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jan 02 2016

L’histoire du karaoké-hôtel

J’ai passé Noël à Hakuba, la petite ville de sports d’hiver qui a accueilli les épreuves de descente des jeux olympiques de Nagano. Mais ce que je veux vous raconter s’est passé au retour de ce petit voyage. Nous étions quatre, et devions relier Hakuba à Nagano en navette, puis Nagano à Shinjuku en bus pour arriver le lendemain aux alentours de six heures du matin. Il était environ dix-neuf heures quand nous nous sommes rendus compte que la dernière navette était partie une heure plus tôt. Si l’on voulait arriver à temps pour prendre notre bus retour, il ne nous restait plus que deux solutions : le train, avec deux correspondances dont un Shinkansen pour 45 kilomètres ; ou le taxi. Après calcul, à quatre, notre choix s’est porté sur le taxi. Je ne pensais pas prendre un jour le taxi au Japon, qui est l’un des plus chers du monde. Le chauffeur avec lequel on est monté nous a taillé la bavette pendant tout le trajet. Nous sommes arrivés à Nagano cinquante minutes et 14 500 yen plus tard, aux alentours de 22h40, sur le parking de la gare routière où plusieurs bus étaient alignés. Le temps de se brosser les dents dans les toilettes de la gare, et nous avons pris la direction de la station routière. Mais voilà, il n’y avait plus de bus et pour cause, pour la seconde fois d’affilée, nous nous sommes trompés dans l’horaire. Il ne partait pas à 23h30 comme nous l’avions pensé, mais au contraire à 22h50. Il est fort à parier que le nôtre faisait partie de ceux devant lesquels nous sommes descendus quelques minutes plus tôt, et que parmi les passagers que nous avons regardé embarquer à ce moment-là, se trouvaient ceux qui auraient dû s’asseoir à côté de nous.

L’entrain s’est transformé en détresse dans le parvis glacé et silencieux de la gare de Nagano, et pour cause, nous étions coincés sans argent, sans toit et sans bus retour dans une ville où aucun de nous n’avait jamais mis les pieds. Nous nous sommes renseignés à la gare : pas de train ; nous avons cherché sur le peu d’internet qui nous restait : pas d’hôtel abordable ; et nous avons regardé autour de nous : pas d’endroit fermé où dormir sans courir le risque de virer sorbet. Nous avons donc commencé à marcher, pour au moins garder active la circulation sanguine de plus en plus pénible et ouvertes les paupières de plus en plus lourdes. Au Japon, les rues sont d’une propreté irréprochable et absolument sures, même au plus tard de la nuit. À force de passer devant, c’est au bout d’une petite heure environ que nous avons finalement eu l’idée d’entrer dans le bâtiment du Karaoké. Nous avons acheté quatre entrées, commandé chacun la boisson obligatoire que nous n’avons pas bue, puis une fois certains que le serveur ne reviendrait plus, nous avons coupé l’électricité, déplacé les sofas et enfoncé les boules-quiès.

Si un jour, vous vous perdez au Japon, et que vous n’avez nulle part où dormir, pensez au karaoké. Les voisins sont en général assez bruyants, mais vous pouvez passer la nuit au chaud pour moins de neuf euros, boisson comprise.

1 Commentaire

  1. JACQUES BARTHEL

    Hélas, souvent on apprend à son détriment mais avec le temps ça se transforme en élément positif et le côté galère disparait. Bonne continuation Tom

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