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déc 05 2013

#9 Saint Genis Laval

C’est au 2e tour à la sortie d’un virage pourtant pas vraiment dangereux. Devant moi quelque chose m’intrigue : Loic Rolland tourne à gauche. Pourtant la route va tout droit. Mais qu’est-ce qu’il fait ce con ? En fait il ne tourne pas : il tombe. Je viens proprement m’empiler dessus pendant que mon vélo bloque l’autre côté de la chaussée. Ma première vision est celle de Thibaud étendu à terre à côté de son vélo, il ne bouge pas. Je me relève et me dirige vers le mien, mais il y en a un autre dedans. Friley est en train d’essayer de l’enlever mais sa pédale est coincée dans un rayon. Alors je dis un truc très stupide : « dégage ! ». Je ne sais plus si ça s’adressait à Friley ou à sa pédale. Je tire un grand coup sans me préoccuper de ce détail et je vois que j’ai déraillé, comme à chaque fois que je tombe habituellement. J’ai l’intelligence de ne pas m’acharner à la remettre sur la plaque comme à Martigues… J’ai ensuite un moment de vide où je ne fais rien, je regarde les autres coureurs repartir, et puis me décide à remonter sur le vélo. Je relance et commence l’état des lieux. L’état des lieux du vélo seulement, en fait, puisque je ne pense même pas à faire mon propre état des lieux. Le dérailleur passe mal, probablement déréglé. J’ai l’impression que mon ceintre a bougé, mais en fait non. Quelque chose me gène et je ne suis pas à l’aise. Mais déjà je remonte la longue file irrégulière du peloton (enfin de ce que je croyais être le peloton), et puis la bosse arrive. La différence de vitesse est hallucinante : je suis parfois obligé de donner des coups de patins et de slalomer entre les coureurs, j’ai l’impression d’en doubler 150. Au fur et à mesure, la différence de vitesse se réduit. Au bout d’un moment, quelqu’un me double même : c’est Loic Rolland, qui a pris la roue et qui prend maintenant le relais. A deux, on va remonter en tout une trentaine de coureurs. Dans ma tête, j’étais persuadé qu’absolument tout le monde était dans la roue, mais en fait on n’est plus que 3 avec Loic et Adrien. Et puis au bout de deux tours à 190 puls, enfin on est presque dans les roues. Le dernier effort est le plus difficile à fournir. C’est à l’épeingle en bas du circuit qu’on recolle et je remonte devant avant le pied de la côte. Là Jérémy attaque. Marrant, c’est Loic et Moi qui sautons dans la roue. Enfin marrant pas vraiment, débile surtout, puisque Antony Chamerat et Guerric Gsell contrent Jérémy au sommet et on reste collés derrière Jérémy qui les regarde partir. Le temps de retrouver un second souffle et c’est reparti pour la chasse. Il n’y a que moi et Jérémy qui roulons pendant presque deux tours. L’écart est stabilisé mais a presque même tendance à remonter au bout d’un moment. Puis Adrien sort de nulle part et attaque. Il parvient même à rejoindre l’échappée avant de retourner tout de suite à la case départ. Tous les gars qui sont dans la roue et ne passent pas un centimètre de relais agacent Jérémy et puis alors que j’avais monté toute la bosse en tête il pose un gros sac et me dis « prends la roue ! » C’est gentil mais je viens de monter toute la bosse devant à bloc… Il voit que je m’arrache les tripes pour le suivre alors il ralentit un peu (merci) et derrière le trou est fait. Seul Mathieu a pu prendre les roues. C’est grâce à cette attaque qui m’a mis minable qu’on finit par s’entendre, puis par rentrer. Alors, après une vingtaine de km à chasser en continu, je me dis que je reviens de loin.
Nous voilà à 5. Lachanelle, Gsell, Chamerat, Barioz et moi. Derrière il n’y a plus de risque de retour, ce qui fait que pour la première fois, on respire. Certains plus que d’autres d’ailleurs, mais bon. A partir de ce moment la moyenne est en chute libre : on est que 5 et on n’est pas foutu de tourner. Rapidement on reprend un groupe de coureurs et ce n’est pas pour arranger les choses. Il reste dans nos roues pendant 5 ou 6 tours ! Il y a une attaque de temps en temps. Parfois c’est Guerric, parfois Jérémy, parfois Antony, et en général moi je joue les contres. Je sais que je ne partirai pas, mais ça me permet de jauger les forces en présence. Sans me donner a fond, d’un autre côté s’ils se regardent comme depuis le début de l’échappée je ne vais pas les louper. Mathieu qui est toujours le premier à sauter fait l’élastique, mais revient à chaque fois. Dans ces circonstances je vois mal comment on pourra échapper à un sprint. La mi-course est déjà passée depuis longtemps. J’ai soif, mais mon 2e bidon tombé aussi. Je ne suis pas stressé, pourtant je devrais. Antony s’amuse à donner des coups de patin dans les virages. Je suis sur les nerfs, mais vigilant, pas stressé. Je gère mes trajectoires, et c’est pas évident, et je m’attends à une attaque de Mathieu. Avant le sprint, je lance mes lunettes à Laurent sur le bord de la route : j’ai l’impression d’être dans une autre dimension tant je vois mieux, sans la buée, les gouttes et la crasse. J’ai l’impression tout simplement d’être dans la course, aussi étrange que ça puisse paraître, comme si avant je n’y étais pas. Je suis à droite de la route, en première position et je me retourne régulièrement pour ne pas me faire surprendre. En fait je ne sais pas vraiment comment il faut gérer ce sprint en l’emmenant, même si je connais la bosse par coeur. Ce que je fais n’est peut être pas très intelligent, mais j’accélère le rythme assez progressivement jusqu’au virage où j’envoie la sauce. Mais le premier coup de pédale ne marche pas : la roue arrière dérape. Relancer est d’autant plus difficile que je suis sur le 15 dents. Je m’arrache et garde la tête, du moins c’est ce que je crois car mon champ de vision est rétréci par l’effort… Quand la douleur arrive, un peu trop tôt à mon goût, je vois des roues passer à ma gauche. Alors je m’arrache, je donne tout ce que j’ai et ça va un peu mieux au basculement puisque le 15 dents devient plus facile a emmener. Mais ce n’est pas suffisant, je suis maintenant juste à côté du maillot rose d’Antony, enfin c’est l’impression que j’ai puisque je passe en fait la ligne a côté de la roue.
Déçu de mon sprint, mais bon, faut dire que c’est pas facile non plus. Déçu surtout pour tous les autres du club, pour qui la journée a été difficile.

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