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fév 25 2016

Comment j’ai pu m’adapter au Japon si vite et si facilement

Je vis maintenant au Japon depuis bientôt six mois. J’ai connu une adaptation assez extraordinaire. Grâce au cyclisme, je connais la région mieux qu’une bonne partie des locaux, j’ai déjà des amis à plusieurs endroits de l’île. Je parle la langue naturellement, je suis capable d’écrire des textes assez riches et je lis plus de la moitié de ce que je trouve. Parmi l’ensemble des étudiants internationaux de l’université, je suis sans doute de loin celui qui a connu l’adaptation la plus rapide. Mon expérience du haut-niveau n’y est pas anodine et j’ai appris des choses très intéressantes sur moi-même, l’être humain, la façon d’apprendre et de s’adapter à une situation et il me semble intéressant de les partager. Aujourd’hui, je vais donc parler, au-delà du cyclisme, de ma vie au Japon et de mon contact avec un monde qui semble impénétrable pour une grande partie des Français. Combien de fois m’a-t-on demandé de mes nouvelles de Chine où je n’ai jamais mis les pieds…

La première raison de cette adaptation, c’est d’abord mon amie, que j’ai rencontré pour la première fois… Le lendemain de mon arrivée. Elle est ma porte d’entrée sur le Japon, et c’est d’abord grâce à elle que je progresse aussi vite et que je m’y sens à l’aise. Ce n’est pas facile pour tout le monde. Après un semestre, plusieurs étudiants ont traversé des épisodes de dépression. Le Japon est un pays donc la culture est extrêmement lointaine et peu poreuse avec la culture occidentale qui nous abreuve chaque jour. D’abord parce que la culture traditionnelle, extrêmement riche et abondamment fantasmée, lui apporte une identité très forte et une histoire relativement séparée du reste du monde. Il faut rappeler que pendant plus de 200 ans, entre 1641 et 1853, la politique d’isolation du Japon l’a entièrement coupé des échanges culturels. Ensuite parce que la langue constitue un rempart important, et que trop peu de passerelles offrant une confrontation directe existent. Pourtant, nous avons énormément à apprendre du Japon. La sensation de vivre dans le futur, qui m’a marquée à mon arrivée, n’a pas disparu. Sur une grande majorité de domaines, la France m’apparaît désormais incroyablement dépassée et peu évoluée et comprendre le Japon est pour moi un atout énorme dans la vie future de ce point de vue là.

La seconde raison, c’est que je me suis énormément investi dans le monde qui m’entoure en suivant les principes que je me suis forgé au contact du haut-niveau : le travail, la curiosité, la passion, l’empathie. Le vélo m’a beaucoup aidé à cet égard. D’abord, mon expérience du haut-niveau, qui m’a donné la rigueur et la technique dans l’apprentissage. Ensuite, mes sorties d’entrainement, dont je parlerai dans un billet plus détaillé, qui sont désormais bien davantage qu’un seul travail physique, mais surtout une ouverture incroyablement riche sur la culture et le territoire. Plutôt que de me faire perdre du temps, mes entraînements m’ont rendu la vie plus facile. Sur le plan du travail, j’ai d’abord la chance d’avoir des facilités scolaires, mais surtout, j’ai adopté une grande technique. Si la seule mise en pratique aide beaucoup, même au quotidien avec ma copine, elle n’est pas suffisante pour progresser très vite : il faut apprendre du vocabulaire, intégrer la grammaire. Pour ce faire, j’utilise d’abord les nouvelles technologies, avec des feuilles de révision informatisées dans mon téléphone, une feuille et un crayon pour mémoriser et écrire les Kanjis. En 6 mois et sans y consacrer tout mon temps, j’ai maîtrisé plus de 800 kanjis, me permettant de savoir lire la moitié environ de ce que je lis. Ensuite, j’ai compris quelque chose de fondamental sur le cerveau humain : il construit son savoir sur la base de ce qu’il connaît déjà. Traduit plus concrètement, apprendre un Kanji est un jeu d’enfant si on l’apprend dans un mot que l’on connaît déjà, et vice-versa. On se construit ainsi sa propre construction de la langue, et on parvient à se l’approprier de façon personnelle. Cela n’est possible qu’avec une grande écoute du monde et des gens qui nous entourent, et ce principe est valable pour toutes les choses de la vie.

Il me reste encore six mois d’apprentissage, et je suis curieux de savoir jusqu’où cette méthode et cette façon de vivre peuvent me mener. Les résultats me confortent dans mes convictions. Tout est question d’effort, d’humilité et d’ambition. Il faut de la rigueur et de l’énergie dans ce que l’on entreprend, savoir se mettre à la place des autres et se remettre en question, et considérer son but comme acquis en ne se consacrant que sur le processus pour l’atteindre. J’encourage tous ceux qui ont envie d’apprendre et de réaliser quelque chose à suivre ces principes…

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