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#19 2/3/J Tour d’Issoire et ses Côteaux étapes 2-3
#19 2/3/J Tour d’Issoire et ses Côteaux étapes 2-3

#19 2/3/J Tour d’Issoire et ses Côteaux étapes 2-3

Etape 2 : Brenat – Flat 11km CLM
Je n’ai pas d’ambition sur le contre-la-montre. Je fais le job consciencieusement dans le seul but de progresser et d’avoir une référence de plus dans ce domaine où je suis toujours mauvais.
Je pars assez rapidement pour me mettre dans le rythme d’entrée, j’essaie d’emmener du braquet. Sur la portion plane, je ne pense pas perdre beaucoup sur les meilleurs temps. En revanche, dès lors que la route devient un peu plus irrégulière et plus exigeante, je sens que je cale un peu, même si je gère toujours bien mon effort. Je ne peux pas mentir, je n’ai pas la caisse sur les contre-la-montre et encore moins sur ce type de parcours. Lorsque j’arrive au pied de la vraie difficulté, qui est la même que sur le circuit final de la veille, mes impressions se confirment de façon implacable cette fois, puisque tout à gauche à l’arrière, je suis obligé de tomber le gros plateau. Le coureur parti devant moi a déjà basculé et se lance sur les derniers faux-plats. Je bute complètement sur le vent, comme tout le monde je le sais, mais je vais fatalement moins vite. Je peine même à relancer une fois arrivé en haut alors que la route devient beaucoup plus plate, et ensuite que je reprends le vent de dos pour terminer. Je donne ce qu’il me reste sur les deux derniers kilomètres. Je termine avec un temps très moyen, 50e au final.
Pour l’anecdote, je me rends compte seulement bien après que je n’ai pas pensé à remettre le gros plateau sur la partie finale. Je ne m’en suis même pas rendu compte, c’est dire comme c’est alarmant. Je suis ensuite Romain qui récupère le maillot jaune en terminant de nouveau second de l’étape derrière le spécialiste Fred Menini impressionnant comme d’habitude, en prenant une leçon de puissance.
Etape 3 : Le Broc – Issoire, 87km
L’après-midi, l’enjeu est plus important, puisqu’au départ Romain porte le maillot jaune et le maillot blanc, Paul celui à pois et pointe à la 5e place du classement général. L’incertitude est restée quelques temps après le contre-la-montre quant à Thomas, 3 ou 4e junior à la lutte avec Loïc Rolland pour le port du maillot blanc. Pour une seconde, il est malheureusement derrière. Il va falloir conserver tout ça, ou aller en chercher d’autres, et c’est à moi de me mettre au service de l’équipe ce coup-ci. L’étape est plus courte mais surtout plus escarpée que celle de la veille, avec un aller-retour sur la même route après deux boucles à la mi-course, avec deux GPM à l’aller, un autre à faire deux fois sur la boucle, et de nouveau les deux premiers dans le sens de la descente. Pour terminer, il reste deux ascensions plus courtes dans le final, donc surtout la dernière à 4 kilomètres de l’arrivée, avec une pente max à 15%, sur un petit kilomètre.
Les maillots distinctifs sont appelés à l’avant comme d’habitude, Romain et Paul nous laissent donc seuls avec Thomas et Valou en queue de peloton. Paul ne peut se retenir de faire le départ, et par cette belle initiative, le peloton ne débranche pas une seconde pendant les 10 premiers kilomètres, derrière c’est un véritable supplice, à cause du fort vent de côté qui nous plaque tous le long de l’herbe à gauche de la route. Une mise en route pas évidente. Le pire, c’est que je suis pourtant contraint de remonter plein vent, au cas où un contre dangereux sorte à l’avant sans ni Paul ni Romain : je me souviendrai de ce départ.
Puis tout à coup, le rythme s’arrête brusquement. Le peloton prend de nouveau toute la largeur de la route. Juste remonté aux avants postes, je préviens Paul que c’est moi qui ferai l’effort si un coup sort dans les prochains kilomètres. Je suis ainsi un coureur du Coteau et un coureur de Riom, tous deux sur un vélo d’un autre âge. Je me demande ce que je fais ici… Je ne collabore pas, même si j’ai un peu honte de laisser rouler seuls ces deux coureurs.
Un peu plus loin, une autre vague vient reprendre notre groupe, pour former une échappée très hétérogène : dans les premières pentes du GPM, je retrouve à l’avant Sam et David Tran Huu pour mon plus grand plaisir, ainsi que Simon Favre, un coureur de Cournon et le Crestois Julien Gauthier. Je reste en dernière position dans l’ascension. Lorsque Julien Gauthier prend quelques mètres et que personne ne fait l’effort, même en le sachant très fort, je décide de ne pas boucher le trou, me disant que seul face au groupe qui allait rouler, il partait là dans une aventure très téméraire. Ce sera une grosse erreur. Sur la ligne, je récolte donc les points du second pour le classement de la montagne afin de protéger le maillot de Paul. Ce groupe s’entend mal et très vite, je me rends compte que la poursuite repose totalement sur les deux coureurs de Corbas qui, après avoir passé sans encombre le 2e GPM, décident de se relever pour ne pas sacrifier toutes leurs chances au classement final. Je tente de motiver Sam et prends maintenant mes relais comme les autres, voire presque plus parfois. Le coureur de Cournon m’agace. Lorsqu’on rentre sur la boucle à faire deux fois, Julien Gauthier compte presque une minute 30 d’avance, et nous à peine 40 secondes sur le peloton. Le groupe s’entend mal et l’allure est franchement modérée. A ce rythme, le peloton redevient une menace beaucoup plus pesante. Oui mais voilà, l’homme de tête augmente continuellement son avance, et en même temps, récolte au passage tous les points du classement de la montagne… Lors du premier passage au niveau du GPM, deux coureurs nous rejoignent : Arnaud Bassy l’ambertois ainsi qu’un autre coureur que je ne connais pas. Plus frais et offensifs, ils tentent de redonner un élan à notre groupe mais comprennent vite eux-aussi que ce groupe-là n’est pas très enclin à travailler avec eux. Pour ma part, je m’en excuse, mais ils l’avaient bien compris, je suis là pour neutraliser l’échappée.
Je me retourne souvent pour juger de l’écart. Si bien qu’au début du second tour, à la faveur des premières pentes du GPM, j’aperçois les jaune et bleu qui roulent en tête du peloton. Je décide de me relever : c’est que Bernard juge désormais la situation comme défavorable et qu’il veut qu’on reprenne l’homme de tête, qui compte maintenant plus de deux minutes d’avance !
On roule fort, avalant le reste du contre au passage, le peloton s’étire avec l’aide du vent qui souffle fort sur cette portion très dégagée. Paul se débrouille cette fois très bien tout seul pour récupérer les points au sommet du GPM, les points du second seulement malheureusement puisque Julien Gauthier caracole toujours en tête depuis presque 40 kilomètres. On ne débranche pas dans la descente, et encore moins sur le plat qui nous ramène sur nos pas pour reprendre la même route en direction d’Issoire, dans le sens inverse. On roule fort et régulier, à 4 avec Valentin, Paul et Thomas, Romain bien placé dans les roues.
L’équipe fait plaisir à voir. Je leur demande de lever un tout petit peu le pied aux abords du prochain GPM, que l’on a donc franchi en descente auparavant, et qui est le plus long de la journée. L’homme de tête est en point de mire, et même bientôt à une simple portée de fusil. Dès les toutes premières pentes, il est repris, et c’est bientôt à Romain d’assumer son rôle, puisque Thomas et Valentin s’écarte dès la première attaque.
Romain s’en va sans peine avec son maillot jaune sur le dos, accompagnant ses plus dangereux rivaux au général. Le local Frédéric Vernet semble très fort et déterminé à lâcher Romain mais celui-ci est manifestement dans un grand jour. En second rideau, Paul lui aussi doit faire l’effort pour défendre sa place au général ainsi que son maillot, et surtout accompagner Romain jusqu’au bout. De mon côté, j’accuse un peu le coup de la poursuite, mais il me suffit d’un petit kilomètre pour me refaire une santé. Physiquement, je serais assez fort pour tenter le saut de puce qui me ramènerait à l’avant mais la présence ici de Florent Pereira, le dauphin de Romain au général, me pousse à rester ici pour le neutraliser. Les deux leaders à l’avant, notre situation est parfaite. Je neutralise toutes les tentatives de rentrer à l’avant, comme celles de Julien Banier ou Julien Paraz lorsqu’on approche du sommet. Puis d’un coup, avec l’aide d’un coéquipier, Pereira place une violente attaque dans une petite cuvette, je réagis du tac au tac, ils creusent très vite dans la descente avec moi sur le porte bagage. Ils descendent très bien, je bute sur une moto qui ne s’écarte pas, perds les roues un instant, reviens de justesse à la faveur de deux bons virages en queue de groupe sur le bas de la descente. Ils ont malheureusement réussi la jonction, mais fort heureusement, avec moi sur le porte bagage ! Nous voilà en surnombre à 3 sur la douzaine de coureurs du groupe de tête.
Je remonte vite pour que Paul et Romain remarquent que je suis rentré, et je me place tout de suite devant, puisque c’est forcément à moi de jouer le rôle de l’équipier. Nous voilà de retour sur la partie où ça bordurait sec en début d’étape, mais cette fois-ci dans le sens inverse, et l’interminable faux-plat descendant s’est fatalement mué en interminable faux-plat montant ! Après quelques gros temps morts le second groupe, auquel j’appartenais avant de faire la jonction avec les deux cournonais rentre lui aussi tout entier sur la tête pour former un gros peloton de 25 coureurs.
Le faux-plat devient maintenant une vraie bosse, toujours aussi dégagée et toujours en ligne droite, pour remonter sur les hauteurs du Broc où a été donné le départ deux petites heures auparavant. Landry me prête main forte au début puis s’écarte, et c’est seul que je dois maintenir un bon rythme pour limiter les attaques et montrer à tout le monde que Roanne cadenasse la course. Paul et Romain se tiennent en embuscade, car je ne pourrai pas ramener sur tout le monde. Jérémy Leclerq attaque très sèchement, je le laisse faire sans réagir puisqu’il est classé à 40 minutes au général. En revanche, lorsqu’un coureur de Saint Chély contre un peu plus loin pour aller le rejoindre, je ne sais plus à quoi m’en tenir, alors je hausse un peu le rythme et sur le sommet reçois l’aide de Paul et Romain, Paul qui récupère quelques points au passage. Ca ne redescend pas tout de suite, et d’autres coureurs frais dont Florent Pereira attaquent à la bascule. Cette fois, je laisse Paul rouler, je dois souffler. Je sais qu’on va enchainer très rapidement avec le prochain et dernier GPM, le plus raide, mais lorsque la route tourne brusquement à gauche je réagis avec du retard et fonce tout droit sur la barrière en face ! Paul lui devra carrément faire demi-tour pour retourner sur le tracé. De mon côté, j’ai tourné juste à temps mais je repars à l’arrêt avec un braquet énorme, et dois refaire un effort très violent tout de suite pour récupérer les dernières roues du groupe. Je suis dès le pied dans le rouge et je me bats, je me bats pour garder le sillage de Mickael Brun qui bute lui aussi sur la pente à peine devant moi. J’aperçois Romain qui surclasse carrément tout le monde, avalant les derniers échappés à une vitesse phénoménale, pour basculer seul en tête dans la descente très rapide. De mon côté, je bascule moi aussi avec ce qui reste du groupe, certes en 14-15e et dernière position mais bel et bien dans les roues. La descente est très courte et on retrouve dans la foulée le panneau des 3 derniers kilomètres et la grande nationale toute droite dans les faubourgs d’Issoire, pour rejoindre l’arrivée au centre-ville. Je me retourne un instant pour constater que Paul n’est plus dans ce groupe. Il ne me reste plus grand-chose mais je dois le consacrer entièrement à Romain et à sa protection, il ne reste plus que deux kilomètres à tout donner pour aller chercher les contre attaquants, casser les relais, ne jamais laisser de trous… Je suis toujours à la rupture mais je décourage aussi beaucoup d’attaquants, sans parler de ceux qui sont bien content d’êtres encore là, et ceux qui jouent déjà le sprint à 100%. A la flamme rouge, Romain compte assez d’avance pour s’imposer maintenant à coup sur. Je me replace en second rideau pour récupérer un coup et faire le sprint. Je me base sur les deux plus rapides : Landry et Mickael Brun, ainsi qu’Alexandre Dubest qui semble encore frais. L’arrivée est très particulière puisque tout le dernier kilomètre suit une interminable courbe à gauche, et ça se bat sec pour garder la corde. Plus trop lucide, je remonte tout par la droite pour me retrouver dans la roue de Landry. Lorsqu’il lance son sprint très loin, à 400m, je ne peux pas prendre sa roue et je laisse un trou. Les autres réagissent un peu plus tard, je me bats pour garder ma place, et je passe la ligne en 5e position, derrière l’image magnifique de Romain qui lève les bras en solitaire avec quelques mètres d’avance, maillot jaune sur le dos, et qui récolte là d’un coup deux très belles victoires, celles de la 3e étape mais aussi le classement général, qu’il a écrasé avec des places de 2e, 2e et enfin 1er aujourd’hui sur les trois étapes du Tour d’Issoire.
Seule ombre au tableau, à cause de son inattention au pied du dernier mur, Paul perd sa 5e place au classement général, ainsi que son maillot à pois pour presque rien : Julien Gauthier compte 20 points comme lui, mais ce ne sont que des premières places, il ramène donc le maillot à pois à la maison. Un excellent week-end pour l’équipe encore malgré tout. De mon côté, cette 5e place marque mon meilleur résultat depuis presque trois semaines très médiocres. C’est une petite place, mais qui a quand même une belle saveur avec la victoire de Romain, et après ma longue échappée en début d’étape, ainsi que tous mes efforts en direction de l’équipe jusqu’au tout dernier kilomètre. Il était temps d’enfin aligner de nouveau un petit résultat, qui tombe in-extremis pour reprendre un peu de confiance en vue du Tour du Pays d’Olliergues, qui arrive déjà… Dans moins d’une semaine.