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juin 27 2015

Pourquoi je ne serai pas au départ du Championnat de France demain

Il existe un véritable problème en France, et il est temps de tirer la sonnette d’alarme. A travers ce coup de gueule, je cherche à attirer l’attention non pas sur mon propre cas personnel, mais sur la position de la France vis-à-vis du statut professionnel en général.

D’après le règlement de l’UCI, l’Union Cycliste Internationale, le cyclisme professionnel est découpé en trois niveaux : World Tour, Continental Professionnel et Continental. Depuis le mois de mai 2015, je suis lié de contrat avec l’équipe continentale UCI roumaine Tusnad Cycling Team. Cela fait donc de moi un coureur professionnel aux yeux de l’UCI. Par conséquent, un certain nombre de démarches a été nécessaire, bien évidemment, et si ma nouvelle équipe s’en est chargée en majorité (je remercie vivement Florent Horeau, mon directeur sportif), j’ai moi aussi dû mettre la main à la pâte à plusieurs reprises. Ligue Nationale Professionnelle de Cyclisme, Fédération Française de Cyclisme, comité régional… Les différentes instances fédérales se renvoient la balle, sans comprendre pourquoi leur enchevêtrement de règles ne nous apparaît pas évident à l’autre bout du fil, pendant qu’à l’international, auprès de l’UCI, un simple enregistrement a suffi pour que je puisse courir sous mon nouveau maillot sans aucun contretemps.

La France est le seul pays au monde à imposer un statut interne particulier à l’échelon continental. Partout ailleurs, on estime que le règlement de l’UCI est suffisant. Sur ce sujet, je vous conseille de lire cet autre billet, rédigé au mois de mars et particulièrement visionnaire, qui exprime clairement ma position sur le sujet. Croustillant de paradoxes…

Jusqu’à maintenant, je m’accommodais de la situation sans broncher. Mais depuis que l’on m’a interdit de prendre le départ de mon championnat national et que je suis revenu en France pour rien, je ne suis plus d’accord. Cette semaine, tous mes autres coéquipiers, sans exception, participent à leurs championnats nationaux, parfois avec des ambitions de podium : en Ukraine, en Roumanie, en Hongrie… Et ils ont tous plus ou moins halluciné quand je leur ai expliqué que je ne pouvais pas m’aligner en France. Nous avons un véritable problème en France et les premiers à en pâtir, ce sont les coureurs. Je m’explique.

On a annoncé à mon directeur sportif que je n’avais pas le droit de m’inscrire aux championnats de France professionnel, car sur ma licence (française), mon groupe sportif professionnel n’était pas renseigné. Or, depuis la fin du mois de mai, je suis bien enregistré auprès de la FFC, puisque j’ai l’interdiction formelle de prendre le départ des courses élites et amateur françaises. Simplement, nous n’avons pas jugé pertinent de mettre à jour ma licence, car pour cela, il aurait fallu la renvoyer en France par la poste, attendre la modification, et le retour jusqu’en Roumanie, ce qui aurait pu prendre deux semaines. Je ne vais pas rester deux semaines à la maison simplement pour la mise à jour de ma licence, précisément car courir est mon travail ! Or, c’est pour cette raison que je n’ai pas le droit de m’inscrire au championnat professionnel. Cela va sans dire, je n’ai pas pour autant le droit de prendre part aux Championnats de France amateur. Je ne suis donc plus amateur, mais pas professionnel non plus. Mais alors… Que suis-je ? Aux yeux de la FFC, je n’existe même plus.

Le véritable problème ne concerne pas mon inscription au championnat de France. Je suis bien conscient que je n’aurais pas joué la gagne. Ce n’est pas ce qui me désole. Le drame, c’est que la France n’est plus le centre du monde du cyclisme. Actuellement, chez les jeunes coureurs cyclistes aspirant au haut niveau, il faut faire un choix : soit on reste en France, et on se ferme au reste du monde ; soit on s’en va à l’étranger, et on disparaît purement et simplement du milieu cycliste français. Ce n’est pas normal, et la France est le seul pays au monde à fonctionner de cette manière.

Je ne pars pas fâché, mais je ne courrai probablement plus jamais en France. Je n’ai pas besoin de la FFC pour pratiquer le cyclisme. Sur le plan sportif, je suis un passionné de notre histoire, de notre culture, de notre patrimoine, de notre géographie. Mais je suis en rupture avec notre système de pensée et de fonctionnement ethnocentriste. Je souhaite vivement à notre fédération qu’elle ne perdra pas dans le futur des talents plus prometteurs que moi pour les mêmes raisons. Car il y a tellement mieux à trouver à travers le monde !

7 Commentaires

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  1. Stef Toupenet

    Bravo pour ce coup de gueule que je trouve de plus très bien distillé

    Bonne continuation, ailleurs certes, mais avec beaucoup de plaisir.

    Stef

    1. sisbos

      Merci, au plaisir.

  2. Oestereich

    Eh, oui, la ffc se meure de ses propres règles. Et personne ne veut essayer d’ameliorer tout ça.
    J’etais dansl’athle avant le vélo et bien je considère que la ffc est une vielle dame qui ne veut pas rajeunir.
    Et elle se meurt de ces dirigeants qui ne veulent pas innover et surtout pas perdre leurs prérogatives !!
    Le vélo se meurt doucement…. Mais sûrement.
    Nota : je t’ai rencontré à Nouméa. J’etais le responsable de l’equipe Shell.
    Bonne continuation dans le vélo et fais toi plaisir.

    1. sisbos

      Raphael, je me souviens très bien de toi. Nous avons échangé quelques tours de roue sur l’Anse Vata.
      A une prochaine sur le Tour NC.

  3. dode

    Cela me rappelle que nous avions un champion du monde qui n’a pas pu prendre le départ du championnat du monde l’année suivante parce que la fédération nationale pas su appliquer les règlements UCI si je ne me trompe pas son c’est Vivien.

    1. sisbos

      Salut, si tu parles de Vivien Brisse sur l’épreuve de l’américaine, c’est surtout qu’il n’avait pas été sélectionné en équipe de France pour l’épreuve… C’était contestable, mais les deux sélectionnés (Coquard et Kneisky) ont été sacrés champion du monde, donc le choix du sélectionneur a été le bon.

  4. BOUCHER Jean-Marc

    Pire que ça. Il y a quelques temps, un sacré connard du bureau directeur de la FFC (Stellio Cochianchi), avait fait voté un règlement interdisant tout coureur français résident en France à signer dans un club étranger.
    Il l’avait fait contre ma personne, parce que les coureurs que je dirigeais et préparais avaient remporté des titres de champion de Lorraine alors qu’ils couraient dans des clubs luxembourgeois.
    Cette réglementation était contraire aux règlements de l’UCI.
    2 années de bagarre, de courrier pour enfin faire abroger cette règle.
    Tu vois !!!

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