Alpes Nandax

#23 Championnats Rhône-Alpes Nandax

Cette course est très, très, très importante non seulement pour la suite de ma saison, mais aussi celle de mes années junior, voire encore plus loin. Pourquoi ? Jusqu’à maintenant j’ai raté deux des objectifs que je m’étais fixé : d’abord la Flèche Ardéchoise, puis logiquement la manche de Jugon les Lacs : je n’y ai même pas été. Totalement écarté de l’équipe Rhône Alpes, j’ai donc jusqu’à maintenant totalement raté ma saison, puisque tout se basait là-dessus.
Il a fallu quand même continuer à se battre et à s’entraîner. Mais le paradoxe c’est que ce qui a échoué jusqu’à aujourd’hui avec un travail et une motivation à la hauteur, n’a pas de raison de réussir lorsque le moral n’y est plus ensuite. Le plus dur, c’est tous ceux qui sont étonnés que tu sois déçu, et qui te disent “regarde, elle est réussie, ta saison”. Se satisfaire de résultats pareils, c’est avouer qu’on ne croit pas en moi. Avant de raconter le déroulement de la course proprement dite, je suis obligé de la remettre comme ça dans le contexte. Au lieu de baisser les bras et de revoir mes ambitions à la baisse, j’ai redoublé de travail et de sérieux. Deux semaines à 530 puis 590 bornes, trois kilos de perdus. J’ai vraiment misé très gros sur cette course qui a tout pour me convenir. Nous voilà donc le dernier week-end de juillet sur un circuit de 12 kilomètres vallonné, sans pourcentage difficile mais à couvrir 9 fois sous 36 degrés.
Le plan vigilance orange canicule a été déployé en ce qui me concerne : mobilisation d’un personnel hautement qualifié (Maman) d’infrastructures adaptées (deux glacières et un thermos) de moyens importants (5 bidons) et d’une logistique sans faille (Trois bidons aptonia, deux bidons d’eau marqués).
L’ambiance est digne du championnat comme tous les ans. Ca fait drôle de courir avec les grands pour la première fois. Mais dès qu’on s’éloigne du podium et des parents, la course n’a plus rien d’originale ni de spectaculaire. Déjà les premiers fous furieux sortent mais sans conviction : il y a clairement ceux qui ne veulent surtout pas y aller, et puis ceux qui se disent que c’est leur seule chance. De toute façon tous les ans la course est la même chez les juniors : un premier front qui joue la course dès le départ, et un second qui ne se dévoile qu’à la mi-course. En général, tout le monde peut accrocher le premier, le second est toujours constitué des hommes forts. Cette année, le premier front est plutôt costaud : Chamerat, Guillaume, Bednarski, Todeschini, Charreyron, Brun et Jury. Ce sont quasiment tous des rouleurs, à l’exception de Guillaume et Todeschini, deux des favoris annoncés qui se dévoilent déjà… C’est tout pour les concernés. Derrière on se regarde et on ne roule pas. Honnètement, j’aurais préféré une échappée un peu moins garnie. L’an passé sur un parcours atroce la première échappée a été au bout ! Si c’est le cas cette année, je suis foutu. Je stresse et commence à le montrer malgré moi.
A chaque tour dans la bosse la plus longue, je ne peux pas m’empêcher de rouler. Je n’attaque pas, mais je roule comme un abruti devant, sans que personne ou presque n’accepte de me relayer. Seulement Anizan, ou Latour parfois poursuivent mon travail mais il est souvent vain puisque suivi d’un temps mort quasi systématique pendant lequel on perd plus de temps qu’on n’en a gagné avant. Ce comportement est surement la chose à ne pas faire et j’en suis conscient, mais il y a quelque chose de différent aujourd’hui, une sensation de légèreté, je sais que je suis dans un bon jour. Je n’ai qu’une peur : que cette sensation disparaisse, alors je l’utilise, mais c’est la meilleure chose à faire pour que je craque ensuite. Autrement dit, ça commence moyennement bien… Mais je sais que tant que j’ai Latour et Faussurier dans mon groupe, rien n’est perdu.
C’est au bout de 4 tours que les choses se décantent. Au pied de la bosse de l’arrivée, Romain pose une attaque terrible avec l’élan. Quand il fait ça, on peut être sur qu’il mise tout pour sortir, mais quand on s’en rend compte c’est souvent trop tard. Devant tout a explosé et je suis toujours là où j’étais, derrière, même si je remonte du monde. De plus en plus de monde. Jusqu’à réintégrer le deuxième groupe, puis après deux relais, attaquer pour rentrer seul devant avec l’agacement. Tout a l’air si facile. Romain subit le contre-coup de son attaque, le prix à payer pour pouvoir sortir avec la pancarte qu’il a, et ça me met en confiance. Je roule devant notre groupe, on n’est que 4 ou 5, pas plus. Je me rends compte maintenant qu’il y a quelque chose de gros à faire aujourd’hui.
Dans notre groupe on est les 7 ou 8 les plus costauds cette fois, ce qu’il reste du peloton à la pédale. Autrement dit, plus de problèmes pour s’entendre, les relais tournent enfin et les premiers écarts qu’on nous annonce sont explicites : plus qu’une minute d’écart, et au tour suivant, on est revenus. Nous voilà à une quinzaine à l’avant mais pas pour longtemps.
Tout de suite Romain et Pierre tentent de s’échapper en costaud. Je suis cette fois le seul capable d’aller les chercher avec Jasserand. Je suis peut-être même mieux puisqu’en haut et au début de la descente ils ne me relaient plus. Ca rentre. Chamerat en profite pour sortir dans la descente sans que personne ne s’y oppose. On ne roule pas. Il prend vite 40″, puis 1’30”. C’est de nouveau Romain qui insiste pour casser le groupe dans la descente suivante, j’y participe avec plaisir et on se débarrasse de coureurs dangereux comme Corbex, Todeschini et même Latour, qui ne rentre qu’au pied de la bosse. Nou voilà à 7 pour la victoire seulement : Faussurier, Latour, Rolland, Clerjon, Jasserand, Dupras et moi.
La cloche sonne et Latour, jusqu’à maintenant en retrait se découvre enfin. Il attaque après l’arrivée dans les parties les plus physiques, une, puis deux, puis trois fois. J’assure la poursuite les deux premières mais il me pousse à mes limites sur la troisième. Je sens la crampe arriver, c’est seulement la deuxième de ma vie… Il n’y a rien à faire, je vais cramper. Ma position change dès lors totalement, puisque je ne peux plus gagner la course, il faut que je me contente d’assurer…
Dans la bosse je suis tendu, je veux éviter que ça attaque trop violemment. Pour ça, je choisis la tactique du bluff. C’est moi qui mets une attaque, mais très modérée, à 80% seulement. Latour en profite pour malheureusement contrer très fort et ma crampe me prend immanquablement, le groupe s’éloigne sans que je sois à bloc, mais sans que je ne puisse rien y faire non plus. Je mets longtemps à recoller, seulement dans les faux plats qui précèdent la cuvette finale.
On tourne à droite, on aborde la grande route et sa descente large et droite. Clerjon tente de sortir au kilomètre et y parvient. Ironie du sort, le plus nerveux, c’est son équipier Rolland. Il ne roule pas, mais il feinte d’attaquer, comme s’il voulait inciter les autres à y aller car lui ne peut pas. Pas très sport, mais rien d’étonnant. C’est Romain qui se sacrifie pour rouler. Je fais toujours illusion. Je prie pour que par miracle, ma crampe sous la cuisse gauche s’envole et me laisse enfin tranquille. Je suis le plus rapide au sprint intrinsèquement, peut-être même le plus fort physiquement. Pourtant je ne peux rien faire de mieux que de me rasseoir dès que Rolland lance son sprint. Je le vois déborder son équipier sur la ligne et lever les bras. De mon côté, je lutte pour limiter les dégats, au moins pour dépasser Latour. 4e, c’est le mieux que je puisse faire. L’objectif est probablement réussi mais j’ai encore une fois beaucoup de regrets et j’ai peut-être raté une chance d’être champion qui ne se représentera pas.
Toujours est-il que je viens de relancer ma saison comme je l’espérais. Ca fait du bien de réussir un objectif comme celui-là, même si c’est sur le fil et la corde au coup… Il faudra quand même que je confirme, parce que je ne peux pas me permettre de rester sur une place pareille, par les temps qui courent.