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déc 05 2013

#12 Corveissiat

Corveissiat devait être la fin de la série des deuxièmes places, quoi qu’il arrive. Je pensais jouer le tout pour le tout en misant sur une attaque dans la dernière bosse, c’était jouable, pour ça il fallait se cacher et calquer ma course sur celle d’Antony. Il y avait deux scénarios à envisager : soit une échappée partait et il y avait de grands chances qu’Antony y soit donc il fallait y être aussi, soit il n’y en avait pas et alors la bosse était le tremplin idéal, comme l’an passé. Mais tout s’est un peu précipité…
Il faut dire, Antony joue mal sur le début de la course. Omniprésent devant, il attaque un peu pour rien et roule sans raison. Fidèle a ma tactique de course je reste bien au chaud et surveille de temps en temps le cardio, de temps en temps la tête de course. Si Antony s’agite beaucoup moi je me sens très à l’aise à l’arrière, comme rarement en course jusqu’à maintenant. Deux tours passent comme ça, avec à chaque fois une attaque plus ou moins franche d’Antony dans la bosse. Le troisième est surement le tour de trop. Cette fois en haut l’élastique craque et il prend quelques longueurs. Comme à chaque tour, je me suis laissé rétrograder dans le taquet et je suis dans les roues dans la descente. Damien et quelques coureurs emmènent le peloton très étiré dans la descente mais sans parvenir à réduire l’écart. Quand j’en ai la possibilité, je remonte en tête et à l’amorce de la ligne droite marquant le début du 4e tour, j’attaque violemment. Plus jamais je ne m’arrêterai jusqu’à la ligne d’arrivée. Antony ne peut pas prendre la roue après son effort et est obligé de rentrer dans le rang. Ca se regarde, sans se relever pour autant mais au tour suivant l’écart est véritable : j’ai une vingtaine de secondes. Derrière moi il y a une ombre rose de Charvieu, pas si loin que ça à une dizaine de secondes, mais ce n’est pas celle de Chamerat. Au tour suivant il y en a deux car Maelan Friley a été rejoint par Antony qui est ressorti tout de suite après s’être refait la cerise. Deux contre un, mais Maelan n’est pas vraiment capable d’aider Antony. Dans la bosse il craque et c’est le début d’un mano à mano entre Antony et moi. Aux virages, où on a une perspective sur l’ensemble du circuit, je peux estimer l’écart. Antony restera pendant un tour ou deux à 15″ derrière, puis il commence à perdre du temps. Moi je doute bien évidemment mais dans ma tête ma course est déjà presque réussie : je n’ai rien à perdre. Je gère très bien mon effort : régulier sur la ligne droite autour de 37km/h, j’augmente l’allure dans les premiers faux plats montants puis récupère dans les faux plats descendants avant de tout donner dans le petit mur jusqu’au basculement. J’ai rarement été aussi régulier cardiaquement, sans presque jamais descendre sous les 180 puls. Antony n’a pas cette confiance et au contraire tout à perdre. Alors qu’il ne m’avait plus en point de mire il préfère se relever. A ce moment je sais qu’il peut y avoir la victoire au bout et de quelle manière… Avec l’organisation de Charvieu derrière, le peloton ne perd plus de temps. J’ai presque un demi tour d’avance et l’écart oscille entre deux et trois minutes. Même là le doute est encore dans ma tête, même s’il est maintenant évident que seule une défaillance peut me faire perdre. Je bois beaucoup quand les premiers signaux de crampes arrivent. L’écart étant très important je me permets de baisser mon rythme de deux ou trois puls pour éviter de me retrouver dans le rouge. C’est étrange, mais après presque une heure à lutter tout seul contre le vent j’en viens presque à m’emmerder. Je commence à rattraper quelques coureurs qui arrivent même plutôt bien à s’accrocher. Un bressan et un ambarrois, puis Clément Russo qui tiennent chacun deux ou trois tours sans que je puisse les lâcher. Le compte tour me déprime : 5 tours ! Je vérifie sur mon compteur mais je n’ai effectivement pas encore passé les 40km… La moyenne commence à décroitre un peu et après être restée longtemps à 38.5, elle se rapproche plutôt des 38 maintenant. Et puis à trois tours de la fin l’écart avec le peloton a enfin bougé : jusqu’à maintenant ils passaient la ligne quand j’arrivais au pied de la bosse. Là je les vois dans la descente. Je me lance dans une dernière poursuite et les gens commencent à me donner mon retard sur le peloton plutôt que mon avance. C’est motivant… Au bout de deux tours à bloc, arrive le dernier et je me dis que ça va être juste, il faudrait que ça se relève plus. Dans le virage je fais coucou mais ils ne me regardent pas… En haut de la bosse je suis tout près de la roue du dernier qui se lance dans la descente, mais 500m après je dois quitter le circuit pour rejoindre la ligne d’arrivée. Derniers moments à savourer mais je n’y crois pas encore vraiment…
Cinq minutes et six secondes d’avance sur la ligne sur le second finalement, c’est encore mieux que l’an passé, qui l’aurait cru ?

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