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déc 07 2013

#32 1.14 le Signal d’Êcouves

Le signal d’Ecouves est une course qui a une saveur particulière pour moi. Il s’agit d’une nationale junior normande réputée dans la région comme l’une des plus difficiles et des plus révélatrices au vu de son palmarès comme Geslin, Pichot, Hinault, Engoulvant, Moinard ou Rolland, mais pour moi c’est encore autre chose : mon père habite à 5km du parcours que je connais par coeur pour avoir déjà parcouru des milliers de kilomètres sur ces routes-là. La dernière (et première) fois qu’il m’a vu courir c’était il y a presque un an, quelque part ailleurs en Normandie… Le parcours est taillé pour moi. Je suis encore un peu tendre au niveau de mon état de forme mais j’ai les capacités pour réussir une grande course, je cours pour essayer d’accrocher une place dans les 5 premiers, cela signifierait quelque chose. Un gros niveau au départ bien evidemment avec Gougeard, Turgis, Bergé, Deslandes, Riou, Cowley, Lemonnier ou Mottier. Pour les coureurs de tout l’ouest de la France cette course est presque une course de montagne, puisque le point culminant au fameux signal est de 413m, que l’on atteint dès le 20e km au sommet de la côte des Arcis ! Mais moi bien evidemment je suis habitué à largement pire : pas de problème. La veille au déblocage, j’ai repris les points stratégiques du parcours du km 50 au km 65, les sensations étant correctes mais le coeur assez haut.
Du départ au km 15 : Prologue à la grande bagarre
120 coureurs s’élancent du départ fictif donné au coeur du centre-ville d’Alençon, pour un rapide slalom entre les motos suiveuses débordées, les poteaux non signalés et les voitures non garées ; qui se termine à l’arrêt devant le panneau de sortie de la ville d’Alençon. Devant nous, restent 102km à parcourir avant le circuit final de retour dans la banlieue Alençonnaise, à parcourir 5 fois.
Je suis placé en queue de peloton pour un départ que j’avais parié relativement tranquille : ce fut bien le cas, sur la première portion de nationale aucun coup ne se forme vraiment puisque tout le monde cherche à se replacer, vent de dos. On tourne bientôt sur des petites routes plus tortueuses, et j’ai pris soin de me replacer dans les 20 premiers. Cette première portion de mon côté constitue une mise en jambe bien nécessaire avant le premier monstre qui nous attend dès le km 15 : je vois une échappée de second couteaux se constituer et se faire reprendre au sommet de cette côte par un contre de costauds duquel je prévois de faire partie.
Et en effet, après quelques kilomètres de bagarre, à laquelle je prends part par moments, un groupe de huit unités se constitue à l’avant et je veille à conserver autour de moi suffisamment de grands noms pour m’assurer un retour possible, afin d’éviter que la course ne soit pliée d’entrée…
Et rapidement, la route s’incline un peu alors que le groupe de baroudeurs disparaît de notre champ de vision, à un écart annoncé grandissant autour de la minute. Le peloton déjà roule vite et s’étire irrésistiblement alors qu’il reste encore une pincée de kilomètres avant le pied du premier GPM. Je connais le terrain par coeur, je sais que ce n’est pas le moment de faire l’effort. Je veille tout de même à rester placé car si je veux pouvoir sortir avec les meilleurs au sommet, ce doit être une condition nécessaire. On bascule une première fois après un long faux-plat progressif vers une ligne droite interminable, on s’enfonce dans la forêt, le décor change et brutalement, on change de parcours, pour se retrouver face à un mur monumental en ligne droite, englouti par les hauteurs de la forêt.
Du km 15 au km 20 : La côte des Arcis.
 3,9km – 4,4% – maxi 12%

J’entame la montée en 4e position dans la roue de Gougeard, Turgis et Mottier. Le rythme se veut modéré dès le départ, ce à quoi je ne m’attendais pas. De la part des nordistes devant un mur pareil, j’attendais plus d’insouciance et de folie ! Pour connaître parfaitement toutes les routes forestières d’êcouves, je sais que le mur se dresse en deux paliers, chacun d’un kilomètre environ, mais qu’il se poursuit ensuite en un long faux plat tout aussi interminable. Un seul virage, qui se trouve au sommet du mur proprement dit, et qui cache à la vue du peloton le faux-plat traître qui pour moi reste la véritable difficulté de cette bosse. J’avais prévu que quelqu’un se prendrait au jeu et ferait monter la bosse dès le pied, mais tout le monde semble se rendre compte qu’il s’agirait d’un suicide pur et simple. Pris au dépourvu, alors qu’on a déjà avalé presque la moitié de la ligne droite et que la situation est toujours inchangée, je craque. Gougeard et Turgis qui faisaient monter subissent le contre-coup pendant que je place une attaque. Il m’en reste bien entendu encore sous la pédale mais le coeur monte dangereusement, déjà 195 ! Pas de regard derrière moi. Je fais comme à l’entrainement, je me concentre sur la ligne du GPM et sur la roue des coureurs de l’échappée juste devant qu’on ne va pas tarder à avaler. Mais je sens venir gros comme une maison la suite dont vous vous doutez déjà…
Je passe le GPM en 3e position du peloton, deux coureurs prennent mon relai dès le basculement. Je suis tenté de retourner me cacher dans les roues. Mais il n’y en a plus, nous ne sommes plus que trois ! Je passe les deux premiers relais qu’on me demande mais je me mets dans le rouge, alors que le mur est maintenant derrière mais le basculement toujours loin devant. Lorsqu’on se fait reprendre par la tête du peloton, à savoir 7-8 coureurs, le groupe se coupe en deux et je m’accroche désespérément aux roues du deuxième, complètement en surchauffe. La première partie rejoint l’échappée juste sur la bascule, l’autre reste engluée à une quinzaine de secondes. Le carrefour au sommet est bondé. On tourne à l’angle droit pour le même mur, mais en descente, et enfin on peut se laisser glisser en roue libre tout en bas !
Du km 20 au km 50 : la première échappée

Devant le groupe dans lequel j’ai basculé, les deux coureurs qui m’avaient lâché ont rejoint l’échappée de 8 qui tient toujours à une quinzaine de secondes. En chasse, Alexis Gougeard s’est refait la cerise et est ressorti seul en chasse patate. Nous sommes une dizaine à tourner plus ou moins régulièrement et j’ai repris mon souffle, en essayant maintenant d’opérer la jonction. On aborde maintenant une longue potion de nationale jusqu’à Carrouges, mais pas du tout plate pour autant : une succession d’horribles tobbogans casse-pattes sans un centimètre qui soit plat ou protégé du vent.
Pendant une dizaine de kilomètres, on stagne à une vingtaine de secondes, tout comme le champion de france du chrono pris à son piège à une centaine de mètres du groupe, pour finalement parvenir à rentrer après une débauche d’efforts importante. De mon côté, je suis maintenant un ton au-dessus dans mon groupe avec deux-trois autres et on sort à la pédale dans une portion difficile. Je m’isole d’instinct et tente de boucher les dix secondes qui restent. Je remonte très vite à cinquante mètres des roues mais je plafonne, pour finalement me faire reprendre par le reste du contre dans une nouvelle bosse et tirer la langue derrière ! A l’arrache pour ma part, notre groupe rentre finalement sur la tête de course aux environs du kilomètre 30. L’échappée compte 22 coureurs et de nombreux favoris, mais aussi pas mal de piégés, comme Turgis, Deslandes ou Riou. A ce moment, je suis persuadé que cette échappée sera bel et bien la bonne.
Cependant de mon côté je ne me remets pas de mes efforts et pendant 6-7km, je ne quitte pas la dernière place du groupe. Je suis très mal. Plus question d’attaquer ou quoi, il faut que j’attende que ce mauvais moment passe. Seulement notre groupe ne s’entend pas et ne cesse de s’attaquer ; le problème, c’est qu’une échappée menace de partir à tout moment. Je suis donc obligé de boucher un paquet de trous, tantôt à cause du jeu d’équipe des locaux, tantôt parce que si je ne le fais pas, je me retrouve dans un groupe de 4 pour la 18e place. Bien sur, c’est la guerre dans le second col qui n’est pas répertorié, sinon c’est pas drôle ! Habituellement, je déteste ces lignes droites interminables sans aucune voiture pour te tenir compagnie parce que j’ai l’impression que je n’avance pas, cette fois c’est parce que j’avance beaucoup trop. En même temps qu’on contourne la forêt d’Ecouves par le nord, on se rapproche irrésistiblement du 3e col, le plus proche de chez mon père que j’ai du monter des dizaines de fois à l’entraînement. Cette fois je ne pourrai plus bluffer, ça a l’air d’aller un peu mieux mais est-ce que ça suffira ? Au sommet d’une énième petite bosse on quitte enfin la route nationale pour une départementale plus modeste, qui s’enfonce de nouveau dans la forêt.

Du km 50 au km 65 : le tournant de la course

Après la traversée de la forêt dans le sens sud-nord, il est temps d’entamer le retour nord-sud, ce qui signifie qu’on va repasser à proximité du signal et de ses 413m. La pente s’incline déjà et j’ai pris soin de me replacer 4 ou 5e pour économiser mes forces. Les attaques continuent mais rien de bien nouveau, jusqu’à ce que je décide de rétrograder un peu : 10e, 20e, 30e… Il n’y a plus d’échappée ! Tout le peloton est de retour. Je ne m’y attendais pas du tout. A ce moment je sais pertinemment que ça ne va pas tarder à ressortir mais je suis parfaitement incapable d’y aller. Je rate le bidon de mon père (ou plutôt l’inverse mais bon). Je suis à sec et il reste 60 bornes. Je me laisse donc décrocher et je vais faire la quête dans la voiture des DS une fois le sommet atteint : c’est une longue portion plate en ligne droite. Le second m’en passe un gentiment, puis me remonte au contact du paquet.

Un virage en équerre et une descente en ligne droite : on traverse Tanville, le temps de me replacer devant. Je vois plusieurs coureurs partir un par un, dont de nouveau le futur vainqueur Alexis Gougeard. Je suis trop juste pour y aller, mais surtout le dernier GPM commence dans moins de 500 mètres et il va déjà falloir s’accrocher là. Si je dois partir avec les meilleurs, ça se fera naturellement et sinon c’est que je n’en ai pas les moyens.
Déjà le pied, je suis dans les 10 premiers et ça monte très vite, pourtant on est encore loin de la partie la plus difficile ! Je suis déjà à bloc. Ca monte progressivement avec pour une fois quelques courbes, puis le fameux passage en question. Là c’est sauve qui peut ! Je rétrograde beaucoup mais grâce à mon placement je bascule dans un groupe qui forme le peloton. Tout se regroupe, sauf ceux qui ont les capacités de sortir en costaud. Ceux-ci formeront le contre qui rentrera sur l’échappée 20 kilomètres plus loin. On bascule en haut du dernier col de la journée, maintenant c’est la longue plongée vers Alençon.

Du km 65 au km 95 : jusqu’au circuit final

On ne peut jamais deviner le scénario à l’avance, et en l’occurence tout est encore possible. Je vois bien d’autres groupes partir, mais lesquels, avec qui, quand ? La quinzaine d’hommes à l’avant n’est pointée qu’à 50 secondes tout le long de la plaine, mais l’entente du peloton ne présage rien de bon. Je fais des efforts pour rouler, mais il ne faut pas non plus que je condamne ma course, j’ai assez donné. Je choisis de tenter de ressortir, ça ne vaut pas le coup de se réserver pour une place de 16. Après beaucoup de tentatives et en ayant loupé un peloton d’une quinzaine de nouveau je ressors dans un petit groupe de cinq et on recolle, dans ce qui sera désormais à mes yeux le peloton, une vingtaine de coureurs. On aborde le dernier GPM dans cet ordre, à une minute de l’échappée et à 10 kilomètres du circuit final. De mon côté les jambes vont bien mieux, je me sens facile dans ce groupe de piégés. Je calque ma course sur celle de Nicolas Riou que j’attendais mieux que ça. Dans ce dernier GPM qui n’a rien de ses prédécesseurs, je sors de nouveau un peu plus sérieusement avec deux coureurs mais pour cinq ou six kilomètres seulement, on est repris à l’entrée du circuit final.

Du km 95 à l’arrivée : le circuit final

L’arrivée à lieu à l’issue des cinq tours d’un circuit urbain de 4,5km dans la banlieue Alençonnaise, à Saint-Germain-du-Corbéis. On y entre par une descente rapide à l’opposée de l’arrivée, puis un faux-plat montant accentué pour de nouveau tourner à gauche pour les 400 derniers mètres. La longue avenue se poursuit sur deux kilomètres, avant un virage à gauche, une courte descente, puis une portion sinueuse. En bref un circuit de brute sans difficulté mais sans répit non plus.
On joue donc pour la place de 15e environ. Je n’ai pas complètement perdu espoir de recoller à l’avant, c’est pourquoi je me décide à faire une course offensive. Après le premier passage sur la ligne, cinq ou six coureurs attaquent parmi lesquels Riou que je surveillais du coin de l’oeil. J’y vais avec un temps de retard, je reprends Jordy Rychter mais personne d’autre, le petit groupe tourne bien. Derrière moi aussi, le trou est fait alors je me décide de rouler : il faut recoller tout de suite car à deux contre 6, on n’a aucune chance.
Je prends un relais de 500m, on se rapproche à peut-être trente mètres du groupe mais toujours sans recoller. Je demande le relais a mon compagnon qui me le refuse. « Je suis à bloc… » Très bien, je continue mais moi aussi, je suis a bloc, je coince. Il me prend finalement un relais et… Me laisse sur place !
Je n’aime pas du tout ça, c’est la dernière des choses qu’il fallait me faire. Je me dépouille pour recoller et fais comme si de rien n’était, je passe un peu en dedans. Et au même endroit le tour suivant après le passage sur la ligne, je place un contre que je prolonge immédiatement d’un long effort soutenu : m’en voilà débarrassé.
Je suis tout seul pour terminer les trois tours qui me restent. C’est long… Surtout quand on était déjà échappée après 20km de course ! Je ne perds plus de temps sur le groupe de devant pour autant, c’est frustrant, je reste coincé à une vingtaine de secondes. Le peloton derrière ne devrait plus revenir. Le tour suivant, j’ai l’impression d’avoir gratté un peu de terrain, mais pas suffisamment bien sûr. Je suis à i4,5. Il n’aurait pas fallu un tour de plus, car je faiblis beaucoup dans les 5 derniers kilomètres, la fringale arrivait. La course s’arrête à temps, je termine 21e de la course.

Malheureusement, ça n’a aucune valeur en soi. Dommage que je parvienne à sortir avant le bon coup, puis après, mais pas au bon moment comme souvent. Une bonne expérience, mais ça commence à faire beaucoup d’expériences, il va falloir concrétiser.

1. Gougeard Alexis (USSA Pavilly Barentin) J2
2. Bergé Paul (Le Mans Sarthe) J2
3. Mottier Justin (CA Evron) J2
4. Quemard Maxime (Comité Côtes d’Armor) J2
5. Lemonnier Franck (Bocage Mayennais) J2

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