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déc 07 2013

#12 1.14 Tour du Pays d’Olliergues étape 1

Le comité d’accueil en dit long sur l’aventure qui nous attend : dès le panneau « bienvenue en région Auvergne ! » des trombes d’eau nous tombent dessus.
Je vais porter pour la seconde fois de la saison le maillot de l’équipe du Rhône, pour une course d’envergure équivalente à la Flèche Ardéchoise dans les moeurs rhonalpines. C’est ma seconde vraie nationale junior de l’année mais celle-ci m’est peut-être plus hostile. Ce n’est ni le brouillard ni la pluie qui me repoussent mais bien ce qu’il y a par-dessus, et c’est bien là-haut qu’on va, au milieu des montagnes. Cette année encore, les organisateurs nous épargnent le col du Béal, mais en contrepartie d’une course de côte et d’un chrono interminable de 20km, tout ça le dimanche. Aujourd’hui, c’est un circuit de 40km qu’on a à répéter 2,5 fois ; on part d’en bas, et on arrive en haut.

Il aurait presque fallu un échauffement sur home-trainer pour commencer : on nous lance à froid au pied d’un col, sans fictif. Je ne sais pas trop dans quoi je me lance.
Les premiers coureurs sont lâchés, les machines se dérouillent et les bonhommes se réchauffent par quelques acrobaties histoire d’entamer la montée pas trop mal placés. On quitte bientôt Olliergues sans qu’heureusement personne n’ait encore tenté de s’échapper. Quelques coureurs s’en chargent bientôt mais de manière trop prudente ; une occasion se présente et la tête pas trop dans la course, j’y vais à l’instinct, sans qu’on ne s’en méfie derrière. Me voilà déjà échappé en tête du Tour du Pays d’Olliergues.
Avec moi Simon Favre, décidément, on se retrouve ensemble sur toutes les nationales. Je suis particulièrement bien pour le moment et je compte bien profiter parce que rien ne me dit que ça se confirmera plus tard, alors je roule. Fort, mais en en gardant tout de même. L’écart se creuse, jusqu’à peut-être vingt secondes, de quoi basculer en tête en haut du premier GPM ; je vais chercher les points en haut pour que ça ne serve pas à rien. Et puis on s’écarte, le peloton revenu sur nos talons, à quoi bon.
Progressivement, on s’enfonce dans la montagne, mais surtout dans la brume qui nous entoure maintenant de tous les côtés. Le décor est magnifique, bien qu’on ne voie pas à 5 mètres devant, ça donne une atmosphère épique à la course, ce qui ne peut être que motivant. De ce côté-là, rien de mieux que les nationales. Je reste caché à l’arrière, tout en essayant de ne pas perdre le fil. Je sais que 3 ou 4 coureurs sont sortis dont Corentin, et voilà Loic Rolland qui s’enfonce dans le brouillard. Pour les échappés, c’est royal : aucun point de mire. Par endroits, je n’aperçois même pas la tête du peloton. Et puis une sorte de vacarme survient tout à coup sans que personne ne s’y attende, du monde, un speaker : je réalise qu’on passe pour la première fois sous l’arche d’arrivée. C’est donc signe que ça bascule, dans quelques hectomètres. Et là, je me rends compte que je fais bien de me replacer devant, par réflexe : on ne voit absolument rien, et il faut maintenant descendre autant que ce qu’on a monté ! Les premiers virages sont hasardeux et le peloton est très nerveux. A la moindre courbe les coups de freins se font saccadés. Les premiers annoncent gauche ou droite à ceux qui les suivent, sans quoi on manquerait d’aller tout droit par endroits. D’ailleurs on passe d’abord un coureur à terre sur la droite : Pierre André décidément ; puis un autre sur la gauche, Nans qui a crevé. Drôle d’étape à allure de chantier qui pourrait, pourquoi pas, se jouer dans les descentes. Rares sont les fous qui tentent le break à cet endroit mais tout le monde se tient à 5 mètres les uns des autres, d’une part parce que ça embraye forcément, et d’autre part parce qu’on a tous peur, il faut le dire. Heureusement plus on descend, plus le brouillard s’évanouit et plus notre champ de vision s’élargit. Alors que je rentre dans un virage, je vois tous les coureurs devant moi un à un déraper de l’arrière, certains même tomber. Je freine donc tout de suite par prudence et les évite soigneusement, non sans tous les dévisager : Trois ou quatre au sol, donc Arthur Ferragne allongé sur un parisien tout de rose vêtu. Je m’arrange pour que la cassure qui s’ensuive se fasse derrière moi et non devant : deux ou trois virages à fond et je recolle. Les derniers rescapés à l’avant sont donc avalés, et une fois passés Marat et Vertolaye, on retrouve une grande route sèche, large, roulante, comme si strictement rien ne s’était passé.
Le peloton s’étire naturellement sur la relance et lorsque ça temporise, quelques coureurs attaquent devant moi. Je prends donc machinalement la roue et on se retrouve devant à 4. Le seul que je reconnais étant Chamerat. Passent les trois ou quatre kilomètres de plat qui allaient bien puis un virage à gauche sur un petit pont de pierre me réveille : ça monte ! Je présente aujourd’hui mes plates excuses à mes jambes toxinées qui m’en ont voulu toute la soirée ensuite. Je tiens un gros kilomètre dans ce groupe, puis craque au panneau GPM, 1km. En réalité, lorsque le peloton aura fini d’avaler les 10 secondes d’avance qu’on aura eu au maximum. En file indienne sur la gauche de la route, moi, je suis tout seul à droite. Je vois une file de coureurs qui me passe, qui me passe, qui me passe, comme un petit air de Serre de Tourre. Si bien que le dernier coureur du peloton m’échappe de justesse. A pied dans un groupe d’échappés, au sommet dans un groupe de lâchés ! Dans la même galère je retrouve Steph Brun qui lui, a lâché dans la descente, finalement comme beaucoup. On se remobilise et je m’accroche jusqu’au basculement, en dernière position. Bien evidemment, on n’aperçoit plus rien du peloton.
La descente file à toute allure et je crois mon samedi terminé. Tout en sachant très bien dans un coin de ma tête que j’ai déjà fait le coup du retour du diable vauvert un paquet de fois. Je laisse donc le groupe grossir au fur et à mesure qu’on reprend des individualités, s’organiser tant bien que mal au vu de la disparité des niveaux. Et puis finalement, après me l’être coulée douce derrière, je tire un gros bout droit qui nous permet de recoller… Au pied du col de tout à l’heure. La première boucle est bouclée.
Ca n’est pas encore trop étiré et je prie pour que ça reste comme ça. Bon, un groupe semble s’être échappé mais sans Pierre Latour, ce qui le condamne fatalement. On se tape donc toute la montée derrière Latour à fond. Les coureurs des autres comités me demandent si c’est comme ça tous les week-ends, chez nous. Comme toujours, personne ne le relaie, et quand bien même c’est le cas, il semble avoir honte de le céder, lachant un petit « merci » a chacun des relais qu’on daigne lui passer. C’est donc presque à lui seul qu’on doit d’avaler un groupe d’au moins quinze costauds à l’avant ! Sur la ligne pour la seconde fois, tout est à refaire. On se lance donc dans la longue descente humide tous ensemble. Les premiers virages s’enchaînent, le brouillard est moins dense qu’un tour plus tôt. Pourtant c’est bien ici que l’étape va se jouer : dans un virage à peine glissant Loic Rolland va à la faute et crée une cassure bientôt irrémédiable. A l’avant, une dizaine de costauds sont partis.

Je ne l’avais pas remarqué tout de suite, mais je me doutais bien qu’il y avait du monde devant. Dans l’immédiat je ne pense qu’à éviter de faire la même connerie qu’au tour précédent : je monte le col à mon train en gérant et je bascule dans le paquet finalement sans souci. Il va maintenant falloir négocier le final. Je suis prêt à tout donner pour ne pas avoir de regrets, c’est une course par étapes… On se présente pour la place de 10 au pied du dernier col. Ca attaque de partout. Théo Guillaume paraît pressé d’en découdre : il n’a pas perdu espoir de rattraper du monde devant. Une dizaine de coureurs le suivent, puis une autre dizaine derrière. Je suis dans un 3e groupe distancé. On va bientôt s’organiser avec 3-4 coureurs pour revenir progressivement à notre train sans s’être mis dans le rouge et finalement on rentre sur les résidus du peloton à la bascule. Seulement la descente ne fait pas plus de 500m et derrière, ça monte encore… On passe le panneau des 5km. Un groupe de 3 est sorti, ça ne s’entend pas. Un second groupe en profite avec Corentin Perin et Batondor. Ca gamberge et ces 5 coureurs vont au bout, nous privant d’une place d’honneur. Je m’applique a faire le meilleur sprint possible, en l’occurrence surtout sans me mettre dans le rouge. Je commence à remonter trop tard, aux 500m, et trop doucement. Je remonte un petit bout de coureurs sur le fil, mais pour finir seulement 24e. Je lance mon sprint trop tard, ça change de d’habitude au moins, il y a du mieux ! Mais rien de transcendant.

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