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#11 CNJ Boucles du Canton de Trélon étape 1
#11 CNJ Boucles du Canton de Trélon étape 1

#11 CNJ Boucles du Canton de Trélon étape 1

Après la coupure d’un an l’an passé et le Tour de la communauté de communes des Trois Rivières, c’est de nouveau les Boucles du Canton de Trélon qui ouvrent le challenge national junior. Pour représenter le Rhône Alpes, je suis accompagné de mes coéquipiers Romain Faussurier et Paul Sauvage, ainsi que de Dorian Lebrat, Pierre André Anizan, Alexandre Paccalet, Benjamin Jasserand et Loic Rolland. De mon côté, l’objectif est de joué placé pour confirmer ma performance d’il y a deux semaines au niveau national. Je mets un pied dans l’inconnu puisque je n’ai jamais réussi vraiment une course de ce niveau. Il faudra se faire mal pour enfin passer ce palier qui me manque, mais dont je me sais capable.
La première épreuve est un contre-la-montre de 12 kilomètres autour de Baives dans l’extrême sud du département du Nord, à moins d’un kilomètre de la Belgique. Autant dire, un sacré dépaysement, je n’ai jamais mis un pied dans cette région. J’ai en revanche bien reconnu le parcours la veille avec l’équipe, je connais bien les virages et je sais déjà quel braquet adopter à quel endroit, comment gérer mon effort et comment je dois me préparer avec précision. Je commence par un tour de circuit tranquille à froid une fois arrivé sur place. Je me remémore le parcours et les trajectoires avec précision, je conforte les automatismes. Je me change puis me repose pendant une petite heure, avant de reprendre sur le home trainer une grosse heure avant mon départ. Un gros échauffement très progressif au programme, avec beaucoup de travail à haute intensité, puisque je n’ai que ce chrono au menu du jour.
16h, Il est temps de rejoindre le balai des commissaires, la feuille d’émargement et la rampe de lancement. Puis enfin, à 16h09, il est temps de la quitter.
Tout commence pourtant ici. Difficile, dans l’euphorie du départ et d’un premier faux-plat montant, de se convaincre d’être parti pour un effort de 16 minutes. Je sais pourtant exactement comment je dois négocier mon départ. Je me suis beaucoup échauffé, je suis explosif, je dois pouvoir gagner du temps ici. La première petite bascule fait du bien, j’ai peut-être couvert le premier kilomètre… Il va falloir conserver ce rythme jusqu’au premier changement de direction où je pourrai souffler un peu. Je retrouve un meilleur bitume, et avec, une nouvelle partie légèrement montante. Je conserve un rythme soutenu mais les toxines commencent à monter petit à petit, alors que le coeur lui, bat déjà à son maximum. Cette ligne droite paraît interminable. Je m’interdis de monter en danseuse jusqu’à la voiture d’Alex et son appareil photo. A la demande d’Emilian Broë derrière, je resserre les bras, je me reconcentre sur ma position.
Juste avant le rond-point, la pente se radoucit un peu, je me concentre sur ma trajectoire puis sur ma relance, je prolonge l’effort, et enfin, je relance de nouveau la machine au début de cette nouvelle portion descendante, première occasion de souffler un peu.
Avec le recul et maintenant que je dispose de tous les temps intermédiaires, je sais qu’ici je suis dans l’allure des 25 premiers, ce qui était prévisible. En revanche, je ne suis pas suffisamment véloce pour continuer sur le même rythme sur cette partie descendante, d’autant plus que je suis parti un tout petit peu au-dessus du seuil et que la partie la plus exigeante arrive ensuite. Je saute le rond-point proprement, comme à l’entrainement. Je profite des derniers mètres de descente, je coupe bien les trajectoires comme me le demande Emilian dans la voiture. Petit à petit, la route se redresse. Ici encore, je m’interdis de monter en danseuse avant le sommet car je sais ce qui va s’enchaîner. Voilà venir l’épingle à droite, et après un virage correct, je prends une rafale de vent en pleine face. Je m’y attendais bien pourtant, mais c’est finalement plus une rafale de toxines qu’une rafale de vent qui m’assome : je devais monter tout en danseuse jusqu’au sommet, je me rassois une première fois, une seconde : je craque.
Mais je ne dois pas être le seul. Je me demande comment les autres sont passés et passeront ici, je me dis que ceux qui feront la différence ici seront vraiment fort ou que plutôt décidément, je suis drôlement mauvais en contre-la-montre. Je passe au niveau de l’intermédiaire, déjà plus dans des temps qui me correspondent, autour de la 60e position. Je peux enfin de nouveau reposer quelques secondes dans les portions descendantes, le vent se fait un peu moins sentir dès lors que l’on passe près des maisons, le long des haies ou dans de petits bosquets. Me voilà dans la traversée de Wallers en Fagne, je passe à la hauteur du radar : le petit bonhomme a le sourire jusqu’aux oreilles puisqu’il m’enregistre à 46km/h, soit exactement comme hier au même endroit alors que je repérais simplement les virages… Saloperie de chronomètre.
Emilian derrière sait me rebooster pour aborder la partie finale, que je maîtrise un peu mieux. Voilà maintenant la seule partie plate du parcours, que je négocie à un rythme régulier exactement à mon seuil. Le vent se fait un petit peu moins hostile. Je tente de ne pas m’endormir, j’ai fait le plus dur. Jusqu’à maintenant, tout s’est plutôt bien passé. Arrive peut-être la partie qui me convient le mieux même si au niveau de la gestion de l’effort, le temps commence à être long… Voilà enfin la petite bosse du parcours, une ligne droite stricte, sur 400 mètres, avec une petite partie au couvert des bois, que je décide d’aborder en puissance sur le plus longtemps possible. Rester assis, encore un petit peu jusqu’à la hauteur du panneau 3 kilomètres. En danseuse maintenant. Je peux monter en i5 jusqu’en haut puisque je bascule maintenant dans une courte descente, que le virage à l’équerre en bas me permet d’aborder presque en roue libre. Je me concentre sur la trajectoire idéale. Je ne passe pas parfaitement mais déjà, je relance et j’enroule de nouveau le 15 dents, maintenant que le vent est de nouveau favorable.
Il reste deux kilomètres à tenir, de plat, plus question de garder des forces. Je ne peux pas rouler au-dessus du seuil, même si je me force un peu. J’ai terriblement hâte qu’on en finisse, il ne me reste plus grand chose, je suis à la limite de l’asphyxie. La flamme rouge n’arrive que maintenant… Je commence presque déjà à sprinter. Le final arrive très vite, avec un premier croisement à gauche, puis une petite enfilade de virages dans l’entrée du hameau de Baives et c’est déjà le pied de la petite bosse finale, à 200 mètres de la ligne. Je monte au punch comme je sais le faire, avec ce qu’il me reste. La ligne tarde à arriver… Et voilà.
Enfin, d’un coup, je peux couper l’effort. Je suis déçu intérieurement lorsque je réalise que la souffrance ne s’arrête pas avec l’effort. Mes poumons tournent encore en surrégime pendant une grosse minute. Je prends une veste, un coupe vent lorsque je reprends mes esprits, et je tourne la tête vers demain, avec une petite décontraction au calme pendant 10 minutes qui fait drôlement du bien.
Pour rendre compte au mieux d’un contre-la-montre comme celui-ci, il faudrait pondre un gros bloc de 50 lignes sans ponctuation ni saut de ligne, car c’est un peu à ça que revient la gestion d’un contre-la-montre, on prend une grande respiration au début, on donne tout en apnée pendant un quart d’heure, et on peut reprendre son souffle seulement la ligne franchie.
Mon temps final de 16’28” me classe à la 60e place, je ne peux pas vraiment m’en plaindre dans la mesure où j’ai tout, tout, tout donné. Je n’aurais pas pu faire 5 secondes de mieux. J’ai géré à la quasi perfection avec la caisse que j’avais, qui ne sera jamais suffisante pour maîtriser un contre-la-montre. J’aurai beau travailler dur mon seuil à l’entraînement, je pense que cette place sera très difficile à améliorer par la suite à ce niveau en contre-la-montre. Ce n’est pas très important, ce qui l’est vraiment, c’est ce qui se passera demain.
1. Fabien Grellier (Pays de Loire) J2 les 12 km en 15’40.72 (moy. 45,957 km/h)
2. Elie Gesbert J1 (Bretagne) J1 à 1″
3. Maxime Piveteau (Pays de Loire) J2 à 4″
4. Mathias Le Turnier (Aquitaine) J1 à 7″
5. Romain Faussurier (Rhône Alpes) J2 à 10″