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oct 05 2016

Cape to cape : Takayama et le Mont Norikura

La suite de notre voyage nous a dirigés vers le sud, et nous avons quitté la péninsule de Noto pour les montagnes du centre-Japon. Le coeur, et le véritable défi de notre périple de 9 jours. En deux temps : d’abord, une longue étape marathon de 170 kilomètres. Pour un coursier comme moi, c’est une formalité, mais pour nos clients, c’est un véritable défi : pour certains d’entre eux, il s’agissait même de leur record de distance. D’autant plus que, la couleur est annoncée d’entrée de jeu : en quatre ans d’existence de ce parcours, et plus de dix éditions, aucun groupe n’a encore couvert l’itinéraire complet jusqu’à l’arrivée. Le second temps était une grimpée sèche du plus haut sommet du Japon, le Mont Norikura et ses 2800m d’altitude.

Jour 4 : Wakura Onsen – Takayama, 170km

Afin de se donner toutes les chances de conduire l’itinéraire jusqu’à son terme, nous avons avancé le départ à 7 heures du matin, ce qui signifiait un lever à 5 heures 45 pour les guides. Avec l’accumulation de la fatigue, j’avais besoin de me coucher plus tôt et de dormir plus longtemps que d’habitude pour récupérer. Or avec le travail en dehors du vélo et la rédaction de divers articles je n’avais pas la moindre minute pour faire quoi que ce soit d’autre. Les 100 premiers kilomètres tout plat nous emmenaient d’abord au sud de la péninsule de Noto, ou nous retrouvions les terres et la grande ville de Toyama. Nous avions préparé une feuille de route à respecter et réduit les arrêts de nos clients au minimum, et nous avons ainsi finalement atteint le pied des montagnes en temps et en heure.

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C’est à ce moment que la pluie a commencé à tomber. Tout le monde était encore frais, mais au moment où l’on terminait d’habitude notre étape, aujourd’hui les efforts commençaient. Il nous restait à parcourir 70 kilomètres et un col, sur une petite route étroite, qui nous emmenait jusqu’à 1200m d’altitude. Les écarts se sont rapidement creusés entre les plus faibles et les plus solides, mais tout le monde commençait à plier les ailes. Mon rôle consistait à accompagner la tête, et à me laisser décrocher de temps à autre pour m’assurer que tout aille bien derrière également. Une longue série de fractionné, en d’autres termes.

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Mais plutôt que la montée, longue et régulière, c’est surtout la descente, courte et extrêmement raide, sur un revêtement très médiocre et souvent recouvert de mousse, qui nourrissait mes inquiétudes. J’ai laissé le coureur de tête une fois que je le savais prudent et en compagnie d’un GPS suffisamment chargé, pour m’occuper des deux coureurs suivants. Notre groupe s’est reconstitué en fin de descente et nous avons appris que notre homme de tête avait fait la rencontre de quinze sangliers qui ont traversé la route derrière lui.

Avec 140 kilomètres au compteur, nous avons basculé dans la vallée de Takayama, de l’autre côté des montagnes. À cet instant, nous ne donnions pas cher de la peau des autres clients, probablement encore dans la descente. Transis par la pluie et la longue portion de roue libre, nous avons rallié l’arrivée avec ce qu’il restait de force.

Sans transition, je me suis attaqué au lavage des vélos, et les trois autres éléments sont finalement arrivés ensemble une demi-heure plus tard, à la tombée de la nuit ! Pas d’abandon, et une journée épique qui restera dans la mémoire de nos clients.

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Jour 5 : Takayama – Norikura, 83km

La ville de Takayama, surnommé « Petite Kyoto », déborde de temples et de bâtiments historiques. Je l’ai d’abord constaté le soir : j’ai pris l’habitude, dans les grandes villes où nous sommes hébergés dans des hôtels de style européen, de découvrir la ville depuis le toit de l’hôtel, où se trouvent les bains chauds traditionnels. Puis le lendemain matin, avec une ballade dans les rues de la vieille ville. Les maisons, majoritairement en bois, ont été construites 200 ans plus tôt. Lors de notre détour par le marché, je me suis trouvé nez à nez face à deux vieilles femmes essayant de prononcer « madame de Pompadour » comme il était écrit sur leur boîte de pâtisserie. Je suis intervenu pour leur expliquer la prononciation et la signification du mot, et ai été grassement remercié.

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La seconde étape de « haute montagne », et c’est peu dire, n’empruntait qu’une montée, la route Norikura Skyline. Mais quelle montée : de 500m d’altitude, à Takayama, l’asphalte s’élevait progressivement et graduellement jusqu’à 2800m d’altitude et le sommet routier du Japon, le Mont Norikura. Les premiers kilomètres ne laissaient rien présager du géant à venir, dans les champs de blé, à l’écart de la route nationale. Les premiers signes ont commencé à apparaître lors de notre pause au 20e kilomètre, devant un magasin de tofu traditionnel. Loi au-dessus de nous, nous pouvions apercevoir la route, dans l’arrière plan, deux kilomètres plus haut.

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La pente s’est lentement inclinée et les écarts se sont de nouveau creusés. En tête de cortège, nous avançions déjà lentement, surtout une fois que nous avons délaissé la grande route de Matsumoto et son tunnel pour emprunter l’ancien col routier, pied du géant Norikura (à déjà 1750m d’altitude !). Nous avons atteint le col à notre rythme, et après plus d’une quinzaine de minutes, le second client n’arrivait toujours pas.

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Je suis redescendu jusqu’à deux kilomètres plus bas et ai trouvé nos invités éparpillés avec de grands écarts, une grande partie d’entre eux plantés à quatre kilomètres par heure ou à pied à côté de leur machine. Une fois arrivé au col, l’un d’entre eux – un médecin australien – a vomi l’ensemble de ses tripes avant de s’allonger par terre. À ce moment, je ne donnais pas cher de nos chances de finir au complet la journée d’aujourd’hui, au regard des quatorze kilomètres et des mille mètres verticaux qu’il nous restait à gravir.

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Finalement, après s’être trouvés face à face avec un groupe de canadiens qui connaissaient certains de nos clients et effectuaient exactement le même voyage en sens inverse, tous les coureurs se sont élancés un par un, une fois leur pause consommée. Le van ne pouvant les accompagner sur la route privatisée, ils ne disposaient que d’une demi-heure pour faire éventuellement demi-tour, avant que le véhicule ne prenne une autre route pour rallier l’hébergement sur l’autre versant. J’ai rapidement rejoint la tête. Tous les trois-quatre kilomètres environ, je redescendais en queue de groupe, puis en milieu de groupe, parfois encore un kilomètre et demi plus bas, puis je refaisais mon retard, en les encourageant.

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Plus nous nous sommes élevés, plus les écarts se sont creusés et plus la végétation s’est faite rare. Nous avons commencé à prendre de l’ampleur vis-à-vis des montagnes environnantes. Le magasin de tofu, lui aussi, était peut-être visible au loin. Une fois assuré que tout le monde se portait à peu près bien, je suis resté avec la tête, profitant des paysages désertiques du sommet. Au Japon, la végétation est dense jusqu’à 2200m environ, contre 1500m pour la France, ce qui fait que ce genre de paysage est rare dans ce pays. Finalement, avec presque 45 minutes d’écart entre les premiers et les derniers, tout le monde est de nouveau parvenu à rallier l’arrivée et nous avons mangé ensemble dans le village d’altitude avant de redescendre.

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Il nous restait alors 20 kilomètres de descente à parcourir pour rejoindre notre hébergement, un Ryokan traditionnel avec un Onsen naturel, totalement blanc à cause du soufre qu’il contient, connecté par un long tuyau de plusieurs kilomètres à la source la plus proche. Puisque nous étions à tres haute altitude, et sur le versant sud-ouest, la végétation avait déjà pris les couleurs de l’automne, très marquées au japon (紅葉, kouyou).

La moitiée de notre traversée du Japon désormais effacée, nous allons nous diriger maintenant vers le Mont Fuji, dont nous devrions apercevoir les contours dès le lendemain, puisque nous atteindrons la ville de Fujimi (富士見, littéralement « vue sur le Mont Fuji).

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