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déc 05 2013

#10 Pressins

Les affaires encore humides de la veille, j’accroche le second dossard du week-end à Pressins (qui n’aura pas servi à grand chose…) Pressins, ou pour moi le plus beau circuit que j’aie jamais fait, dans mes souvenirs était une course difficile à cause de sa longue et raide bosse d’une borne, et de ses routes étroites et vallonnées. Les têtes qu’on croise en ces terres froides et humides de l’isère sont toujours les mêmes, surtout à neuf heures du matin. Chamerat et ses comparses, Giroud, Chappe, Tona, Correard, Moine… Et aussi une petite surprise : Nicolas Carret qui avait déjà couru dans le coin la veille à la Savoyarde.
L’entrée en matière est un peu plus brutale que l’an passé. Toujours un peu d’anxiété dans les virages, mais je reste concentré et ça ne me pose moins de problèmes que la veille. La première ascension arrive vite, et je me fais surprendre par l’accélération de monsieur Antony Chamerat. Tout de suite le peloton s’allonge et Antony emmène avec lui Nicolas Carret. Les coureurs autour de moi sont à bloc et rétrogradent, ce qui fait qu’une porte s’ouvre et que je reviens vite dans la roue des deux costauds suite à un petit saut de puce. En ayant encore sous la pédale je ne peux pas m’empêcher d’en remettre une, mais constate avec étonnement que je me retrouve seul devant. Ca sert à rien, mais à la rigueur tant mieux : je me suis confirmé que j’étais fort. C’est toujours important surtout que je manque toujours de confiance. Le souci c’est que ça ne se confirme pas par la suite et que je regretterai bientôt ce temps où j’ai été au-dessus l’espace d’une bosse. Si on est monté fort cette fois, on est quand même plus de dix au sommet, là où l’an passé tout avait explosé en quelques coups de pédale de monsieur Quentin Charles. Dans les faux-plats, à chaque tour, le peloton est dans une sorte de léthargie où tout le monde semble se résigner à attendre le retour de la bosse de la Montaz et l’attaque rituelle d’Antony avec appréhension. Celle-ci vient à tous les tours : A mi-bosse, il se met à accélérer violemment le rythme sans rien relâcher jusqu’au sommet. Antony, c’est ça : l’art de transformer une bosse raide d’1km en un petit taquet qui se passe au sprint. Il m’en reste un peu au sommet mais pas suffisamment pour en remettre une comme au tour précédent. D’ailleurs il n’y a pas que chez moi que ça va moins bien puisqu’on se retrouve à deux puis très rapidement à quatre avec le retour de Max Chappe et de Nicolas Carret. Cette fois-ci le compte est bon : ça embraye fort. Et à ce moment il m’arrive même de sauter des relais car je suis à fond dans les parties roulantes. Le trou me semble presque irrémédiable mais pourtant on ne tient devant qu’environ 5 kilomètres, derrière ça ne s’est pas regardé comme je le pensais. Dans un premier temps, en effet, borné par le déroulement de la course de l’an passé j’étais persuadé que ça allait sortir, ou sinon, casser le groupe jusqu’à retrouver les 4 ou 5 plus costauds devant. Et puis dans un second temps je me suis rendu compte que l’homme qui avait la situation entre les mains, c’était Chamerat et que étant donné qu’il n’avait pas la caisse pour tout faire exploser dans la bosse, tout n’exploserait pas.
Pourtant, je me trompais. Dans le dernier tour, la course prit une tournure totalement différente. A ce moment, je ne me rendais pas compte de l’intelligence de la réaction de Nicolas Carret. Alors qu’il n’avait pas porté d’offensive de toute la course, il surprend tout le monde dès le pied de la bosse en attaquant très sèchement. Dans la roue de Chamerat, nous étions piégés tous les deux. Mais l’orgueil d’Antony ne pouvait pas le laisser sans réaction et comme n’importe quelle vulgaire attaque, il voulait aller chercher. Avec plaisir : je le laisse rouler a son rythme. Et puis arrivé dans la seconde partie de la bosse où les pourcentages deviennent plus sévères je ressens une toute petite décélération et saute tout de suite sur l’occasion : je pose une attaque franche pour m’assurer qu’il ne prenne pas la roue. Revenu dans la roue du petit grimpeur vauclusien et un peu à bloc, je l’encourage à continuer à deux. Le salut d’Antony réside dans sa gestion très intelligente de l’effort. S’il n’a pas cherché à sauter dans la roue pour ne pas se mettre dans le rouge et perdre toute chance de jouer la victoire, c’était pour mieux rentrer un peu plus loin. L’écart au sommet de l’ultime difficulté n’est pas énorme : il y a trente mètres, tout au plus. Je ne sais pas pourquoi, on ne se donne pas totalement à fond. L’erreur à mon avis, est que j’étais trop confiant de ma pointe de vitesse. Aussi con que je suis, je ne me rends pas compte que je laisse passer ma plus grosse chance de battre Antony sur ce coup. Je suis déjà à préparer mon sprint, peut être l’orgueil de vouloir le battre dans son élément que je croyais aussi être le mien. La jonction faite, je ne vois plus d’intérêt de faire plus que ma part de boulot. Je consacre les faux-plats à essayer de faire fonctionner mon dérailleur engourdi par la pluie. Il va jusqu’au 15 dents mais pas plus. Je n’ai plus d’illusion et fais semblant jusqu’à l’arrivée, en regardant plus mon dérailleur que la route. Le 14 ne veut rien entendre et quand Nico Carret déchausse dans un virage à 1km, Antony aurait presque pu nous crucifier sur une dernière accélération. Je rentre dans les roues puis Nicolas en fait de même. Moi, je n’en bouge pas, pendant que Nicolas se met à droite de la route. l’arrivée approche. Hier, j’ai lancé le sprint. Mais j’avais trop gros. Aujourd’hui j’ai trop petit et je dois faire avec ce handicap. Ma seule chance, c’est qu’Antony lance le sprint trop loin mais il est intelligent et ne fait pas cette bêtise. Au coutraire le sprint sera très court, encore plus dû au fait qu’il est en légère descente. Son accélération est très violente et rien que garder l’aspiration avec les jambes autour du coup n’est pas évident. Ces dans ces moments qu’on a le regret de ne pas avoir fait plus d’exercices de vélocité l’hiver, même si ce n’est pas le moment approprié. Je tente pourtant de le déborder à gauche puisque la ligne arrive très vite. En vain : je n’ai pas gratté un centimètre alors je passe à droite et échoue comme la veille.
Pourtant, j’estime être passé aujourd’hui bien plus près : qui sait ce que ça aurait donné à braquet équivalent (j’avais le même braquet que la veille, alors que la veille l’arrivée était en bosse…) d’ailleurs, le dérailleur capricieux en question a rendu l’âme le lendemain. Et puis surtout je comprends maintenant mieux pourquoi il gagne tous les dimanches depuis minime : son point fort c’est sa puissance de démarrage et sa résistance. Pour le battre il y a deux solutions : soit devenir plus fort que lui dans ce domaine, ce qui risque d’être très difficile pour le moment, soit réussir à l’obliger à fournir un effort long et intense à un moment donné sans qu’il puisse ensuite exprimer à nouveau sa pointe de vitesse. Autrement dit, avec Carret, on est passé très près et sur un circuit plus difficile, le battre sera alors plus facile.
Ces six jours à venir sont donc la dernière ligne droite avant la fin de mon premier cycle : les Championnats départementaux. Un nouveau commencera avec la seconde interrégion jusqu’aux championnats régionnaux qui seront logiquement l’apogée de la saison. Jusqu’à maintenant tout se déroule au mieux sur le plan physique : j’ai commencé la saison très fort et j’ai encore su progresser petit à petit jusqu’au mois de mai. Couper sans avoir atteint le seuil maximum sera le meilleur moyen pour arriver au mieux fin juin prochain.
Allez, maintenant, on a un maillot à aller chercher.

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