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déc 05 2013

#20 Championnats Rhône-Alpes Cize

Aujourd’hui, épreuve de rattrapage. Pas le bac, le bac c’est terminé. Rattrappage de mes résultats bien loins de la moyenne cette année lors de chaque grand rendez-vous (et comme les années précédentes, d’ailleurs). Et l’examen est court : même pas deux heures. Tout raté serait éliminatoire. Autant dire que j’ai bien révisé et que dimanche 27 mai n’est pas un jour de vacances. Pas de plan B, il n’y a qu’une tactique possible : arriver pour la gagne, si possible à pas trop. La suite sera un peu plus aléatoire et un peu moins prévisible.
Le plan hydratation massive est déclenché et le dispositif parfaitement en place : Sam et Ludo à l’arrivée, la caméraman-mécanicienne dans la bosse et la famille Segon un peu partout sur le parcours. L’interrégion de l’an passé laisse à tout ceux qui l’ont faite un souvenir assez cuisant… Bal de couleurs aujourd’hui, plutôt calmes et tendues, mais aussi bal de bruits, avec le speaker et ses quelques grammes par litre, les comissaires et leur bonne humeur habituelle, une détonation. Je vérifie mais non, ce n’est pas Cédric qui a vu une bécasse, c’est Romain Seigle dont le boyau arrière a explosé. Bref moment de tension, puis on assiste à une terrible tragédie : la cosmic doit laisser place à une ksyrium. Bon ok, j’arrête…
Le départ ne ressemble en rien à celui de l’année dernière : les trois fous sont au chaud dans le peloton. Même Romain retient ses pulsions. Ce qui n’aide pas à évacuer le stress. 30 de moyenne pour les deux premiers tours, soit quasiment la même qu’à l’échauffement. Ce n’est pas un secret, je suis très à l’aise et c’est une impression plutôt nouvelle dans une course de cette envergure. Je me sais complètement capable de gagner ce championnat, je sais aussi que je n’y suis pas vraiment attendu et donc que j’aurais de quoi tenter un contre en fin de course mais ce n’est pas le moment de prendre des risques. Si je rêverais d’être champion, j’ai trop à perdre de passer à travers. En plus, il y a déjà du monde qui occupe ce poste-là. Nans, Pierre André, Quentin s’occuperont de faire péter, et s’ils n’y parviennent pas, devront récolter les miettes à l’arrivée. Mais pas maintenant. 75km, sur un circuit comme celui-là, c’est long. Pas de place pour les bluffeurs ou les téméraires. Axel Merle savait qu’il sacrifiait son classement en attaquant rapidement dans le deuxième tour, mais son échappée restera comme la plus longue de la course. Les rodages sont longs, Je ne regrette pas de ne pas m’être échauffé. Pas la peine, vu que je n’ai pas à donner un coup de pédale pour le moment. Jérémy est le premier à craquer mais n’ose pas attaquer de trop loin et on se lance dans un sprint sur une centaine de mètres, comme pour disputer le GPM. Le dossard rouge n’est pas mon objectif aujourd’hui. Plus les souris batifolent devant, plus le chat se réjouit derrière. Mais des chats il y en a énormément ici et aujourd’hui, 19 plus exactement, qui seront les seuls survivants des attaques répétées de Pierre André à peu près un tour sur deux. Le circuit est tellement difficile qu’après une attaque, il faut un tour entier pour reprendre son souffle. au fil des tours, le ryhtme va crescendo jusqu’au 4e avec la première attaque franche de Pierre André. Il est attendu par tout le monde et bien placé je saute dans sa roue pour un sprint de presque 200m à quasiment 40 km/h. Quand il coupe son effort, un rapide coup d’oeil au cardio confirme ma plutôt bonne résistance et je poursuis le mien. Contrer Pierre André c’est un luxe que peu de monde peut se permettre. A mon avis c’est aussi une offense aux lois de la physique et le mien a vite fait de me le rapeller quelques coups de pédale plus loin. Je me suis moi-même surestimé, mais surtout, j’ai sous estimé la bosse qui continue encore sur plusieurs centaines de mètres. Plus d’autre choix alors pour lutter dans la zone rouge et limiter la dégringolade, je bascule dans le noyau du peloton qui s’étire et craque un peu partout, y compris devant moi. Une bonne descente suffit à retrouver la tête. Je ne suis pas le seul à m’être fait mal ce coup-ci : le second passage sera beaucoup plus calme et je me tiendrai beaucoup plus sage. Mais quand les attaques recommencent je retrouve mes premières sensations de facilité et j’accompagne à chaque fois les coups en tête. Comme quoi il ne faut pas que l’effort soit trop long. L’échappée type se compose de 4 ou 5 coureurs : systématiquement Pierre André et Nans, moi très souvent aussi, puis alternativement Jérémy, Benjamin ou Loic Rolland. La plupart du temps, elle se forme en seconde partie de bosse à la pédale, résiste au début de la descente mais subit le retour du noyau dur quand la récupération devient un peu trop longue. Les rares fois où ça part tôt dans la bosse c’est là que Pierre André est le plus à l’aise et je regrette qu’il n’ait pas plus tenté à cet endroit. Si quand il attaque de devant personne ne cherche suivre la roue, c’est que personne ne peut. Seul Antony y va rapidement, moi bloqué j’ai les jambes pour m’extraire dans un second temps et boucher le trou tout seul. Antony coince et je me cale dans la roue de Pierre André. C’est à ce moment la seule fois que j’ai eu le sentiment de pouvoir aller au bout : à deux ou trois, au même endroit qu’en minime, en costaud avec un écart relativement grand. Mais ce n’est qu’une illusion parce qu’en fait, au panneau des 300m il y a de nouveau du monde dans la roue.
Dans cette alternance entre attaques, échappées, neutralisations ; survient de temps en temps et chez tout le monde, un épisode de défaillance, plus ou moins marqué. Le mien survient à 3 ou 4 tours de l’arrivée en compagnie de Quentin Driot et s’étend sur un gros kilomètre : du coeur de la bosse d’arrivée où ça attaque, au début de la partie finale où ça se relève. Pas plus, alors que je suis en général un habitué et les sensations positives reviennent quasiment instantanément. Et puis, arrivé le 11e ou 12e tour, les esprits se calment et la tension augmente. Pour moi, d’autant plus que je me crois un tour plus loin, et hereusement que j’ai l’idée de demander si c’est bien l’arrivée. Petite connerie qui me rend nerveux : du coup, j’ai jeté mon bidon pour rien. J’ai l’habitude de m’arroser les jambes avant un sprint, peut être par superstition, mais c’est un truc important quand tu as besoin de toute ta confiance et de toute ta concentration. Guerric coupe le bec d’un excité avec son vuvuzela d’un magnifique « Ta gueule ! » qui a le mérite de me faire décompresser un peu. Dans le fond, je ne suis pas si tendu que ça, seulement très concentré et prêt à me découdre. La flamme rouge se présente et je suis bien placé en 2e ligne, enfin ce que je crois être bien placé. En fait, pas vraiment, car je n’aurai pas l’occasion de remonter progressivement devant. Chose que j’avais hereusement envisagée : Pierre André joue son va-tout au panneau des 600m, dans la bosse. Maneuvre désespérée, dont vont très habilement profiter les métronomes et excellents tacticiens Antony Chamerat et Jérémy Lachanelle. Quand Pierre André se fait déborder aux 400m, c’est Jérémy qui produit la 2e accélération, emmené dans un fauteuil. Moi je ne fais pour le moment que me faufiler pour me retrouver en 5e position un peu comme par miracle, à ce moment là. Jérémy devant à droite, Chamerat devant à gauche, Loic Rolland dans la roue de Jérémy et Pierre André qui rétrograde au milieu : c’est ce que je vois devant mio aux 300m. Deux événements vont faire que je vais me retrouver enfermé : d’abord, Jérémy prend très rapidement l’ascendant sur Antony Chamerat qui va par conséquent se caler dans sa roue. Ensuite, Pierre André qui va se faire entraîner à droite par Antony, ce qui fait qu’alors que je produisais mon accélération à gauche de Loic Rolland, je vais me retrouver en sandwich entre Anizan et Rolland. Sur une petite centaine de mètres je sprinte en freinant en même temps (ce qui est assez stupide quand on y pense). Quand je lève la tête je vois Jérémy larguant Antony, complètement impuissant. Lorsque la route s’ouvre enfin devant moi, je prends 5m sur Loic Rolland et plafonne un peu. Le simple fait de me rapeller mes objectifs et de raviver ma motivation me décolle le cul de la selle et sur les 100 derniers mètres je finis à fond, échouant tout proche de la roue d’Antony Chamerat. Je me retourne : plus de risque de retour. Second réflèxe : curiosité, je regrade devant moi. Je vois Jérémy qui lève les bras, ce qui me fait oublier mon relatif échec, qui est aussi une relative victoire. Le sentiment du devoir accompli, d’avoir enfin rompu la maéldiction des grands rendez-vous… La joie d’assister de derrière à la victiore d’un si beau champion, entrave même la jalousie. A chaud, c’est une magnifique performance que cette médaille de bronze. Mais à froid, c’est aussi une relative déception.

Il y avait la place. J’aurais pu terminer 4e, ce qui aurait été pire, mais j’aurais aussi pu terminer second, ou gagner dans d’autres circonstances. Je ne pense quand même pas qu’il faille s’en plaindre puisque du point de vue d’un vrai gagneur, le meilleur ne peut être que celui qui gagne ; n’empèche que y’avait la place. C’est aussi une 3e défaite face à Jérémy en « duel’, après la magnifique confrontation des Platières en mars, celle un peu plus désastreuse des rhône début mai. Ca reste une douleur pour le moment, et pas d’autre solution que de reporter la revanche à nue autre date.
Il y a aussi une petite impression de terminé. Happy ending ou pas, de toute façon : ending. Ending du 2e cycle de préparation, celui visant à préparer les championnats Rhône Alpes, après le premier visant à préparer les championnats du Rhône. 7 jours de coupure, et commence le troisième et dernier cycle…
Il y a une autre certitude : je suis loin d’avoir montré mon meilleur niveau jusqu’à maintenant. En effet je n’ai encore jamais été en forme décroissante cette saison, la coupure m’arrêtant à chaque fois en plein élan progressif (les deux courses où j’ai été le meilleur physiquement, sont Corveissiat mi mai, et Cize fin juin). De plus j’ai 1000km de moins que l’an passé à la même période, soit presque un mois d’entrainement. Et j’aimerais bien franchir cette marche, pourquoi pas fin aout, cette fois sans bruler les étapes (pas de Tour du Valromey 4 jours après la reprise…)
J’ai comme l’impression que ma saison cadet est terminée, et que je rentre dans une période transitoire avec la saison de junior qui m’attend l’an prochain. Finalement, ce championnant n’est peut être pas une fin, peut-être plutôt un début…

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