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déc 04 2013

#1 Saint Romain de Popey

Article écrit le 26 octobre 2009.

Samedi 14 Mars 2009. Première course de la saison. Première édition.
Une quarantaine de coureurs au départ. Tout le club était là pour l’ouverture de la saison : coureurs, parents, encadrement… Moi, je sortais tout juste du stage du club, première fois où je faisais monter le coeur depuis la reprise assez laborieuse de la route, le 20 décembre 2008. Un bon foncier, sans excès pour une fois, dont j’étais content et cette course, c’était un premier vrai test ; pour voir ce que je valais maintenant en cadet, pour espérer faire dans les 10 et ainsi avoir quelques minces chances de figurer dans la liste des 6 retenus pour participer aux interrégions. Mais je ne me faisais guère d’illusions : un petit coureur sortant de la catégorie minime sans victoire et sans fait d’arme particulier devait compter sur les circonstances de courses pour espérer jouer un rôle.

C’est avec cet était d’esprit que je prends le départ. Tiens, étrange, je suis tendu, plus que d’habitude. Ca ne me ressemble pas. A l’intérieur de moi je sais qu’il ne faut pas que je me rate. C’est une occasion. Tout est en ordre. Le coeur est déjà bien assez haut. Trois, deux, un, partez.
Tout de suite Tarare se met devant. 150m, la fin de la bosse, puis on est lancé dans la descente. Personne ne prend de risque. On ne va pas vite. Tout le club là, autour de moi. Je repère Colvray, Enaud, Lachanelle, Michel, Gathier, Dubessy, Charreyron, Senty, Martin. C’est agréable. Retrouver les courses de l’intérieur, depuis octobre 2008 et ma 4e place à Saint Rémy… Retrouver une place dans le paquet autour de tous ces coureurs que je connais.
Ca y est, fin de la descente. C’est à dire début de la montée. Je suis bien placé devant, le coeur s’emballe, Julian Serrurier attaque. Je saute tout de suite dans la roue ça revient. Gathier contre. Je saute encore dans la roue. Romain Michel est avec nous. Derrière aucune réaction. Dans ma tête je me traite de tous les noms. Quelle connerie j’ai fait d’attaquer avec eux, je vais me cramer, ça sert à rien ! Je roule un peu par politesse sans trop en donner puis plus du tout. Arrivé en haut, on se lance dans la descente, le peloton est juste là. On se relève.
Je m’en veux toujours de cette attaque stupide et déraisonnée. Je me cale, bien au chaud dans le peloton. Jessaie de me placer a côté de Colvray ou Enaud. Alors que je suis derrière, trois coureurs sortent. Personne ne roule. Très vite on ne les a plus en point de mire. Au tour suivant, le père d’Adrien qui était au sommet de la première bosse, nous annonce une minute de retard ! Colvray a du l’entendre. Dès le pied de la 2e bosse il se met à bloc. Tout le monde saute dans sa roue en file indienne. Je tiens. En haut, je me retourne pour constater à ma grande surprise qu’on n’est plus que 8 ! Amandin gueule parce que personne ne veut prendre le relais. Normal, y’a 4 tarariens ! Je me sacrifie. A ce moment de la course j’étais loin de savoir que ce sacrifice-là allait changer le cours de ma saison…
Je me retourne pour passer le relai. Ils sont où ? Y’a personne ! Je mets une dizaine de secondes à réagir. Je regarde devant moi : J’ai l’échappée en point de mire. Ils sont à bloc entrain de tourner. Je regarde derrière moi : Ils sont au moins 4 sur la même ligne en roue libre à se regarder. Je décide finalement de ne pas réfléchir et foncer. En même pas 1km je suis dans les roues. Deux Tarariens : Rémi Martin et Kévin Durbize avec Jean Debonnières de Lyon Vaise. Derrière ils se sont réorganisés.
« C’est mort les gars, ça sert à rien ! »
« Mais t’es fou toi ! On a pas attaqué pour se relever ! Si t’es pas content tu roule pas ! »
Je prends mes relais par politesse à nouveau, jusqu’à la bosse où à la pédale Debonnières et Durbize sautent. Je me retrouve donc tout seul avec Rémi Martin en tête de ma première course cadet, et ce sans rien avoir demandé !
« Allez Tom ! A bloc, ça revient derrière ! »
« Rémi les gars roulent pour toi derrière, tu la gagne celle-là ! »
On continue donc à rouler, à fond, on s’entend bien, on se retourne souvent mais on ne voit rien. Je prends le temps de réfléchir un peu dans la descente : ce qui est entrain de m’arriver, c’est incroyable ! Je m’en souviendrai de cette échappée, quoi qu’il arrive ! Et si… ? Si je faisais 2e, ça serait énorme ! Si je pouvais participer à une interrégion !
« Y’a pas trente secondes les gars ! Ca revient derrière ! »
« Faut pas se retourner gamin ! Tom c’est génial ce que tu es entrain de faire ! »
Pierre, Sam, Ludo, M.Guillet, Maman et même Antoine Jean, le dumbledore du vélo, CTR Rhône Alpes sur le bord de la route…
Le coeur est au plus haut, je ne redoute qu’une chose c’est que Rémi voit que je suis mal, je roule devant le plus que je peux pour pas qu’il ne le remarque. Hereusement que la descente est là pour m’aider à récupérer. Mais la bosse revient beaucoup trop vite.
« Y’a deux minutes les gars ! »
Quoi ?! Deux minutes ? Impossible ! Il reste trois tours, on a deux minutes d’avance ! Je vais faire 2e de ma première course cadet !
Et 100m plus loin :
« Rémi tu le laisse rouler ! Tu pense à la victoire gars, tout pour la victoire ! T’es chez toi ici ! »
Gloups.
Incroyable. Un gars de Tarare lui demande de ne plus rouler alors qu’il reste trois tours à parcourir, qu’il n’a aucune raison de faire la course d’équipe ! De quel droit ? Rémi est un peu gêné, passe d’abord un ou deux relais timides dans la descente puis me laisse rouler carrément tout seul. Au début, ça ne me plait pas du tout, alors je ralentis. Puis je comprends que c’est débile. Alors j’attaque une fois, puis deux, on ne sait jamais. Ca serait quand même con qu’il me contre, alors j’arrête. J’oublie alors mes pensées improbables de victoires. De toute façon je ne l’ai jamais vraiment espéré, gagner. A vrai dire, c’est la première fois que j’émets cette posibilité, alors que je me rends compte qu’elle n’existe plus.
Trois tours passent. Trois longs, très longs tours. Je ne roule qu’à 80%, mais apparemment ça semble suffisant pour garder l’écart au dessus de la minute. Arrivé dans le dernier tour je suis complètement perdu. Pour la première fois je me pose la question-problème : comment vais-je gérer mon arrivée ? Ma pointe de vitesse ne me servira à rien, ça va se jouer sur la fraîcheur… C’est donc bel et bien mort. Il parait évident que le plus frais de nous deux, c’est Rémi. Pas une seule fois, il ne m’aura attaqué jusqu’au sprint final. Une formalité pour lui. C’est beau ça, une première victoire pour sa première course de l’année, à domicile, devant tous ses proches, devant tout son club. Il a de la chance…
On passe la première bosse. Le mur. Je suis stressé comme je ne l’ai jamais été. Je jette un coup d’oeil au loin : c’est la ligne d’arrivée. Tout le monde est entrain de nous regarder. Rémi est devant moi et se retourne.
On est à l’arrêt dans la bosse.

« C’est une course sur piste… »
Je laisse paraître un petit sourir qui a le don de me libérer un peu. Mais comment peut-il dire des conneries pareilles à 500m de l’arrivée, alors qu’il s’apprête à jouer un sprint qui va surement changer le cours de sa saison ? Tout tourne très très vite dans mon cerveau. Je fais le vide. Quest-ce qui pourra influencer mon sprint ? Il est devant, moi dans sa roue, très bien… Je suis prêt à me sortir les tripes pour la tenir le plus longtemps possible. Je jette un coup d’oeil inutile derrière moi, des fois que quelqu’un surgisse de nulle part pour me faire écrouler mon rève. Le souvenir de La Rochette est bien trop proche. Il n’y a rien de pire que de priver quelqu’un de la victoire qu’il attend sous son nez ! Tom, arrête de penser à la victoire, c’est stupide.
Je regarde droit devant. Merde ! On va prendre un tour à Quentin et au gruope dans lequel il est. Il sont une dizaine au moins, sur la droite de la route. S’il lance le sprint maintenant il m’emferme ! Qu’est-ce que ça serait con ! Faut trouver une solution le plus vite possible !
Trop tard. Je me suis retrouvé piégé à mon propre raisonnement. Il reste plus de 300m et j’ai lancé le sprint. Quel con !
Tom, c’est trop tard, arrête de penser ça sert à rien ! Défonce-toi, déchire-toi, dépouille-toi, tu penseras après !
Je peux pas, ça fait trop mal, ma tête va exploser !
200m. Je ferme les yeux pour ne pas voir Rémi passer. Il ne reste plus que mes oreilles pour entendre le bruit assourdissant autour de moi. Mais je ne comprends rien à ce qu’ils disent.
100m. Il ne m’a toujours pas passé. Et si .. ?!
Tom, ne te retourne pas !
Trop tard, je l’ai fait.
J’ai le visage toujours aussi déformé, non plus par la douleur, mais par la joie. La ligne s’approche, et cette fois il n’y a plus de Loic Rolland pour surgir à droite et réduire ton espoir à néant, plus de Thomas Bouvet pour t’avaler dans les cinq dernier mètres. T’es tout seul Tom, et t’as gagné.
A ce moment là, quand on voit la ligne d’arrivée se rapprocher et qu’on sait qu’on va la couper en premier, on passe par à peu près toutes les sensations qui existent sur terre. Je lève les bras en réalisant l’ampleur de ce qui m’arrive. J’en oublie même d’enlever mon casque et mes lunettes au podium.

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