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nov 28 2015

Voyage à Kyoto – étape 1 : Tokyo – Iida

Le départ

J’ai quitté le dortoir comme pour chaque entrainement. J’avais du mal à me représenter que je partais pour 550 kilomètres, encore plus à réaliser ce que cela signifiait. Un petit quelque chose me laissait pourtant entendre que cette journée n’était pas comme les autres : pas un nuage à l’horizon, et luminosité exceptionnelle pour un samedi de fin novembre à neuf heures du matin. L’axe le plus rapide qui mène vers les montagnes, jusqu’au pied du Mont Takao, me paraissait être une autre route que d’habitude, alors que je l’emprunte au moins toutes les semaines. J’ai rapidement compris que le bon dieu du voyage (comme je me plais à appeler Fuji-san, car on le voit de presque partout par ici) était avec moi. Sans doute parce que j’en ai payé le prix mercredi, lorsque j’ai dû rebrousser chemin dans mon expédition vers Nikko à cause de la pluie continue. Au sommet du petit col qui relie Takao et Tokyo à la plaine de Uenohara, qui offre habituellement le plus beau point de vue du coin sur Fuji-san, j’ai eu droit à l’image la plus dégagée depuis que je suis arrivé au Japon.

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Le passage au col qui se trouve au pied du Mont Takao. Il propose l’un des meilleurs points de vue sur le Fuji dans les alentours de Tokyo.

Piégé par la nuit

230 kilomètres étaient au programme du jour. En partant à 8 heures 45 du matin, je ne me suis pas laissé beaucoup de mou avec la tombée de la nuit. Au Japon, pour une raison qui m’échappe totalement, le soleil se couche curieusement tôt (en réalité, c’est plutôt l’homme qui se lève curieusement tard), ce qui assez incommodant pour les cyclistes (aux alentours de 16 heures 45 en ce moment, 18 heures au mois de juin). Contrairement aux autres jours, j’avais donc une contrainte de temps assez importante. Je ne me suis pas autorisé beaucoup de digressions, mais à j’ai pris du retard à cause d’un vent de face terrible dans un faux-plat montant de 60 kilomètres entre Koufu et Chino. Sur cette distance, j’ai dû progresser à moins de 20 kilomètres/heure malgré 160 pulsations par minute de moyenne, pénalisé et par mon poids, mon non-aérodynamisme et mon manque de condition. J’avais pensé terminer la dernière demi-heure de nuit mais puisque le retour était tout en descente, elle a commencé à tomber alors qu’il me restait pas moins de 85 kilomètres. J’ai donc couvert les 40 derniers kilomètres en train, entre Ina et Iida, ma destination, après tout de même 200 kilomètres, mais avec un peu de regrets.

Les vallées du centre-Japon

En région montagneuse, si les montages sont presque toutes immaculées (il m’a fallu contourner l’ensemble de la chaîne des Alpes Japonaises, qui présente les seconds sommets les plus hauts après le Mont Fuji, car aucune route les traverse, ce qui m’a imposé un détour d’environ 80 kilomètres), les vallées sont en revanche hyper développées. Il n’y a sans doute pas beaucoup plus d’habitants que dans certaines vallées françaises, mais en revanche, les villes sont beaucoup plus vastes : à l’exception de la zone la plus au centre souvent organisée autour de la gare, on n’y trouve presque que des maisons individuelles ou des petits HLM très bas. La zone urbaine formée par les villes de Yamanashi (du nom de la préfecture), Koufu et Minami Alps, ainsi que d’autres villes plus modestes, s’étend sur plus de 30 kilomètres presque sans interruption. On y aperçoit d’ailleurs incroyablement bien le Mont Fuji, qui se dresse à peine quarante kilomètres au sud. Je me suis permis un petit détour en montant sur le contrefort de la colline, qui m’a permis de prendre cette photo.

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La ville de Koufu s’étend sans interruption entre avec Yamanashi et Minami Alps. Les alpes Japonaises sont la chaîne de montagne de droite, pendant que le Fuji, que l’on aperçoit pas ici, s’élève juste à gauche de la photo.

Comment je gère l’aspect physique

J’ai été prudent dans la première moitié en me fixant un seuil aux alentours de 160 pulsations par minute, que j’atteins très rapidement et qui est critique pour moi car je dois faire avec un gros manque de travail intensif. Je n’ai cependant pas eu d’autre choix que de casser ce plafond dans la deuxième moitié, à cause d’un gros vent de face. Pourtant, à ma grande surprise, je ne l’ai pas payé. Je termine avec huit heures de selle et 200 kilomètres, mais je ne suis pas fatigué outre mesure. D’une part parce qu’on dirait bien que l’endurance se perd moins vite que le rythme, heureusement pour moi ; et ensuite parce que comme je m’entraîne beaucoup moins fréquemment qu’auparavant, mon corps jouit d’une grande fraîcheur. C’est en tout cas ce que je pense. Reste à voir quelle sera cette tendance avec l’enchaînement des jours.

Ce qu’implique de rouler 200km avec un sac à dos

Rouler de longes distances avec un sac à dos n’est pas un exercice facile, d’une part parce qu’il pèse lourd, mais aussi parce que cela traumatise le dos. J’ai choisi avec précaution un sac à dos solide, qui possède deux fermetures ventrales et qui soit ergonomique et pas trop gros. Grâce à ces précautions, et au gainage de mes années de coursier je n’ai presque pas souffert du dos. On s’y habitue très vite et on oublie presque sa présence au bout d’un certain temps. Je crois que j’ai choisi juste le bon format et le bon poids (une douzaine de kilos) pour mes capacités, car un poids supérieur aurait certainement fait pencher la balance du mauvais côté. Je n’ai rien pu faire en revanche contre la perte d’aérodynamisme et le rapport poids-puissance.

Le col de Sasago

Après une soixantaine de kilomètres, j’avais prévu de relier la vallée voisine grâce à un tunnel, mais je n’ai pas pu résister à l’appel du col qui rejoignait la même destination et qui s’est présenté sous mes roues. Au Japon, les cols de montagne sont tous des havres de paix, car il est rare qu’ils se trouvent sur un axe principal (lire mon article sur les cols cachés). Une grande partie d’entre ne se trouve pas à l’air libre. Comprendre qu’un tunnel relie souvent les deux versants, même s’il n’est long que d’une trentaine de mètres. Certains d’entre eux s’approchent de l’œuvre d’art, tant ils semblent surgir au milieu de nulle part, sans parler de la beauté de l’autre versant qui surgit d’un seul coup, flattée par l’effet de surprise.

Au japon, le col se trouve la plupart du temps... Sous terre.

Au japon, le col se trouve la plupart du temps… Sous terre.

Je ne suis plus un coursier

Comme tout samedi de beau temps, j’ai croisé un grand nombre de cyclistes tout au long de la route, dont une bonne partie de compétiteurs. Pour la première fois depuis cinq ou six ans peut être, je n’en faisais pas partie. Pourtant, je me suis fait le plaisir de dépasser un certain nombre d’entre eux. Quand on est coursier, se faire doubler à l’entraînement est assez rare, et par un cycliste qui porte un sac de quinze kilos encore davantage. Au Japon, les cyclistes ne se saluent pas d’un signe de la main mais d’un signe de tête, comme dans la rue d’ailleurs.

Le Yatsugatake

Je suis passé tout près du Yatsugatake, un volcan dont la base est plus vaste encore que le Fuji mais à qui la forme plus biscornue et le sommet moins élevé n’ont pas donné la même renommée, comme une grande partie des innombrables volcans de l’archipel. Il n’en reste pas moins impressionnant, surtout pour nous qui ne sommes pas habitués à voir de vrais volcans plantés tous les cinquante kilomètres par petits groupes de trois ou quatre comme anomalies du paysage. Malheureusement, une paire de nuages était accrochée au sommet, mais j’ai eu droit à une vue exceptionnelle à la tombée de la nuit, alors que seul son sommet était encore éclairé par la lumière du jour.

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La base du volcan (ou plutôt de la chaîne volcanique) Yukasake est tellement large qu’elle ne rentre pas dans la photo. A la tombée de la nuit, le soleil n’éclaire plus que les cimes enneigées.

3 Commentaires

  1. marco

    Ah le vent !! ennemi éternel du cycliste…

    Comme tu allais moins vite tu as du prendre qq photos ??

    1. sisbos

      Non seulement j’en ai pris, mais j’en ai même ajouté à l’article !

      Un reportage spécial photo est prévu par la suite. Quelques-unes d’entre elles sont déjà visibles en une !

  2. marco

    Ca donne envie de sauter sur le vélo des paysages pareils ! Je suis surpris de voir que l’automne est si tardif au Japon ?? Il y a encore beaucoup de vert !

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