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oct 22 2017

Tour de Nouvelle-Calédonie 2017


Je reviens du 47e Tour de Nouvelle-Calédonie, auquel j’ai participé au sein de l’équipe Moducal, composée d’Enric Lebars, un breton habitué du Tour, ainsi que Laurent Barra, un triathlète tahitien. Lors de mes deux précédentes participations, en 2013 et 2014, j’ai accumulé beaucoup de bons souvenirs, dont la victoire au classement général avec le calédonien Thierry Fondère en 2014, mais j’ai aussi laissé une tâche inachevée, avec des places de 9e, 8e, 7e, 5e, 4e, 3e, mais les deux premières m’ont toujours échappé. Je revenais donc cette année pour corriger cette anomalie.

Les trois premières étapes ont été courues pour la première fois sur l’Ile d’Ouvéa, dite « l’ile la plus proche du paradis ». Nous avons ratissé de long en large les quelques routes de l’île (qui mesure 40km de long) avec une étape en ligne, un chrono et une seconde étape en ligne.

Sur la première étape, j’ai réalisé le début de course parfait avec mon coéquipier Enric Lebars, présents tous les deux dans une échappée de 14 costauds. Nous avons creusé un écart de 2’30 sur les premiers poursuivants et placé nos pions pour le classement général. Cependant, à 500 mètres de l’arrivée, alors qu’Enric me ramenait sur Victor Lafay qui était sorti au kilomètre et que je déboitais pour lancer mon sprint, j’ai été victime d’un saut de chaîne qui m’a projeté à terre à 50 kilomètres par heure. J’ai terminé l’étape complètement sonné, en 14e position, replacé dans le temps du vainqueur mais avec de nombreuses plaies à traîner pendant les 9 jours de course restants.

Les vélos n’étant toujours pas arrivés à l’heure du départ du contre-la-montre, le départ de celui-ci a été décalé de 20 minutes. Je me suis donc présenté sur la rampe de lancement 18 minutes après mon heure de départ… Pour apprendre que j’étais déjà parti depuis une minute trente. En réalité, le départ n’avait été décalé non pas de 20, mais de 17 minutes. J’ai limité la casse malgré les plaies et le coup dur pour perdre bêtement 3’30 au classement général.

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Enfin, sur la troisième étape, les jambes étaient toujours excellentes mais je n’ai pas eu le bon timing et ai laissé partir l’échappée victorieuse de 7 coureurs. Je me suis classé 13e de l’étape au sein du peloton, avec un nouveau débours de près de 2 minutes sur la tête.

Après avoir visité Lifou (2013), Maré (2014), j’ai eu la chance de participer une troisième fois au Tour lors de son premier passage à Ouvéa, la troisième des îles Loyauté. La population de l’île est d’environ 5000 habitants, et tout le monde se connaît. Un sacré écart avec la vie à Tokyo. Toute l’île s’est pliée en quatre pour nous proposer un accueil irréprochable. Et au-delà de la course, anecdotique au final, je retiendrai surtout de magnifiques moments d’émotion devant la beauté des lieux, la gentillesse des gens ou l’humanité des coutumes locales. A titre d’exemple, je peux citer l’anecdote de mon retour du dispensaire, après m’être fait refaire les pansements par les médecins de l’île. Le dispensaire se trouvait à un kilomètre de notre case, un peu en contrebas de l’axe principal. Je voulais faire la route à pied, mais tous les cent mètres, une voiture s’arrêtait pour me proposer de monter. Je refusais poliment, progressais de nouveau 50 mètres et une nouvelle voiture s’arrêtait. Ce schéma s’est reproduit plus de dix fois jusqu’à ce que je tourne dans la propriété de mon hôte un kilomètre plus loin.

De retour sur la grande terre, après une journée de transfert, les sensations ont été catastrophiques, à cause d’une nuit blanche suite aux douleurs de la chute. J’ai laissé passer le premier jour dans le peloton, puis suis reparti de l’avant le lendemain sur l’étape la plus longue du Tour. Enric a pris le bon coup les deux jours et s’est replacé jusqu’en 2e position du classement général, pendant que j’étais toujours à contretemps avec des sensations correctes mais moins bonnes qu’à Ouvéa. Après la 5e étape, je pointais à la 16e position, pendant qu’Enric était remonté 2e. Le lendemain, je parviens enfin à prendre l’échappée, mais nous ne sommes que trois, et alors que nous avions creusé les 30 premières secondes, les plus dures, les favoris du classement général ont décidé de passer à l’offensive dans le seul GPM de la journée. Repris en pleine montée, j’ai dû laissé partir Enric et 5 autres coureurs pour me contenter d’une place dans le groupe de contre, au sein duquel figurait le maillot jaune. Enric, en s’octroyant 1’40 d’avantage sur nous, a récupéré le jaune !

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Sur la 7e étape, la première étape de cols, Enric est parvenu à prendre un coup d’avance d’entrée en intégrant un groupe d’une dizaine de coureurs sans ses principaux adversaires. Mais ceux-ci ont évidemment réagi et dès les premiers reliefs ils faisaient le saut vers l’avant. Je suis revenu à mon tour quelques kilomètres plus loin et nous avons abordé la portion la plus difficile avec un gros groupe de tête, qui s’est réduit avec la pente. De mon côté, les jambes étaient bonnes, et je pensais pouvoir passer les difficultés. Mais dans une descente, Danès et Brenterch, 2e et 4e du classement général ont pris quelques mètres d’avance, et en voulant boucher le trou tout de suite, je me suis fait contrer dans la montée suivante. Je me suis arraché pour basculer avec Enric, mais j’ai fait tomber ma chaîne au moment de basculer dans la descente suivante. Le groupe de tête augmentera son avance pour compter jusqu’à 1’40 à l’arrivée… Et Enric de céder son maillot à Léo Danes pour 8 secondes. Si j’avais pu basculer avec lui, la situation aurait peut-être été différente… Je nourris de gros regrets sur cette étape.

La chance n’a pas tourné le lendemain, puisque de retour à l’attaque, j’ai encore une fois raté la bonne échappée de 5 coureurs. Je me suis décidé à jouer le sprint pour la 6e place, afin de rentrer au moins une fois dans le top 10, mais catastrophe, j’ai été victime d’une deuxième chute à vive allure dans un virage rempli de gravillons. Cette fois, c’en est trop, et sur le coup, j’ai également cassé ma patte de dérailleur et mon dérailleur. J’ai dû courir le contre-la-montre de l’après-midi sur un mulet avec du matériel cassé.

Le lendemain, ni le corps ni la tête n’y étaient plus, et sur un mulet mal réglé sans pouvoir me mettre en danseuse ailleurs que sur le plus gros pignon, j’ai terminé à 50 minutes en haut de la mine de Thio. Le lendemain, n’ayant plus rien à gagner et n’étant plus capable d’aider Enric au classement général, j’étais non partant pour bien récupérer avant la fin de saison. Mais pendant que je me reposais, notre kiné m’a appris le décès de Mathieu Riebel, un concurrent de l’équipe Shell Pacific, dans une descente du début de l’étape. Mathieu, 20 ans, ancien champion de France junior de l’américaine, a percuté de plein fouet une ambulance en contresens du parcours.

Le Tour s’est donc arrêté là et la dernière étape s’est résumée à une longue parade en la mémoire de Mathieu vers le vélodrome de Magenta, à Nouméa. La journée a été très difficile, encore assommé par la nouvelle, et le corps encore lourdement endommagé par les deux chutes de la semaine. Je suis revenu au Japon hier, bien content d’échapper à cette fin de séjour cauchemardesque, malgré que j’aie tout de même passé deux semaines très agréables avec des amis toujours très sympathiques et qui m’ont accueilli comme un prince. Je suis simplement déçu que les choses aient pris cette tournure dramatique, et mesure bien que ma petite malchance temporaire n’est que peu de chose face à ce qu’elle restera à jamais pour Mathieu.

Il me reste deux courses importantes avec mon équipe au Japon. Afin que ces efforts ne soient pas vains, je veux profiter de ma condition pour enchaîner sur deux belles performances avant de préparer la saison suivante avec mon équipe. Je vous remercie pour les messages pendant le Tour, et tout va bien après mes deux chutes, il suffira d’un peu de temps pour cicatriser.

1 Commentaire

  1. guillet alain

    Tom bravo de tes commentaires malgrés tes chutes très bons résultats
    grosses bises alain et colette

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