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#13 1.14 Flèche Ardéchoise étapes 2-3
#13 1.14 Flèche Ardéchoise étapes 2-3

#13 1.14 Flèche Ardéchoise étapes 2-3

Etape 2 : Ruoms – Sampzon, 6,1km CLM
Le réveil est difficile le lendemain matin, à 6h. Je rejoins seul avec Vincent le supermarché de Ruoms où est donné le départ, pour un contre-la-montre identique à l’an passé. Je n’ai pas d’ambition, je voudrais juste améliorer ma 37e place de l’année précédente en 12’28. Je m’échauffe consciencieusement, comme d’habitude, puis je me présente au départ serein quelques minutes avant le gong. Le coureur devant moi n’a pas pris le départ. Je m’élance à 8h09, et après seulement quelques tours de pédale, je me relève devant le premier rond point. Le signaleur est allongé sur une chaise et me regarde, béat, lui foncer dessus. Il ne réagit pas. Je prends alors par la gauche puisque la chaussée est déserte et que je considère avoir perdu déjà assez de temps à gamberger. Cet épisode est vite oublié et je me concentre sur mon effort. Je rejoins la longue ligne droite avant le pied du Sampzon. Je sens bien que je ne suis pas dans l’allure. Je suis comme à mon habitude tout de suite limité à l’approche du seuil. Aujourd’hui, c’est particulièrement frappant. Je n’avance pas. Il faut dire que la ligne droite est longue. Je suis presque soulagé par l’arrivée des premières pentes, mais qui ne font bientôt que confirmer ma première impression. Je ne monte pas vite. Je devrais pouvoir pourtant, au moins sur les deux premiers kilomètres, la pente me convient. Mais non, je ne peux pas relancer plus, j’ai encore de la force mais je m’expose à monter dans la zone rouge au moindre excès de confiance. Je gère pourtant bien mon effort puisque je connais le parcours par cœur. Je rattrape pourtant le coureur parti deux minutes avant moi. Mais voilà, je passe la ligne avec un temps de 12’46 soit18 secondes de plus que l’an dernier.
Au classement final, je devrais théoriquement prendre place entre la 60 et la 70e place. Autant dire, une contre performance terrible, déjà que je suis très mauvais contre-la-montre. Je dis théoriquement, puisque je suis classé officiellement dernier à 4’57 du vainqueur. Je ne saurai jamais pourquoi, mais j’imagine que c’est à cause du rond-point pris à gauche, au départ. Le coureur précédent en a pourtant fait de même. Encore une fois, je ne vois pas grande différence à être classé 70e ou dernier. Mais mon honneur commence à en prendre un coup. Je n’ai plus le moral. J’ai envie de rentrer chez moi et surtout pas de repartir cet après-midi. Pourtant, il le faudra bien.
Etape 3 : Voguë – Aubenas, 71km
Le moral n’est pas terrible, après le repas de midi. Au briefing, Vincent nous demande de jouer la carte de Paul et du classement général. Il nous laisse ainsi carte blanche pendant toute l’étape, à condition de se dévouer pour le leader dans les 10 derniers kilomètres. Or, je sais pertinemment que cette étape est taillée pour une arrivée massive et de ce fait, je n’ai plus aucune perspective pour le week-end. J’ai toutefois une chance à tenter, c’est ce que je ferai jusqu’au bout. Un dernier petit incident vient couronner le tout, ma mère est partie avec mon casque après le contre-la-montre ce matin. Je me retrouve donc au départ en retard avec un casque du club.
Le départ fictif est un peu plus calme cette fois puisqu’il ne dure que 500 mètres. Suffisant pour me replacer dans les premiers et ainsi aborder la Fontaine de Cade dans les premières positions. Sur un premier temps mort au pied, je me dis que ce peut être une occasion de sortir si ça se regarde déjà. Je pars fort du pied. Quelques coureurs prennent ma roue, puis c’est bientôt ce que font tous les autres, et me voilà rejoint, puis englué dans la masse, à la recherche d’un second souffle. Le rythme reste calme pendant quelques instants puis s’emballe de nouveau. Je ne peux éviter de rétrograder petit à petit. Je passe le reste de la Fontaine de Cade à me maudire d’être si stupide. Je bascule donc mal placé, et même si je suis plus à l’aise que la veille sur le sec en descente, je ne peux pas remonter grand monde, et me contente de subir les vagues et les cassures. Je profite d’une ouverture une fois en bas pour remonter rapidement à l’avant. De nouveau, tout le long de la route des bouchets, je tente de créer un coup mais cela ne casse jamais. De retour sur la grande route je décide de prendre finalement un peu de repos au calme à l’arrière.
Je cours à l’envers depuis le début, et j’ai déjà gaspillé pas mal de cartouches, combien il m’en reste, je n’en ai aucune idée. Je tenterai de sortir tant qu’il m’en restera. Je remonte finalement me placer au pied de la seconde ascension de la Fontaine de Cade, où je me tiens bien plus tranquille cette fois, je traverse une mauvaise passe. Une chute devant moi sur le sommet n’arrange pas les choses, mais je profite d’une descente rapide pour recoller. En bas, de nouveau, je retrouve l’ouverture pour me placer en première ligne. Quelques mètres avant le pied de la bosse des bouchets, Martin attaque par l’avant, ce que je trouve particulièrement mal joué, juste avant le pied de la bosse. Malgré tout, une ouverture se crée, et je ne peux m’empêcher de répondre par un contre tranchant, dans la pente, pour me jeter seul à sa poursuite à la faveur d’un temps mort.
Là encore, je reste longtemps en chasse derrière, tout le reste de la bosse, un petit kilomètre. J’y laisse des plumes, je dois faire des signes à Martin pour qu’il se relève un peu mais lui ne prend pas ce risque. Je dois relancer fort et faire deux virages très rapides pour retrouver la roue. On s’entend plutôt bien, assez rapidement. La route ici nous est extrêmement favorable jusqu’à Ruoms et il faudra en profiter, car par la suite, on risque de perdre irrémédiablement du temps. C’est ici qu’il faut creuser l’écart le plus conséquent. On nous annonce d’abord 15 secondes, puis 20. La portion plus descendante à l’arrivée sur Ruoms nous soulage un peu. Cette fois, la route s’élargit de nouveau et on se retourne enfin, pour constater que le peloton n’est pas au fond de la ligne droite.
La gestion des relais devient plus limpide maintenant que la route est moins escarpée. J’ai de bonnes sensations mais je suis au seuil, assez bas, et je dois vraiment forcer pour maintenir en permanence de longs relais efficaces sans plage de repos. Dans un premier temps, je pense que Martin travaille un peu plus. Puis lorsqu’on se rapproche de Voguë, et que l’écart est monté à 40 secondes, c’est à mon tour d’être un peu plus motivé. Le long faux-plat de Saint Maurice d’Ardèche ébranle une grande partie de notre avance. Et pour la première fois, le peloton est bien tout près, derrière, à nous fondre dessus. Je n’abdique pas pourtant, je me rappelle qu’une fois repris ma course à moi sera terminée. Je poursuis l’aventure jusqu’à ce qu’on ne puisse plus, juste à l’entrée de Saint Maurice, à un peu moins de 20 kilomètres de l’arrivée.
Pas de regrets, l’aventure était vaine mais c’est ici peut-être le seul et unique fait d’armes de ma flèche ardéchoise 2012 totalement transparente. Désormais dans les roues, tout est plus difficile. Le rythme est plus intense et plus saccadé. Je me ressens de mes efforts sur la trentaine de kilomètres qu’on a passé avec Martin. Je fais pourtant l’effort de remonter dans les 10 derniers kilomètres, pour constater que c’est Valentin qui se charge de la poursuite d’un petit groupe qui semble s’être échappé. Je reste placé. A 5 kilomètres, en remontant, je récupère au passage Thomas et Paul pour former le train jusqu’au final. Quelques coureurs tentent bien d’anticiper un peu. Mais de toute façon, dès la sortie du premier rond-point, je me mets devant et j’impose un train trop soutenu pour permettre les attaques. J’y laisse ce qu’il me reste tout en en gardant un peu au-cas-où. Lorsque je me retourne, j’aperçois Thomas et Paul bien calés, puis une masse assez compacte derrière, très concentrée. J’en remets un poil avant le dernier rond-point, à l’entrée duquel je m’écarte, pour laisser la place à Thomas.
Ma course s’achève ici. Je me laisse rétrograder pour finir la course dans l’et cætera. Au final, Paul ne parviendra pas à creuser d’écart et se fera même déborder sur le sommet du mur. Un relatif échec donc, mais c’était une belle tentative, déjà. Je dois l’avouer, je regrette un peu de n’avoir pu tenter ma chance dans une arrivée taillée pour moi. De toute façon, j’étais à côté de mes semelles tout le long du week-end.